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Mission économique : la vertueuse indignation à géométrie variable de la Secrétaire d’État Cécile Jodogne

En 2014, puis au dernier trimestre de 2015, il avait été beaucoup question d’une mission économique en Israël regroupant des entreprises des trois régions de la Belgique. En 2014, la mission avait été annulée – ou plutôt “reportée” – après l’agressions israélienne contre la population de Gaza, en partie sous la pression des associations de défense des droits humains, d’une pétition ayant recueilli 11.000 signatures à l’initiative du PTB, et à des révélations dans la presse qui démontraient que le personnel du bureau commercial belge à Tel Aviv manifestait bruyamment son enthousiasme à l’égard des atrocités israéliennes.

En 2015, en revanche, le souvenir des horreurs commises à Gaza s’étant déjà quelque peu estompé, rien n’y avait fait : les entreprises étaient paraît-il demandeuses, et la Secrétaire d’État bruxelloise Cécile Jodogne (DEFI) soutenait que c’était le seul critère qui lui importait vraiment.

D’ailleurs, soutenait-elle contre toute vraisemblance, si en 2014 la mission avait été annulée, c’est uniquement parce que les entreprises s’en étaient retirées, et pour aucune autre raison. L’économie, n’est-ce pas, ça n’a rien à voir avec la politique !

On peut se rapporter, à ce propos, à cet échangé à la tribune du Parlement de la région de Bruxelles, lorsque la députée PTB Claire Geraets avait interpellé la Secrétaire d’État :

La vérité oblige à dire que les autres partis de la coalition (PS, CDH, FDF, SPA, VLD) bruxelloise n’avaient pas eu une attitude plus glorieuse, et que si quelques élus PS avaient tenu à se démarquer, la réaction du “boulevard de l’Empereur” avait été particulièrement pitoyable. Cela n’a d’ailleurs pas évolué depuis lors dans les hautes sphères PS.

Mais, que voyons-nous aujourd’hui ?

llb_mission_phlippinesLa Libre Belgique annonce ce 1er octobre que Cécile Jodogne estime que les propos outranciers du Président des Philippines, Rodrigo Duterte – qui se situe dans la lignée de grossiers merles à la Berlusconi, Trump, Sarkozy, etc… (quoiqu’aucun de ceux-ci n’ait traité Barack Obama de “fils de pute”, du moins pas publiquement) – rendent une mission économique présidée par la Princesse Astrid inopportune.

Mme Jodogne n’évoque nullement, pour justifier sa position, des désistements d’entreprises, choquées d’entendre le président étatsunien ainsi maltraité verba­lement, ou par la tonalité indiscutablement anti­sémite de certains autre propos du Président Duterte. 

Les motifs avancés il y a quelques mois pour maintenir la mission en Israël ne sont apparemment plus valables quand il s’agit des Philippines.

Mais quoi qu’il en soit, “si le fédéral et les deux autres Régions ne sont pas d’accord, alors la Région bruxelloise n’enverra pas de représentation politique”, a-t-elle déclaré selon “La Libre”.

La grossièreté d’un dirigeant est donc le critère d’une décision clairement politique quand il s’agit des Philippines, et quelques propos outranciers d’un président mal embouché pèsent davantage, aux yeux de la Secrétaire d’État que, s’agissant d’Israël (en vrac, et sans que la liste soit exhaustive) :

Évidemment, M. Duterte – dont il ne s’agit évidemment pas ici de prendre la défense – n’a pas, contrairement à pas mal de dirigeants israéliens, étudié dans les meilleures universités étatsuniennes, et cet avocat et fils d’avocat n’a sans doute par l’exquise urbanité légendaire d’un Avigdor Lieberman.  Et d’ailleurs il semble assez enclin à se détourner des États-Unis au profit de la Chine, ce qui est sans doute le pire crime que puisse commettre un dirigeant d’une puissance asiatique secon­daire (et la plus grande imprudence s’il ambitionne de faire de vieux os).

Mais on n’ose évidemment pas imaginer que ce genre de considérations entre en ligne de compte dans le jugement de Cécile Jodogne, puisque comme chacun sait – nous l’a-t-elle assez répété ? – les missions économiques n’ont rien à voir avec la politique.

L.D.         

 

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