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Mahmoud Abbas menace de dissoudre l’Autorité Palestinienne et de laisser Israël se débrouiller

Il y a peu, Fayez Taneb, agriculteur et militant palestinien que nous avions l’honneur de recevoir, évoquait l’idée qu’à défaut de pouvoir trouver une solution négociée avec Israël, en raison notamment du refus obstiné des sionistes d’en définir enfin les frontières définitives, d’autres solutions restent ouvertes, dont la dissolution pure et simple de l’Autorité palestinienne.

A défaut pour elle de pouvoir faire progresser le peuple palestinien vers une paix durable, et donc juste, fondée sur une “solution à deux États” de plus en plus fantasmatique, on pourrait très bien en revenir à une “solution à un État” englobant la Cisjordanie (et Gaza ?), au sein duquel évidemment tous les habitants devraient être égaux en dignité et en droit.

Et Fayez Taneb d’évoquer l’hypothèse d’une (auto-)dissolution pure et simple de l’Autorité palestinienne, dans laquelle l’occupant israélien se retrouverait face à ses responsabilités. Pourquoi, de fait, l’Autorité palestinienne (dont on peut rappeler qu’elle ne détient plus aucun mandat démocratique, faute d’avoir organisé des élections dans les délais voulus) devrait-elle continuer à se charger d’assurer “le maintien de l’ordre”, au seul bénéfice de l’occupant ?

Un maintien de l’ordre – dont, soit dit en passant, l’A.P. se charge de manière particulièrement brutale – ne peut se maintenir durablement sans autre perspective que de maintenir les privilèges d’une petite caste et l’emprise de l’occupant.

Cette évidence a semble-t-il fait son chemin dans l’esprit de beaucoup de Palestiniens, à telle enseigne que Mahmoud Abbas lui-même a évoqué l’idée de mettre fin à l’existence de l’A.P. si Israël ne met pas fin à l’extension de la colonisation de la Cisjordanie. En résumé, le chef de l’A.P. menace de rendre les clés des confettis de territoire sur lesquels l’A.P. exerce des lambeaux de pouvoir (et rien qui soit digne d’être considéré comme une souveraineté) à l’occupant et de lui dire de se débrouiller avec les 2,2 millions de Palestiniens de Cisjordanie.

Reste que la mise à exécution de cette menace ne serait pas sans poser des problèmes, notamment si on veut bien se souvenir de l’A.P. emploie (grâce à des aides internationales massives) 150.000 fonctionnaires, dont les moyens de subsistance en dépendent et qui jouent un rôle crucial dans l’économie locale.

Si tous nos efforts échouent”, a déclaré Mahmoud Abbas au cours d’un interview télévisé,“je dirai aux Américains et aux Israéliens d’en finir avec tout cela. Ça ne peut plus continuer : nous avons une occupation [militaire], et nous n’en avons pas… Dans ces conditions, reprenez les commandes et libérez-moi de mes responsabilités”.

Dans le passé, Mahmoud Abbas avait menacé de démissionner, et il avait annoncé son intention de ne plus solliciter un nouveau mandat (ce qui ne l’a pas empêché de continuer à exercer celui qui est venu à échéance depuis longtemps).  C’est pourtant semble-il la première fois qu’il évoque l’idée non pas de mettre fin à ses fonctions personnelles, mais de dissoudre l’A.P. en tant que telle.

 

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