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Mise en garde saoudienne à Obama contre les « conséquences désastreuses » de son soutien aveugle à Israël

L’obstruction mise par les États-Unis à la reconnaissance de la Palestine en tant qu’État par l’ONU aurait « des conséquences désastreuses sur les relations entre les États-Unis et l’Arabie Saoudite« .

Alors qu’il est en pleine préparation de sa campagne électorale en vue d’un second mandat, le Président Obama a déclaré que Washington « s’opposera aux efforts pour déligitimiser Israël » aux Nations-Unies.

Mais, Obama « doit se rendre compte que le monde arabe ne peut plus tolérer que les Palestiniens soient déligitimisés par les actions israéliennes visant restreindre leur liberté de mouvement, étouffer leur économie et détruire leurs maisons« . Aussi « l’Arabie Saoudite ne restera pas inactive tandis que Washington et Israël se chamaillent indéfiniment à propos de leurs intentions, échouent à faire avancer leurs plans et cherchent à miner toute présence palestinienne sur la scène internationale« .

Celui qui écrit cela dans le « Washington Post » n’est pas n’importe qui. Il s’agit du prince Turki Al-Fayçal, fils du défunt roi Fayçal, ancien ambassadeur saoudien à Washington, et surtout ancien chef des services secrets saoudiens. Et il ne passe pas pour prendre la parole publiquement pour ne rien dire.

« En absence de négociations productive, le moment est venu pour les Palestiniens de contourner les États-Unis et Israël, et de rechercher directement la reconnaissance de leur État par les Nations-Unies. Cette démarche aura le plein appui de l’Arabie Saoudite, des autres nations arabes et d’une large majorité au sein de la communauté internationale, c’est-à-dire de tous ceux qui veulent qu’on sorte de l’impasse et la stabilité au Moyen-Orient« , écrit-il encore. Et de rappeler à Obama, pour qui « jamais les Nations-Unies ne pourront créer un État palestinien, que c’est bien de cette manière, par un vote des Nations-Unies que fut décidée la création d’Israël en 1947.

Aussi, « en septembre, le royaume [d’Arabie saoudite] utilisera sa considérable puissance diplomatique pour soutenir les Palestiniens dans leur quête de reconnaissance. Les leaders américains, ont depuis longtemps qualifié Israël d’allié « indispensable ». Ils vont rapidement devoir apprendre qu’il y a dans cette région du monde d’autres acteurs – la « rue arabe »  n’étant pas le moindre – qui sont autant, sinon plus, « indispensables ».  Le jeu du favoritisme en faveur d’Israël ne s’est pas révélé très sage pour Washington, et prochainement il apparaîtra comme une folie encore plus grande ».

Le prince saoudien relève que ceux qui ont spéculé, dans un passé récent, sur la déchéance de son pays en tant que centre de pouvoir à l’échelle régionale ont été sévèrement déçus. « De même – écrit-il – l’histoire donnera tort à ceux qui s’imaginent que le futur de la Palestine sera déterminé par les États-unis et Israël« .

Et d’évoquer, comme cité plus haut, « les conséquences désastreuses » pour les relations entre l’Arabie saoudite et les États-Unis qu’aurait un véto étatsunien à la reconnaissance de la Palestine par l’ONU, qui provoquerait une détérioration sans précédent depuis « des dizaines d’années » et « causerait des dommages irréparables tant au « processus de paix israélo-palestinien » qu’à « la réputation de l’Amérique parmi les nations arabes« .

« La distance idéologique entre le monde musulman et l’Occident en général s’élargirait, et les opportunité de coopération et d’amitié entre les deux pourraient s’évanouir« .

« Nous les Arabes nous avons longtemps dit non à la paix, et nous avons eu ce que nous méritions en 1967. En 2002, le Roi Abdallah a proposé ce qui allait devenir l’initiative de paix arabe [1]. Basée sur la résolution 242 du Conseil de Sécurité, elle en appelle à la fin du conflit sur base du principe « la terre contre la paix ». Le retrait d’Israël de tous les territoires occupés, y compris Jérusalem-est, une solution négociée pour les réfugiés palestiniens et la reconnaissance de l’Etat palestinien. En échange, la reconnaissance diplomatique pleine et entière [d’Israël] par l’ensemble du monde arabe et tous les États islamiques, la fin des hostilités et l’établissement de relations normales avec tous ces États.

Aujourd’hui, ce sont les Israéliens qui disent « non ». Je n’aimerais pas être dans les parages lorsque ce sera leur tour de faire face aux conséquences. »


[1] en mars 2002, le roi Abdallah a fait adopter par le sommet arabe de Beyrouth une offre de paix prévoyant de considérer le conflit avec l’État d’Israël comme « terminé » et d’établir « des relations normales » avec lui, en échange du retrait total d’Israël des territoires occupés en 1967, y compris Jérusalem-est (qui deviendrait la capitale d’un Etat palestinien) mais aussi du Golan syrien et d’une « solution juste » au problème des réfugiés conforme à la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations-Unies (il était implicitement admis qu’une minorité seulement retournerait concrètement dans les territoires conquis par Israël en 1948, les autres bénéficiant de compensations financières, d’ailleurs pas forcément payées par Israël). Ce plan se situait dans le prolongement du « plan de Fès » datant de 1982. Israël a rejeté les initiatives arabes, et le reste du monde occidental les a traitées par le mépris. La litanie propagandiste sur le refus arabe de reconnaître Israël est trop utile pour qu’on y renonce si facilement.

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