Dans l'actu

Mahmoud Abbas, toujours supporter de Ben Ali et de ses méthodes ?

L’Autorité palestinienne a empêché un rassemblement de soutien à la révolution tunisienne, qui devait avoir lieu mercredi 19 janvier, à Ramallah, rapporte un envoyé spécial du journal Le Monde, Benjamin Barthe.

Les quelques dizaines de manifestants qui ont bravé l’interdiction des autorités, se sont heurtés, lorsqu’ils sont arrivés sur le Manara, la grande place de la ville, à un rassemblement de militants du Fatah, organisé officiellement pour défendre la cause des prisonniers palestiniens en Israël (dont on se souvient que certains ont été récemment froidement livrés à l’occupant israélien par l’A.P., à Hébron, après avoir mené une grève de la faim de 40 jours dans une prison de cette dernière).

Cet évènement est tombé à point nommé pour servir de contre-manifestation. Le cordon de policiers autour du Manara et la présence parmi les manifestants de nombreux agents des moukhabarrat (services secrets de l’A.P.) ne laissaient guère de doute quant à l’intention de l’Autorité palestinienne d’empêcher toute expression de solidarité avec la « révolution du jasmin« , dit le journaliste du « Monde ».

A peine un jeune Palestinien a-t-il commencé à agiter un drapeau tunisien, qu’un officier de police a arraché l’étendard, au motif qu’il perturbait la manifestation en l’honneur des prisonniers. «C’est incroyable, explique Omar Barghouti, l’une des figures de proue de la société civile palestinienne, qui était présent sur place. La police est en train de confirmer l’accusation selon laquelle l’Autorité palestinienne est du côté de Ben Ali et qu’elle a aussi peur que lui du peuple et de la rue. Ben Ali est parti, mais il y a encore plein de Ben Ali au pouvoir dans le monde arabe et l’Autorité palestinienne ne veut surtout pas les froisser.»

« UNE DÉCISION PRÉSIDENTIELLE »

Joint par Le Monde, Ghassan Khattib, le porte-parole du gouvernement palestinien, a appelé la police pour demander des précisions sur ce qui s’était passé. La police a répondu qu’«un tel incident ne devrait pas arriver, et s’il est arrivé, nous le déplorons. Si nous recevons une plainte, nous enquêterons».

La décision de manifester en faveur de la Tunisie avait été prise par une poignée de jeunes Palestiniens, dont certains ont fait des études dans ce pays. Il s’agissait d’une initiative spontanée, en dehors de tout cadre partisan ou institutionnel. Le gouvernorat de Ramallah, responsable pour les questions d’ordre public, avait initialement donné son feu vert.

«Mais un contre-ordre est tombé cinq minutes plus tard, en provenance de la Moqata’a, le siège de la présidence palestinienne, interdisant la manifestation et tout usage du drapeau tunisien», affirme Shawan Jabarin, le directeur d’Al Haq, une ONG de défense des droits de l’homme auprès de qui les organisateurs étaient venus chercher conseil. Naguère, c’était le drapeau palestinien qui était strictement interdit, sur ordre de l’occupant.

«Des contacts au sein du gouvernement m’ont confirmé qu’il y a une décision présidentielle pour interdire toute manifestation en dehors du cadre du Fatah, assure un organisateur qui requiert l’anonymat. Ils ont la trouille que la moindre étincelle mène à un soulèvement contre Israël ou bien que les gens demandent des comptes à l’Autorité palestinienne.»

«NOUS SOUHAITONS LE MEILLEUR POUR LA CHÈRE TUNISIE»

«Je ne sais pas s’il s’agit d’une manœuvre délibérée», explique un autre organisateur, qui demande lui aussi l’anonymat et qui se dit soucieux d’éviter toute confrontation avec l’Autorité palestinienne. «Nous n’avons pas voulu détourner l’attention de la question des prisonniers, qui est une priorité plus importante. C’est pour cela que nous avons accepté de reporter notre manifestation. Je ne sais pas si nous aurons un permis. L’Autorité palesti­nienne donne l’impression de ne pas vouloir prendre de position sur la question tunisienne.»

Au lendemain du départ du président Ben Ali, un communiqué de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) avait rendu hommage au «courage sans précédent» et au «sacrifice héroïque» du peuple tunisien. Mais ce texte publié par Yasser Abed Rabbo, le secrétaire général de la centrale palestinienne, avait été désavoué peu après par un conseiller de Mahmoud Abbas, Ahmed Abdel Rahmane. «Nous souhaitons le meilleur pour la chère Tunisie et présentons nos condoléances aux familles des victimes et affirmons que nous maintiendrons les meilleurs relations avec la Tunisie», affirmait ce dernier dans une mise au point très prudente.

Après avoir été chassé du Liban en 1982 par une offensive israélienne, Yasser Arafat, alors chef de l’OLP, avait trouvé refuge en Tunisie. La direction du mouvement palestinien était restée dans ce pays jusqu’en 1994, date de son installation à Gaza. Durant cette période, elle avait noué de très bonnes relations avec le président tunisien Habib Bourguiba et son successeur, Zine El Abidine Ben Ali, aujourd’hui réfugié en Arabie saoudite.

Ce dernier, on le sait, faisait grossièrement truquer les élections, de manière à se faire systématiquement réélire avec environ 90% des voix. Mahmoud Abbas – dont le mandat a expiré depuis longtemps – n’ose pour sa part, tout simplement plus organiser les élections du tout, après la victoire du Hamas lors du scrutin de 2006, qui s’était tenu dans des conditions irréprochables, sous la surveillance d’observateurs étrangers impartiaux.

Les pays occidentaux, qui avaient exercé une forte pression pour que ces élections aient lieu, s’étaient empressés de refuser d’en reconnaître les résultats, dès lors qu’il ne correspondait pas à leurs attentes. Quant à l’occupant israélien, il a emprisonné un grand nombre d’élus palestiniens, sans que la vertueuse « communauté internationale » s’en indigne outre mesure. On a des principes ou on n’en a pas…

 

Print Friendly, PDF & Email