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Netanyahou organise lui-même le boycott diplomatique d’Israël

Luc Delval

Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, a salué l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 2334, qui réclame la fin de la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens occupés.

La Belgique partage pleinement la position de la communauté internationale exprimée dans cette résolution : seule une solution à deux États offre une perspective de paix durable entre Israéliens et Palestiniens. La colonisation des territoires occupés par Israël est illégale, et sa poursuite met gravement en danger la possibilité d’une solution à deux États”, a affirmé le chef de la diplomatie belge dans un communiqué. “Ce texte de résolution ne peut justifier aucune incitation à la violence ou provocation. Il ne sert pas l’animosité ni la rancœur. Il doit au contraire servir aux responsables politiques concernés pour s’engager dans la voie de la raison”, ajoute Didier Reynders, comme il se doit aussitôt démenti par les faits, à savoir la violente campagne de propagande lancée par le gouvernement israélien.

En 2012, Obama était présenté dans un journal de New York (qui est la ville du monde où vit la deuxième plus importante communauté juive) comme “le premier Président juif” et “le meilleur ami qu’Israël ait actuellement”

Le gouvernement belge reste totalement fidèle à sa ligne tradition­nelle : dire une chose et faire le contraire, ou ne rien faire du tout, puisqu’il sait fort bien que la “solution à deux États” est morte et enterrée, et que le prétendu “processus de paix” (lui-même à l’état de cadavre depuis des années, enseveli sous les construction des colonies juives) n’est que le paravent à l’abri duquel Israël poursuit la colonisation de la Palestine, sans que rien de sérieux soit fait par la “Communauté internationale” pour l’en empêcher.

Pour mémoire, le gouvernement belge avait décidé en février 2015 de reconnaître l’État de Palestine “au moment opportun et ébauché une vague définition de ce que serait ce “moment opportun” : c’est le moment où Israël n’y verrait aucun inconvénient, c’est-à-dire pas dans un avenir prévisible, sinon jamais. Charles Michel, Didier Reynders et compagnie sont depuis longtemps passés maîtres dans l’art du faux semblant.

Pendant ce temps, on peut dire que le Premier ministre israélien fait un travail extraordinaire en faveur de ce que habituellement il dénonce comme “la délégitimisation d’Israël” !

Une caricature d’Obama a été largement répandue sur les réseaux sociaux par les propagandistes sionistes aussitôt après le vote de la résolution 2334 : le Président des États-Unis poignardant dans le dos un soldat israélien en train de prier.

Le vote à l’unanimité moins une abstention de la résolution 2334 au Conseil de Sécurité avait déjà extraordinairement mis en évidence l’isolement total d’Israël sur la scène diplomatique internationale. C’est même probablement le principal mérite de cette résolution, dont le texte est plutôt en retrait par rapport à la résolution 465 du 1er mars 1980, puisque celle-ci réclamait le démantèlement des colonies juives déjà installées dans les territoires palestiniens occupés à cette époque. Elle demandait aussi à tous les autres États membres de l’ONU “de ne four­nir à Israël aucune assistance qui serait utilisée spéci­fiquement pour les colonies de peuplement des terri­toires occupés”.

Rien de tel ne figure explicitement dans la résolution 2334 (qui toutefois réaffirme que l’acquisition de territoires par la force est inadmissible et qu’aucune  modification unilatérale des frontières par rapport à juin 1967 ne sera reconnue, y compris à Jérusalem).

Mais Netanyahou tient visiblement à renforcer encore l’image d’État-voyou d’Israël (ce n’est d’ailleurs pas qu’une image, c’est une cruelle réalité), en refusant d’emblée de prendre la position (presque) unanime du Conseil de Sécurité en considération, en se répandant en insultes à l’encontre du (toujours) Président Obama et en annonçant des “représailles” contre les méchants qui ont voté “contre Israël” à l’ONU”, dont les ambassadeurs sont convoqués un à un pour se faire engueuler (mais seul l’ambassadeur des États-Unis a eu l’honneur d’être reçu par Netanyahou himself, en sa qualité de Ministre des Affaires étrangères).

Dans le même temps, Netanyahou rappelle “en consultation” les ambassadeurs israéliens dans dix ou douze pays (ceux qui ont voté en faveur de la résolution et ont des relations diplomatiques avec Israël), il fait annuler la visite du ministre ukrainien des Affaires étrangères et celle de son homologue sénégalais, il annonce l’annulation de tous les accords de coopération avec le Sénégal, il annule les rencontres prévues avec ses homologues britannique et chinois, il proclame qu’Israël (qui a déjà pratiquement rompu toute relation avec l’UNESCO) pourrait ne plus payer ses cotisations à l’ONU [1] et “réévaluera” la question de la présence de représentants des  Nations Unies sur son territoire, il hurle, il tempête, il injurie… Il parachève, si tant est que ce soit possible, l’isolement d’Israël, et le mépris sans cesse grandissant que son pays suscite de par le monde.

MISE A JOUR (26 déc. 22h) :  Israël annonce la suspension  de ses “relations de travail” avec les 12 pays qui ont voté pour la résolution de l’ONU sur les colonies, à savoir l’Angola, la Chine, l’Égypte, l’Espagne, la France, la Grande-Bretagne, le Japon, la Nouvelle-Zélande, la Russie, le Sénégal, l’Ukraine et l’Uruguay.
Netanyahou a interdit à ses ministre de voyager dans ces pays. Il est cependant à craindre que cette interdiction ne soit pas définitive…

Lieberman, de son côté, a annoncé la suspension de la “coopération civile” avec l’Autorité Palestinienne, tout en précisant bien que la coopération sécuritaire – le dispositif par lequel l’Autorité Palestinienne de Ramallah maintient l’ordre en Cisjordanie au profit de l’occupant, ce qui évite à celui-ci une bonne partie du “sale boulot” – ne sera pas affectée. Netanyahou a même approuvé, selon Haaretz, la livraison aux services de sécurité de l’A.P. de cinq nouvelles jeeps blindées par la Jordanie. S’il fallait encore une démonstration du fait que l’A.P. œuvre dans l’intérêt de l’occupant…

L’augmentation envisagée du nombre de Palestiniens autorisés à travailler en Israël est également remise en question. Et bien entendu, les activités de colonisation vont être non seulement poursuivies mais accentuées, à commencer probablement par la création d’une nouvelle zone industrielle à Tarqumiya (sud de la Cisjordanie).

Sans doute ces gesticulations sont-elles en grande partie destinées à l’opinion israélienne, et si le gouvernement israélien veut lui-même organiser son propre boycott diplomatique, c’est tant mieux.

Il semble en effet que le vote de la résolution 2334 pourrait n’être que le prélude à d’autres initiatives, par exemple du côté de la Cour Internationale de Justice. Certains juristes ont en effet fait observer que la Cour a jugé (dans le cas de la Namibie) qu’aux termes de la Charte des Nations Unies les États membres se sont engagés à accepter et à mettre en œuvre les décisions du Conseil de Sécurité, et que cela est de sa compétence. A suivre.

Qu’est-ce qu’Obama a de différent ?

Obama, dont la cohérence de la politique étrangère n’aura sans doute pas été la qualité première, aura donc été le Président des États-Unis le plus vilipendé par Israël (en particulier parce qu’il n’a pas cédé aux sirènes du lobby qui voulait attaquer l’Iran), tout en étant celui qui a accordé à Israël une aide militaire sans précédent de 38 milliards de dollars (sur 10 ans). Cette aide, il est vrai, est autant un soutien à l’industrie étatsunienne de l’armement qu’à l’armée israélienne.

On ne peut dès lors manquer de se demander ce qui explique ce déferlement de propos haineux vis-à-vis d’Obama dans le discours israélien, y compris le discours officiel :

Depuis Richard Nixon, tous les Présidents des États-Unis ont adopté la même ligne à propos des colonies israéliennes (en résumé : on ne les accepte pas, mais on ne fait rien pour les empêcher). Mais seul Obama est traîné dans la boue par Israël et accusé d’être un traître et un antisémite. Qu’a-t-il de différent ? Hmmmmm ?

L.D.             


[1] Il a précisé avoir déjà “gelé” des financements destinés certaines agences de l’ONU “particulièrement hostiles envers Israël”, sans les nommer. Les États-Unis ont souvent usé de ce moyen de pression également.

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Notes   [ + ]

1. (YousefMunayyer