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Omar Barghouti appelle à intensifier BDS pour répliquer aux coups tordus d’Israël

Le matin du 19 mars, les autorités fiscales israéliennes ont fait irruption dans la maison d’Omar Barghouti,  défenseur palestinien des droits de l’homme et cofondateur du mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) pour la liberté, la justice et l’égalité du peuple palestinien. Ce jour-là ils ont détenu et interrogé Omar et son épouse Safa pendant 16 heures. Les interrogatoires ont duré plus de quatre jours.

Il s’agit évidemment d’un épisode de plus de la guerre des autorités israéliennes contre BDS, et Omar Barghouti est toujours pour elle une cible de choix, en raison de sa notoriété internationale. L’été dernier déjà, il avait été privé de la possibilité de voyager et accusé des choses les plus invraisemblables.

Des membres du lobby juif local manifestent contre BDS dans la ville du Cap, en Afrique du Sud (février 2015). – Ashraf Hendricks / Anadolu Agenc

Cette fois, Omar Barghouti est accusé de fraude fiscale, et la Justice israélienne lui impose des restrictions à sa liberté de s’exprimer publiquement (dans “gag order” : gag signifie baîllon !), mais il lance un appel à l’intensification des actions de la campagne mondiale de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), car c’est le meilleur moyen de lui témoigner un soutien concret et de démontrer qu’aucun maccarthysme, qu’il provienne du gouvernement israélien, du gouvernement français ou de quelque autre puissance que ce soit, ne parviendra à en venir à bout. 

«Finalement, j’ai été autorisé à avoir accès à mon compte de courrier électronique, après douze jours d’interdiction pendant la phase la plus intense des interrogatoires auquel je suis soumis par les autorités israéliennes», a fait savoir Omar Barghouti.

Dans sa première déclaration depuis le début de cette nouvelle persécution, il condamne fermement «la chasse aux sorcière maccarthyste» contre BDS et sa personne.

«En raison d’un “gag order”, je ne suis pas autorisé à donner des détails à propos des faits dont il s’agit», ajoute-t-il. «Je suis donc placé dans l’impossibilité de réfuter les mensonges malveillants publiées par le régime israélien contre moi. Mais je ne m’impatiente pas à ce propos, cependant, car leur objectif principal – c’est-à-dire ternir ma réputation et, par extension, nuire au mouvement BDS – a déjà clairement échoué.»

Barghouti affirme que la déclaration publiée la semaine dernière par le Comité national palestinien BDS (BNC) “résume adéquatement ce dernier chapitre en date de la guerre entreprise par le régime israélien contre le mouvement BDS”.

Les médias israéliens ont rapporté que Omar Barghouti, qui vit dans la ville côtière de Akka (Acre), est suspecté d’évasion fiscale, une accusation “fabriquée de toutes pièces” selon le BNC, la coalition de la société civile qui guide le mouvement BDS.

L’ampleur de l’échec de la propagande du gouvernement israélien est aussi symbolisé par ce message du mouvement “Jewish Voice for Peace” (États-Unis) sut Twitter : “On ne peut pas avoir un mouvement sioniste pour la paix, exactement comme on ne peut pas atteindre la justice grâce à un impérialisme plus doux, plus sympathique” (avril 2017)

Omar Barghouti devait se rendre aux États-Unis afin d’y recevoir le Prix Gandhi pour la Paix. En l’empêchant de faire ce voyage, le régime israélien n’aura réussi qu’à accroître le retentissement public que connaîtra la remise de ce prix.

Le ministre israélien des “affaires stratégiques”, Gilad Erdan, a créé une unité spécialement chargée de salir les militants de la campagne BDS, et la campagne mondiale elle-même, dans un effort désespéré pour en freiner la croissance constante, particulièrement aux États-Unis. Les activités de cette unité semi-clandestine sont entourées d’un halo de secret qui inquiète les démocrates en  Israël (il en reste quelques uns, semble-t-il).

«La fonction principale de cette unité sournoise est résumée par la formule “remuer la merde” contre les défenseurs des droits humains et les réseaux associés au mouvement BDS, et s’ils n’en trouvent pas ils la fabriquent», a expliqué Barghouti.Omar Barghouti a remercié tou.te.s celles et ceux qui lui ont adressé des messages de solidarité, mais il a jouté : “Beaucoup d’entre vous ont demandé quel est le meilleur moyen pour eux de m’aider à faire face à cette persécution. Ma réponse, sans aucune hésitation est : … davantage de BDS”.“Nous devons développer, intégrer et développer nos nombreuses campagnes BDS inspirantes, académiques, culturelles et économiques, c’est cela le meilleur moyen de répondre au nouveau maccarthysme imaginé par le régime israélien d’occupation, de colonialisme de peuplement et d’apartheid, qu’il exporte vers les pays où des lobbies disposent d’une importante influence”.Amnesty International a exprimé sa préoccupation pour “la sécurité et la liberté du défenseur palestinien des droits humains Omar Barghouti, et des autre militants pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions, à la suite d’appels lancés par des ministres israéliens faisant allusion à des menaces, y compris de s’en prendre physiquement à eux ou de les priver de leurs droits fondamentaux”.

Le message d’Omar Barghouti démontre que les menaces et les persécutions qui le visent n’ont réussi qu’à renforcer se détermination. “En tant qu’êtres humains, nous n’avons besoin de l’autorisation de personne pour défendre nos droits inaliénables”, dit-il. “Et en tant que défenseurs des droits humains, aucune intimidation, aucun harcèlement, ne peut nous détourner de notre combat passionné, non violent, pour résister à l’injustice, aux inégalités et à l’esclavage colonial”.L.D.


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