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Netanyahou a besoin d’une guerre. Il la lui faut contre l’Iran. Et il faut que ce soit bientôt.

Bradley Burston

Benjamin Netanyahou a besoin d’une guerre. Il a besoin que ce soit avec l’Iran. Et il en a besoin bientôt.
Netanyahou a besoin d’une guerre parce qu’il est désespéré, et parce qu’une guerre pourrait répondre à deux de ses besoins les plus immédiats: d’abord, un événement qui permet globalement de détourner l’attention et  de retarder les événements, et deuxièmement, une guerre devrait réussir, même si sa carrière pâlit, à lui apporter la chose que le premier ministre israélien veut le plus dans cette vie : la postérité.

Il est désespéré parce qu’il perd rapidement du terrain dans les derniers sondages d’opinion. Il est désespéré car après toutes ces années au pouvoir, obsédé par sa place dans l’histoire et ses propres comparaisons avec Winston Churchill, Netanyahou n’a toujours pas d’héritage à la hauteur du nombre de ses nombre des années passées au pouvoir.

Mais surtout, il est désespéré parce qu’en tant que premier ministre, il sait qu’il ne lui reste peut-être pas beaucoup de temps. Il est désespéré parce que les enquêteurs de la police et les journalistes d’investigation le cernent de plus. Il prétend que les allégations se concentrent sur des faveurs innocentes échangées contre des cadeau de luxe bien innocents et modestes. Mais le public soucieux de la sécurité sait très bien que Netanyahou peut être impliqué dans les malversations auxquelles a donné lieu le marché concernant l’achat de plusieurs sous-marins allemands sophistiqués – potentiellement l’arme stratégique la plus puissante d’Israël dans sa confrontation permanente avec l’Iran, où chacun menace l’autre de destruction.

Et les choses ont empiré. Les hommes de Netanyahou, triés sur le volet, ont cherché à faire adopter un projet de loi destiné à atténuer les dégâts infligés par les enquêtes policières, mais ils ont mené la partie de manière si grossière que leurs manœuvres se révèlent contre-productives  et qu’elles ont anéanti une grande partie de la présomption d’innocence dont le leader du Likoud pouvait encore se prévaloir.

Pendant des années, Netanyahou s’est énervé quand ses ministres de la Défense, les chefs de l’armée et les directeurs des agences de renseignement l’empêchaient d’aller de l’avant dans ce qu’ils prévoyaient être une offensive malheureuse, inefficace et peut-être catastrophique contre les sites nucléaires iraniens.

Ce devait être le moment churchillien de Netanyahou. Sa place assurée dans l’histoire. Et son propre orchestre – et ce Barack Obama qu’il détestait tant – le lui refusait. Maintenant, cependant, juste au moment où Netanyahou en a le plus besoin, l’Iran montre des signes qu’il revient à lui. Et juste comme ça, les signes de la guerre abondent une fois de plus.

Tirant argument de la présence croissante de l’Iran en Syrie, le ministre de la Défense de Netanyahou a exigé que le budget militaire soit augmenté de plus d’un milliard de dollars. La demande est particulièrement extraordinaire compte tenu du fait que le chef d’état-major de l’armée ne voit aucun besoin de cette augmentation.

Dimanche, le journal Al Jarida basé au Koweït a rapporté qu’Israël avait secrètement promis de détruire toutes les installations iraniennes déployées en Syrie à moins de 40 kilomètres (25 miles) de la frontière nord-est d’Israël. Selon une source israélienne anonyme, le président russe Vladimir Poutine a relayé à Netanyahou un message du président syrien Bashar Assad contenant une offre syrienne d’une zone démilitarisée de 40 km, en échange de quoi Israël s’engagerait à ne pas chercher à renverser le dirigeant syrien.

Netanyahou a été cité comme étant prêt à accepter cet accord, mais en ajoutant qu’Israël restait attaché à l’objectif de chasser l’Iran et son allié le Hezbollah hors de Syrie. Le porte-parole en chef de l’armée israélienne, Ronen Manelis, a fait une sortie qui a suscité des froncements de sourcils et des supputations en déclarant devant des journalistes israéliens que le dirigeant du Hezbollah, Hassan Nasrallah, serait la cible d’un assassinat dans toute guerre entre Israël et les milices contrôlées par l’Iran.

Puis, mardi, le ministre de la Coopération régionale de Netanyahou, Tzachi Hanegbi, qui énonce souvent la politique du Premier ministre, a lancé un avertissement à l’Iran dans des termes exceptionnellement durs. Interrogé à brûle-pourpoint sur la perspective d’une nouvelle guerre à la frontière nord d’Israël, Hanegbi a déclaré à la radio de l’armée: “La tension monte dans le nord.” Les Iraniens, a-t-il dit, ne cachent pas leur volonté de renforcer leur présence militaire en Syrie. Et “Israël affirme : cela n’arrivera pas”.

Selon Hanegbi, longtemps considéré comme l’un des lieutenants les plus fiables et relativement modéré de Netanyahou, les forces iraniennes près de la frontière ou les bases navales ou aériennes ailleurs en Syrie «sont des lignes rouges que nous ne permettons pas de franchir».

Netanyahou est clairement et légitimement troublé par une administration Trump qui semble hésitante par rapport à la Syrie, ignorant les arguments du Premier ministre qui plaide pour contrer l’influence iranienne croissante là-bas.

Ce soir, dans un bureau profond et souvent solitaire, près de la sortie principale de Jérusalem, un homme dont l’expression de plus en plus sombre tend beaucoup plus vers Richard Nixon que vers Winston Churchill prépare sa prochaine initiative.

Dans le passé, les dirigeants israéliens extrémistes qui se trouvaient sous la menace d’enquêtes de la police ont opté pour un virage spectaculaire vers la gauche, dans l’espoir de faire une percée vers la paix afin de sauver leur poste de premier ministre. Mais Netanyahou a si longtemps et si bien travaillé pour bloquer toute perspective significative de paix qu’il a lui-même étouffé dans l’œuf une grande partie de sa propre marge de manœuvre.

Il y a trois ans, désespéré à l’époque, il a opté pour la guerre. La guerre était évitable, les résultats pour Israël et surtout les civils palestiniens, furent dévastateurs. Et pourtant, du point de vue de Netanyahou, cela a fonctionné. L’armée israélienne était démoralisée et désorganisée. De larges portions de l’opinion en Israël se sentaient vulnérables face aux attaques. A Gaza, des centaines d’enfants et un grand nombre de civils adultes ont été tués et des milliers d’autres blessés.

Mais Netanyahou ? Il est toujours là. Juste où il était. Toujours en train d’étudier ses cartes militaires.

Bradley Burston                


Cet article de Bradley Burston a été publié par Haaretz le 28 novembre 2017, sous le titre “Netanyahu Needs a War. He Needs It to Be With Iran. And He Needs It Soon” – Traduction Luc Delval

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