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Netanyahou à Washington avait chaussé ses gros sabots, Obama a moyennement apprécié

En bon charognard, Benjamin Netanyahou a essayé de tirer profit de la tragédie que traverse le peuple syrien et pour cela de convaincre le Président Barack Obama de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan. Il a évoqué cette idée lors de la rencontre des deux hommes, lundi dernier à Washington.

Netanyahou tire argument de la déstabilisation provoquée par la guerre civile en Syrie, mais du côté Étatsunien on rétorque que sa proposition pourrait être de nature à nuire à la partie de l’opposition syrienne que les États-Unis soutiennent. Washington n’a jamais formellement avalisé l’annexion du Golan par Israël en 1981, pas plus d’ailleurs que celle de Jérusalem-Est, tout en s’abstenant soigneusement de faire quoi que ce soit de concret pour amener Israël à l’évacuer.

Une vague ébauche de négociations Israël-Syrie avait eu lieu lors du tout premier mandat de Netanyahou comme premier ministre, et alors que Hafez al-Assad (père de l’actuel Président Bachar al-Assad) était encore à la tête de la Syrie. L’idée de base, du côté israélien, était qu’en échange d’une éventuelle évacuation du Golan par Israël, la Syrie aurait coupé les ponts avec l’Iran et le Hezbollah. Cela n’était jamais allé plus loin qu’un prise de contact informelle via un homme d’affaires U.S.

Lundi dernier à Washington, Netanyahou a exprimé les craintes d’Israël de voir l’influence de l’Iran grandir encore en Syrie. Il redoute d’une part le transfert d’armes vers le Hezbollah au Liban, et d’autre part l’ouverture d’un “second front” sur le Golan. Et puisque, dans ces conditions, il n’est pas question qu’Israël négocie la restitution du Golan à la Syrie, pourquoi ne pas en tirer les conséquences et reconnaître sa souveraineté sur cette zone ?

Selon le témoignage d’un collaborateur de la Maison Blanche, cité par Haaretz sous condition d’anonymat, le Président des États-Unis n’a pas estimé que cette suggestion méritait vraiment une réponse… Selon lui, «il est clair que la position des États-Unis quant à l’avenir du Golan restera inchangée : nous avons toujours dit que cela doit être négocié dans le respect des [résolutions 242 et 338 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies]. Cela a été et cela reste notre position, et il n’y a aucun changement à attendre.»

Une fois de plus, Netanyahou fait preuve avec ses gros sabots d’une invraisemblable désinvolture envers les plus proches alliés d’Israël, car comme l’explique un officiel Étatsunien proche du dossier à Haaretz, la simple suggestion qu’il a faite «complique la stratégie suivie à propos de la Syrie en mettant l’opposition syrienne soutenue par Washington dans une position très inconfortable. S’il y avait la moindre indication donnant à penser que la position des États-Unis sur le Golan pourrait changer, cela rendrait les relations avec l’opposition très compliquées et cela exposerait cette opposition à des accusation du régime [de al-Assad] disant qu’ils sont les alliés de gens qui veulent abandonner le Golan. Cela n’a politiquement aucun sens, et pas nécessairement parce qu’il n’y a aucune perspective de négociation entre la Syrie et Israël dans un future prévisible. C’est injustifié et contre-productif».

Il ne faudrait pas que la Maison Blanche ajoute encore quelque commentaire que ce soit, sinon l’accusation d’antisémitisme va resurgir très très vite !

L.D.


 

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