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N’oubliez pas Gaza, au moment où l’Égypte se secoue

Les événements en Égypte laissaient présumer avant tout que le carrefour de Rafah allait être fermé, et c’est précisément devenu une réalité aujourd’hui.

Ma’an News rapporte que la frontière (le seul passage à n’être pas directement contrôlé par les sionistes, bien qu’il le soit quand même indirectement) a été fermée pour des raisons « d’agitation nuisible à la sécurité » de la péninsule du Sinaï.

Press TV rapporte que « quelque 800 Palestiniens normalement se rendent en Égypte et franchissent le carrefour de Rafah, le seul passage donnant accès au reste du monde, pour la plupart des Gazaouis. »

Ainsi donc, les Palestiniens de Gaza ne sont pas seulement soumis à un blocus depuis sept ans (et à plus de dix ans de mesures d’enfermement de plus en plus sévères), mais ils sont une fois de plus enfermés, coincés dans (et hors de, pour ceux qui, par hasard, se trouvaient hors de la bande de Gaza en ce moment) cette minuscule et surpeuplée bande de Gaza, et sans la moindre idée à propos de la réouverture des portes de leur prison.

Attente au poste frontière de Rafah, le 5 juillet 2013. Photo publié par Assawra. Photographe : Ibraheem Abu Mustafa.

Attente au poste frontière de Rafah, le 5 juillet 2013. Photo publié par Assawra. Photographe : Ibraheem Abu Mustafa.

« Le plus dur, à Gaza, c’est l’obligatoire attente de tout. A tout moment, nous attendons, nous devons être patients car, sans patience, vous n’avez pas l’ombre d’une chance. »

« Vous devez attendre le retour de l’électricité. La réouverture de la frontière. L’arrivée de votre salaire. » (Si, toutefois, vous avez du travail, car 34 % de la population n’a pas de travail).

« Vous devez attendre un taxi partagé, du fait de l’actuelle pénurie d’essence. Pour tout ce qui est possible, vous devez attendre, attendre encore et toujours. »

Les rares choses qu’il a citées ne sont que quelques-unes des nombreuses frustrations quotidiennes, des choses qui vous font devenir dingue, suffoquer de colère et déprimer à la longue, chaque jour et chaque jour qui passe.

Mais, alors, il y a la crise de l’essence et du combustible, l’économie complètement explosée, les patients qui attendent une opération ou des médicaments.

Le Centre palestinien de l’information rapporte que « la crise du carburant à Gaza va mener à un désastre humanitaire et environnemental imminent, puisqu’elle a commencé à paralyser les secteurs vitaux de la bande de Gaza ». Et que « 190 points d’eau alimentent 1,7 million de citoyens et que quatre stations de traitement des eaux usées vont cesser leurs activités », ce qui veut dire qu’il va y avoir de plus en plus de merde dans la mer de Gaza. » (Ce sont mes mots et c’est vraiment la seule façon de le dire. La dernière fois que je suis allée voir, les eaux usées étaient pompées vers la mer à un rythme de 90 millions de litres par jour. Avec une population croissante et des pannes d’électricité de plus en plus fréquentes, je ne puis qu’imaginer que le chiffre est encore bien plus élevé aujourd’hui.)

L’article fait également état de l’impact de la crise du carburant sur la collecte des immondices qui, même sans crise du carburant, connaît déjà sa propre crise.

Les pêcheurs palestiniens attendent que la marine de guerre sioniste cesse de leur tirer dessus, qu’elle cesse de les capturer. Ils attendent en vain que n’importe quel gouvernement ou corps censé détenir un  pouvoir (quand l’ONU va-t-elle user de son pouvoir ? Quand l’Otan et l’Occident souhaiteront qu’elle le fasse… Voir la Libye) intervienne réellement et mette un terme aux pratiques de piraterie sionistes dans les eaux palestiniennes.

Dans une récente manif contre le siège, Abu Zakariya Baker, un responsable de la Commission de travail dans l’agriculture , a déclaré : « On a assisté à une augmentation considérable du nombre d’arrestations et d’agressions contre les pêcheurs depuis l’attaque israélienne contre Gaza en novembre dernier » et, rien que durant l’année écoule, « plus de 50 pêcheurs ont été arrêtés et onze bateaux de pêche ont été détruits », rapporte Ma’an.

Voici quelques semaines, Richard Falk, le rapporteur spécial de l’ONU en Palestine, a condamné (une fois de plus) le blocus et les punitions collectives appliqués par Israël contre Gaza.

Et voici les statistiques habituelles :

  • Plus de 80% du 1,7 million d’habitants de Gaza dépendent de l’aide alimentaire (qui, en soi, est cruellement insuffisante, puisqu’elle ne comporte que de la farine, de l’huile, du sucre et, parfois, des lentilles, mais jamais de fruits ni de légumes… Il ne faut donc pas s’étonner si l’anémie et la malnutrition sont latentes).
  • Plus de 90% de l’eau à Gaza est impropre à la consommation humaine (95 %, selon l’OMS).
  • Pannes de courant : 12 heures et plus chaque jour.
  • Harcèlement contre les pêcheurs et les fermiers, qui se font tirer dessus par l’armée israélienne.
  • Restrictions sévères sur les exportations (lisez : pratiquement plus d’exportations du tout).
  • Interdiction de sortie pour les patients qui désireraient se faire soigner en dehors de Gaza.

Et, depuis, il y a les rapports à propos des bulldozers égyptiens qui détruisent les tunnels de Gaza, ces fameux tunnels qui ont pour une part importante empêché Gaza d’exploser complètement. Le Middle East Monitor rapporte que, hier, les bulldozers, accompagnés par des véhicules militaires, ont commencé les destructions.

N’est-il pas surprenant que, selon Al Monitor, les suicides sont de plus en plus fréquents à Gaza ?

Cela dit, si des gens hors de Gaza étaient soumis à ne serait-ce qu’une fraction des misères imposées à Gaza, les suicides seraient nettement plus nombreux. Les Palestiniens sont au nombre des peuples les plus résistants que j’ai jamais rencontrés.

Et, avec tous les nouveaux et anciens développements qui se poursuivent tranquillement, le massacre tranquille de toute une population, les bulldozers israéliens continuent à ravager les terres frontalières de Gaza et Occupied Palestine vient de publier un rapport sur la 204e violation par Israël du cessez-le-feu de novembre 2012.

J’ai beau aimer les sabr (cactus) de Gaza mais, soit, voilà assez d’épines pour aujourd’hui. Les Palestiniens n’ont jamais manqué d’uspoored (de patience, les mots cactus et patience se prononcent de la même façon).


Publié sur Rabble.ca le 5 juillet 2013. Traduction : JM Flémal.

eva bartlettEva Bartlett est une bénévole de ISM qui est entrée à Gaza sur un bateau qui a brisé le blocus en novembre 2008 — un mois seulement avant qu’Israël ne lance son ignominieuse invasion de 22 jours. Elle y est toujours. On peut la suivre sur Twitter : @EvaBarlettGaza. L’adresse de son blog : http://ingaza.wordpress.com.

 

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