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Netanyahou est un criminel de guerre, déclare un député hollandais

Adri Nieuwhof

L’ère de l’« amitié inconditionnelle » entre Israël et les Pays-Bas est révolue, a rapporté le quotidien de droite hollandais De Telegraaf après que Benjamin Netanyahou a été confronté à des protestations vocales au cours de sa visite de deux jours aux Pays-Bas afin de discuter de la coopération économique.

Le député hollandais Tunahan Kuzu, à gauche, refuse de serrer la main du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, lors d’une visite de ce dernier au parlement de La Haye, le 7 septembre. (Photo : Bart Maat EPA)

Sur une prise de vidéo étonnante, ci-dessous on voit le député hollandais Tunahan Kuzu refuser de serrer la main du Premier ministre israélien lors d’une rencontre avec des députés.

Des groupes de solidarité avec la Palestine ont présenté à des parlementaires une pétition signée par plus de 7 500 personnes, réclamant instamment des sanctions contre Israël en raison de sa « politique d’oppression, de discrimination, de saisie de terres et de mépris envers les Nations unies ».

Des citoyens sont également descendus dans la rue pour protester contre la visite de Netanyahou.

Et plus d’un millier de personnes ont écrit à des députés pour leur demander d’annuler la rencontre prévue avec Netanyahou au parlement.

Rik Grashoff, un député du parti de la Gauche verte (GroenLinks), a annoncé sur Twitter qu’il n’assisterait pas à la réunion parce qu’elle ne modifierait en rien la « politique désastreuse » d’Israël à l’égard des Palestiniens.

En lieu et place, Grashoff a réclamé plus de pressions encore sur Israël, y compris des sanctions.

Kuzu, l’un des deux députés du parti DENK, a décidé d’assister à la rencontre afin d’être mis en présence de Netanyahou.

Portant un bouton représentant le drapeau palestinien, Kuzu a fait un signe de tête, mais n’a pas tendu la main quand Netanyahou lui a été présenté. Le Premier ministre israélien a semblé surpris et a dit à haute voix : « Oh ! OK ! » avant de s’éloigner.

« De la propagande »

Kuzu a expliqué que ses actions constituaient une réponse aux commentaires de Netanyahou lors d’une réunion à huis clos avec des membres de la Commission parlementaire des Affaires étrangères, que Kuzu a qualifiée de « propagande ».

Kuzu a déclaré qu’il avait confronté Netanyahou à des images de destructions israéliennes à Gaza et qu’il avait demandé au Premier ministre si c’était cela qu’il entendait par sa promotion de la démocratie, de la technologie et de la sécurité. Netanyahou n’a « rien eu à répondre » à cela, a affirmé Kuzu.

« Alors que, durant l’été 2014, les rues de Gaza étaient rouges du sang des enfants, ici, on déroule des tapis rouges », a écrit Kuzu sur Facebook. « Cela ne mérite pas une poignée de main, mais bien une référence à #FreePalestine. »

En réaction à la prise de position de Kuzu, le démagogue antimusulman Geert Wilders a réclamé l’expulsion du parlement de Kuzu, dont les ancêtres sont turcs, et l’a accusé de « double loyauté ».

Wilders, qui a reçu des fonds émanant de sources islamophobes américaines très connues, a également défendu les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée et a remis en question l’existence de la Palestine.

Néanmoins, d’autres voix du monde politique hollandais traditionnel se sont jointes aux critiques à l’égard d’Israël.

« Tout le monde doit porter le blâme du conflit, sauf Israël », a déclaré sur Twitter le député du Parti du travail (PvdA) Michiel Servaes.

Avant la réunion, Servaes avait annoncé qu’il allait demander à Netanyahou de « mettre un terme à sa politique destructrice de l’occupation et de ne pas abandonner les pourparlers de paix. Ce n’est qu’alors que nous pourrons défendre votre pays. »

Harry van Bommel, du Parti socialiste (SP), a tweeté que Netanyahou avait mentionné l’existence d’enclaves belges aux Pays-Bas afin de justifier les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.

Netanyahou aurait fait référence à d’infimes parcelles de territoire belge qui sont des survivances de l’époque médiévale.

Il n’y a pas de parallèle, toutefois : aucun désaccord n’existe entre la Belgique et les Pays-Bas quant à qui possède ces terres, alors que les colonies d’Israël en territoire occupé, implantées sur des terres saisies de force aux Palestiniens, violent les lois internationales.

« Criminel de guerre »

L’ancien Premier ministre des Pays-Bas Dries van Agt a regretté que le gouvernement du Premier ministre Mark Rutte ait déroulé le tapis touge pour Netanyahou.

Le Parti populaire (VVD) de centre droite de Rutte dirige une coalition gouvernementale qui comprend également le PvdA.

Prenant la parole à la télévision nationale, van Agt a traité Netanyahou de « criminel de guerre » qui devrait être jugé à la Cour pénale internationale de La Haye.

Dans le même temps, Amnesty International a tiré parti de la visite de Netanyahou pour protester contre le recours par Israël à la détention administrative.

Actuellement, plus de 700 Palestiniens sont emprisonnés sans accusation ni procès, une pratique qu’Israël a gardée de l’époque de la domination coloniale britannique en Palestine.

Lors d’une conférence de presse commune avec Netanyahou, le Premier ministre Rutte a répété la position de son gouvernement selon laquelle la campagne BDS était « protégée par la liberté d’expression et la liberté d’association ».

Tout en soutenant le droit de boycotter Israël, Rutte a déclaré que son gouvernement était opposé aux BDS.

La remarque de Rutte suggère que Netanyahou a tenté une fois de plus de pousser à la délégitimation du mouvement BDS.

« L’implantation de colonies doit cesser, de même que les démolitions et les incitations », a déclaré Rutte.


Publié le 9 septembre 2016 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

adrinieuwhofAdri Nieuwhof est une avocate des Droits de l’Homme, installée en Suisse et collaboratice de l’Electronic Intifadah. Vous trouverez d’autres articles du même auteur sur ce site.

 

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