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Marwan Barghouti proposé pour le Nobel de la Paix par des élus belges

Luc Delval

Six élus belges  – Gwenaëlle Grovonius (PS), Dirk Vandermaelen (SPA) , Vincent Van Quickenborne (VLD), Piet de Bruyn (NVA), Nadia El Yousfi (PS), Jean-Marc Delizée (PS) et Benoît Hellings (Ecolo) – ont signé une lettre appuyant la candidature du député palestinien emprisonné Marwan Barghouti pour le prix Nobel de la paix.

Gwenaëlle Grovonius manifestait pour les prisonniers palestiniens à Bruxelles le 17 avril dernier à l'appel de l'ABP

Gwenaëlle Grovonius manifestait pour les prisonniers palestiniens à Bruxelles le 17 avril dernier à l’appel de l’ABP (Photo : M. De Ly)

Marwan Barghouti a passé plus de deux décennies dans les prisons israéliennes, y compris les 14 dernières années, après sa condamnation par l’occupant pour 5 meurtres. Du fond de sa prison, il n’a jamais cessé d’appeler son peuple à la résistance, il soutient la campagne BDS et a dénoncé l’imposture du soi-disant “processus de paix”.

Le texte des élus belges rappelle que «de nombreuses voix se sont élevées pour appeler à la libération de Marwan Barghouti, dont le Parlement européen par une résolution votée tous partis politiques confondus. La déclaration de Robben Island pour la liberté de Marwan Barghouthi et de tous les prisonniers palestiniens, qui a été signée par 8 prix Nobel de la paix, dont le Président Carter, a souligné la place unique qu’occupe Marwan Barghouti parmi les Palestiniens et sur la scène internationale, en évoquant “ le prisonnier politique palestinien le plus important et reconnu, un symbole de la quête du peuple palestinien pour la liberté, une figure d’unité et un défenseur de la paix fondée sur le droit international”».

Les autorités israéliennes, elles, ne veulent voir en Marwan Barghouti qu’un “assassin” qui doit purger cinq peines de prison à vie pour cinq meurtres et 40 années supplémentaires pour tentative de meurtre. L’accusé avait refusé de se défendre, estimant le tribunal de l’occupant illégitime.

Marwan Barghouti, membre du Fatah, jouit d’une immense popularité parmi la population palestinienne, et certains le considèrent comme le « Mandela palestinien ».

L’initiative des six élus belges est évidemment inspirée des plus nobles intentions, leur “exposé des motifs” est irréprochable, et on ne saurait leur reprocher quoi que ce soit, même si les chances de succès de cette candidature sont probablement proches de zéro.

Néanmoins, force est de constater que le palmarès récent du Nobel de la Paix compte tant d’assassins et de criminels de guerre – de Henry Kissinger (1973) à Obama (2009) en passant par Shimon Peres et Yitzhak Rabin (1994) – ou de lauréats grotesques – comme l’Union Européenne (2012) dont le rôle pernicieux dans le conflit israélo-palestinien n’est plus à démontrer et dont l’attitude dans la “crise des migrants” la disqualifie pour longtemps ou l’AIEA (2005) complice d’Israël en matière d’armement nucléaire – qu’on n’est pas certain de souhaiter à son pire ennemi de s’y retrouver à leur côtés. La présence de Nelson Mandela et de Martin Luther King dans la liste ne compense pas, loin s’en faut, l’inconfort d’un tel voisinage.

Le plus étonnant, en fin de compte, est sans doute que le Nobel de la paix intéresse encore qui que ce soit.

L.D.

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