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Mahmoud Abbas : “Lorsque le temps des élections arrivera, je ne me représenterai pas

Propos recueillis par Laurent Zecchini (

Votre gouvernement poursuit le développement économique de la Cisjordanie, mais le processus politique est bloqué.  Croyez-vous à la possibilité d’ouvrir des discussions avec Israël ?

Quand nous parlons du développement économique, nous parlons aussi de sécurité.
Tout le monde reconnaît que nous avons fait un excellent travail. S’agissant de la piste politique, les Américains ont proposé des “discussions de proximité”, et nous leur avons posé des questions : la première concerne les “termes de référence” de ces discussions, la deuxième le calendrier. Et la troisième se résume ainsi : si ces discussions échouent, quelle sera la position américaine ? Quand nous aurons obtenu les réponses, ce qui n’est pas encore le cas, nous les examinerons, y compris au sein de la Ligue arabe.

Si les termes de référence, pour les Palestiniens, c’est un État dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale, n’est-ce pas préempter le résultat des négociations ?

Non, nous ne faisons que reprendre la “feuille de route” (2003), qui a été acceptée par tout le monde. Elle mentionne deux États, avec un État palestinien indépendant et viable à côté d’Israël, la fin de l’occupation israélienne, les résolutions des Nations Unies, y compris l’Initiative de paix arabe (2002).

Pensez-vous que les Israéliens se satisfont du statu quo ?

Nous sommes arrivés à cette conclusion dans le passé. Aujourd’hui, les Américains lancent ces discussions de proximité, et nous verrons si eux-mêmes aboutissent à la même conclusion.

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, va-t-il accepter de reprendre les négociations là où vous vous étiez arrêtés avec son prédécesseur, Ehoud Olmert ?

C’est exactement ce que nous demandons, et ce qu’ils ne veulent pas. Pendant les négociations avec M. Olmert, Condoleezza Rice (la secrétaire d’État US) nous a confirmé la position de Washington concernant les frontières et les territoires occupés. Ceux-ci sont composés de la bande Gaza, de la Cisjordanie, c’est-à-dire Jérusalem-Est, la mer Morte et la vallée du Jourdain. Les deux parties ont dit d’accord. Le jour d’après, M. Olmert et moi avons commencé à confronter nos positions concernant les échanges de territoires. Malheureusement, nous n’avons pas pu conclure. Donc je demande aux Américains : ‘Êtes-vous d’accord avec les positions confirmées par Condoleeza Rice ?’ S’ils ne le sont pas, les Israéliens vont nous dire : “Recommençons à zéro’ !

Comment envisagez-vous ces discussions ?

Si nous recevons une réponse positive, nous les reprendrons sur la base, bien sûr, du principe selon lequel rien n’est acquis tant que tout n’est pas acquis. En commençant par la question des frontières, parce que si ce problème est réglé, cela voudra dire que la question des colonies, celle de Jérusalem, et celle (du partage) de l’eau seront également réglées.

Si les discussions ne reprennent pas, peut-il y avoir une réaction populaire palestinienne violente ?

S’il n’y a pas de perspectives d’avenir, j’ai peur que la population fasse d’autres choix. Pour le moment, nous contrôlons la situation, du moins en Cisjordanie. Si les gens ne croient plus que l’avenir leur apportera un État palestinien, s’il y a un blocage, alors j’ai peur qu’ils retournent à la violence.

L’autre perspective, c’est votre démission ?

Je n’ai pas parlé de démission, mais d’élections. Que nous soyons parvenus ou non à des progrès, lorsque le temps des élections arrivera, je ne me représenterai pas. Ce qui vous laisse du temps…
Si le Hamas signe le document de réconciliation palestinienne, elles auront lieu le 28 juin. Le problème est que le Hamas croit que des pays arabes vont l’aider à faire accepter des modifications à ce document. Or nous n’en accepterons aucune.

Pensez-vous que les Israéliens puissent faire des concessions sans pression américaine ?

Non, en effet, je ne crois pas qu’ils s’y résoudront sans les bons offices des États-Unis. Nous attendons donc d’autres initiatives des Américains. Nous comptons sur le président Obama, comme nous comptons sur le président Sarkozy. Le président français veut jouer un rôle, et je pense qu’il le peut, parce qu’il est à la fois ami des Palestiniens et des Israéliens.

Si des discussions reprennent, vous négocierez pour la seule Cisjordanie ?

Non, au nom de tout le peuple palestinien. Je représente l’ensemble du peuple palestinien, celui de Cisjordanie comme de Gaza. Je suis le président du comité exécutif de l’OLP. Tout le monde le reconnaît, y compris le Hamas.

La réconciliation palestinienne signifierait un gouvernement d’union nationale avec des ministres du Hamas. Les Israéliens et les Américains en veulent-ils ?

Les Israéliens n’en veulent pas parce que la situation actuelle leur donne une excuse pour dire qu’il n’y a pas d’interlocuteur palestinien, un prétexte pour le statu quo. Quant aux Américains, je pense qu’ils veulent la réconciliation, même s’ils ne font pas confiance au Hamas.


Propos recueillis par Laurent Zecchini – Le Monde du 20 février 2010

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