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Même à l’Université du Michigan, BDS gagne du terrain malgré les efforts forcenés des lobbies pro-Israël

C’est la “Jewish Telegraphic Agency” (JTA) qui, sous la plume de Seffi Kogen 1, nous l’apprend : après l’avoir refusé à dix reprises depuis 2002, le “Central Student Government” (CSG) de l’Université du Michigan vient de voter en faveur d’une résolution de soutien au mouvement BDS et demandant à leur université de désinvestir et d’appliquer des sanctions à l’égard de l’État d’Israël.

L’inexorable progression de BDS dans les campus universitaires des États-Unis se poursuit donc, même où le terrain paraît à priori le moins favorable, et en dépit de l’offensive politique anti-BDS dotée de gros moyens et parfois peu regardante sur les procédés les plus abjects 2 qui se développe aux États-Unis.

JTA explique qu’à l’Université du Michigan “les étudiants qui se sont battus contre l’adoption de la résolution [de soutien à BDS] – sacrifiant leur heures de sommeil, leurs études et leur vie sociale – ont fait tout ce qui était possible”. Et l’administration de l’Université, qui était hostile à ce vote, a immédiatement annoncé qu’elle n’en tiendrait pas compte. Il n’en reste pas moins que parmi les étudiants un fort courant d’hostilité à la politique israélienne – qui est soutenue comme jamais par le personnel politique étatsunien – s’est développé, au point de rendre les plaidoyers sionistes totalement inaudibles.

Seffi Kogen en attribue la responsabilité à “deux variétés opposées de radicalisme” chez les Juifs aux États-Unis.
La première est constituée par “Jewish Voice for Peace” (JVP – Voix Juive pour la Paix).

JVP est devenue une partie intégrante de presque toutes les attaques d’Israël sur les campus , et le Michigan n’a pas fait exception”, écrit Kogen. La veille du vote à l’Université du Michigan, JVP avait publié une prise de position intitulée «Pour combattre la suprématie blanche, soutenir le désinvestissement» 3

Il est indéniable qu’il y a une convergence entre le mouvement Black Lives Matter” et BDS dans les universités étatsuniennes.  Selon Seffi Kogen “l’anti-sionisme ouvertement affiché de JVP donne une couverture aux  détracteurs non-juifs d’Israël et les immunise contre l’accusation d’antisémitisme, aussi méritée soit-elle”.

Si c’était vrai, ce serait une excellente nouvelle, car de l’aveu même de Kogen dans l’autre camp on n’est pas regardant quant aux moyens utilisés pour salir les opposants à la politique du gouvernement israélien.

«Le deuxième type de radicalisme juif qui a contribué à assurer la victoire de BDS est le groupe d’extrême droite qui se cache derrière la liste noire des McCarthystes de Canary Mission 4. Ce site, lancé début 2015, s’est annoncé avec une vidéo présentant le slogan “Il est de votre devoir de vous assurer que les radicaux d’aujourd’hui ne sont PAS les employés de demain”. Le site a publié les noms, affiliations et activités d’un certain nombre de jeunes militants anti-israéliens sur les campus à travers le pays, les obligeant à rendre des comptes, à perpétuité, pour des tweets mal inspirés de leur jeunesse, leur appartenance à des organisations politiques et leur activisme sur le campus. Certains de ceux qui sont dénoncés par le site sont indubitablement des gens qui haïssent Israël. Mais en créant le spectre d’une liste noire, Canary Mission a fourni des munitions puissantes à la foule anti-israélienne du Michigan.
Utilisant Canary Mission comme un épouvantail, les partisans du BDS ont tellement effrayé les membres du “Central Student Government”, qui se sont dit qu’ils risquaient de voir leur nom apparaître sur un site obscur destiné à les rendre inemployables, qu’ils ont exceptionnellement décidé de voter à bulletins secrets
».

Seffi Kogen nous explique donc calmement que quand les étudiants peuvent voter à l’abri de toute pression, sans crainte de représailles et sans subir la pression sociale ni crainte d’être accusé d’antisémitisme pour avoir osé défendre quelques principes essentiels, c’est BDS qui l’emporte.

Mais pour ce propagandiste sioniste, la liberté d’opinion ainsi préservée est en soi un scandale. Il est certes indisposé par les méthodes de “Canary Mission”, qu’il qualifie justement de “McCarthystes”, mais pas au point de vouloir que les délégués étudiants puissent voter librement selon leur conscience : “Cette décision profondément antidémocratique de voter à bulletins secrets a exonéré les membres du CSG de leurs responsabilités face aux électeurs qui les avaient élus. Ainsi déchargés, ils ont voté, de justesse” en faveur du désinves­tissement et des sanctions. La liberté de penser, quelle catastrophe !

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Notes   [ + ]

1. Seffi Kogen directeur du “American Jewish Committee” pour les affaires étudiantes
2. On pense naturellement à ces municipalités du Texas qui ont exigé des habitants dont la maison avait été détruite par l’ouragan Harvey et qui sollicitaient de l’aide qu’ils certifient ne pas boycotter Israël, ne pas encourager autrui à le faire et à ne pas le faire dans l’avenir. Pas de soutien à Israël, pas d’aide aux sinistrés de l’ouragan !
3. Ce que JTA qualifie de “mensonge flagrant” puisque “la création de l’État d’Israël était en soi un triomphe historique sur un régime suprématiste blanc qui cherchait à détruire un peuple qu’il considérait comme inférieur sur le plan racial”.  C’est tellement vrai que dans son livre d’entretiens “L’interminable écriture de l’Extermination” (Ed. Stock, 2010) l’inénarrable Alain Finkielkraut ne peut éviter de relever (p. 117) que dans son réquisitoire lors du procès des principaux criminels nazis à Nuremberg le Procureur français “dénonce le racisme des nazis mais ne nomme pas l’antisémitisme et ne fait aucune allusion à l’extermination des Juifs même quand il évoque Auschwitz”. C’est dire si cette question était au centre des préoccupations de l’époque.
4. Les promoteurs de “Canary Mission”, qui s’acharnent à dénoncer nommément celles et ceux qui s’opposent, de quelque manière que ce soit à Israël, à donner sur leurs actions et leur vie même autant de détails que possible (avec photos, et les liens qui sont supposés exister entre eux, dans le but explicite de provoquer la répression contre eux – en particulier dans le cas des enseignants – ou, dans le cas des étudiants, de les exclure du marché du travail pour l’éternité), sont très discret sur eux-mêmes, sur leurs soutiens financiers et leurs sympathisants.  Dans un article du 27 mai 2015, Haaretz remarquait que parmi celles et ceux que “Canary Mission” cloue à son pilori électronique, beaucoup n’ont eu que relativement peu d’activités militantes relatives à la Palestine ou Israël.