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Numéro de duettistes : Lieberman a craché à la gueule d’Obama, Netanyahou lui pisse à la raie

Barack Obama a offert à Benjamin Netanyahou une impressionnante collection d’avantages, en échange d’une prolongation de deux mois du soi-disant « gel » (qui n’est qu’une sinistre farce, on le sait) de la construction en Cisjordanie. Bien entendu – c’est une vieille tradition des dirigeants occidentaux, depuis la « déclaration Balfour » d’offrir aux sionistes des choses qui ne leur appartiennent pas – les cadeaux offerts par Obama devaient être payés par les Palestiniens.

C’est à partir d’informations émanant d’un adjoint de Dennis Ross, le conseiller ultra pro-israélien d’Obama pour les affaires du Proche-Orient, que Haaretz avait révélé ces propositions d’Obama à Netanyahou, qui comprenaient :

  • la garantie qu’en cas de création d’un État palestinien, Israël conservera le contrôle de la Vallée du Jourdain (20% de la Cisjordanie)
  • la non-discussion du sort des colonies de Cisjordanie
  • l’augmentation de l’aide militaire américaine à Israël, actuellement fixée à 3 milliards de dollars par an
  • la livraison de matériels militaires de pointe que les États-Unis rechignent pour le moment à donner à Israël, des satellites notamment
  • la garantie qu’il n’y aura pas de demande supplémentaire de gel à l’expiration des deux mois
  • l’adhésion de l’État-croupion palestinien, une fois qu’il aura été proclamé, à un pacte militaire anti-Téhéran
  • la promesse (en pratique, tenue depuis des années maintenant) d’opposer un veto américain à toute résolution du Conseil de Sécurité des Nations-Unies désagréable pour Israël.

On le voit, le président américain et Netanyahou pourraient décider souverainement non seulement des frontières, de la superficie mais aussi de la future politique étrangère de l’État IN-DE-PEN-DANT de Palestine qu’il prétendent vouloir porter sur les fonds baptismaux. Obama a même déclaré que la Palestine, si tout allait comme il veut, serait membre de l’ONU dans un an…

Mais on comprend bien que les délégués palestiniens à l’ONU, dans l’esprit du locataire de la Maison-Blanche, seraient invités à utiliser l’entrée de service et à n’ouvrir la bouche que quand ils y seraient invités. C’est-à-dire jamais… Si on ne leur demande pas leur avis maintenant, ce n’est pas pour qu’ils fassent ch… après, non ? De toutes manières, c’est un rôle que l’A.P. a déjà accepté dans les faits, alors pourquoi prendre des gants ?

Mais voilà qu’en plus, tout ne va pas comme Obama le souhaitait !

Netanyahou a en effet estimé que les cadeaux qu’il déposait à ses pieds n’étaient pas encore assez fastueux : il les a dédaigneusement repoussés du pied.

Il y a quelques jours, c’est Lieberman qui crachait à la gueule du président américain du haut de la tribune de l’ONU, affirmant qu’il n’y aurait pas d’accord de paix dans un avenir prévisible. Et qu’en tout état de cause elle ne pourrait pas être basée sur le principe “la paix contre les territoires”.

Netanyahou avait mollement désavoué son ministre des Affaires étrangères, affirmant que le discours de celui-ci “n’avait pas été coordonné” avec lui. Pourtant, les deux hommes sont en réalité parfaitement synchrones, car maintenant – selon des média U.S. repris par Haaretz – c’est Netanyahou qui fait savoir (par téléphone) qu’il ne peut accepter les offres d’Obama car “une prolongation de deux mois du moratoire serait préjudiciable à sa crédibilité” (déjà pratiquement nulle).  Lieberman a craché à la gueule d’Obama, Netanyahou lui pisse à la raie…

Lors de l’élection d’Obama, beaucoup d’analystes avaient estimé que Netanyahou allait “jouer la montre” et “attendre que ça passe”, faisant le pari que le premier président non-blanc des États-Unis ne ferait qu’un seul mandat. 4 ans, c’est vite passé…

A quelques semaines des élections de mi-mandat qui s’annoncent difficiles pour Obama – dont la popularité est en forte baisse, les espoirs exagérés placés par une partie de la population en ce politicien finalement assez “standard” si on fait abstraction de sa couleur de peau ayant été déçus, tandis que ses adversaires ultra-réactionnaires redoublent d’énergie pour le dénigrer – on peut dire que Netanyahou (qui est plus un Américain résidant en Israël qu’à proprement parler un Israélien) fait ce qu’il peut pour précipiter sa chute.

Même si l’électeur U.S. moyen est traditionnellement peu au fait de la politique étrangère, et n’en a cure, les humiliations répétées infligées au Président de l’hyper-puissance mondiale par les dirigeants du microscopique “État des juifs” en disent long sur ce que sont actuellement les rapports de force réels.

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