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Mahmoud Abbas lance un appel en faveur d’une intervention militaire arabe contre le Hamas à Gaza

Abdulfattah al-Sisi, le général qui a dirigé le coup d'État militaire contre le président élu de l'Égypte en 2013, accueille le dirigeant de facto de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à Sharm al-Sheikh, le 27 mars.

Abdulfattah al-Sisi, le général qui a dirigé le coup d’État militaire contre le président élu de l’Égypte en 2013, accueille le dirigeant de facto de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à Sharm al-Sheikh, le 27 mars.

Le dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a lancé un appel à peine voilé en faveur d’une intervention militaire arabe dans le but de renverser le Hamas à Gaza, dans la même ligne que la campagne de bombardement dirigée par l’Arabie saoudite au Yémen.

Mais le genre d’intervention qu’Abbas pourrait mettre en scène consisterait plutôt en un envoi de troupes au sol qu’en une série de frappes aériennes.

Abbas a émis la suggestion lors du sommet de la Ligue arabe accueilli par le régime militaire égyptien à la station balnéaire de Sharm al-Sheikh, sur la mer Rouge, samedi dernier.

Le discours d’Abbas indique qu’un appel similaire de la part de son conseiller en affaires religieuses, lors d’un sermon prononcé vendredi à Ramallah, représentait bien le point de vue de la politique officielle de l’AP, et non les points de vue d’une brebis galeuse. Le Hamas, de son côté, a condamné les déclarations du chef de l’AP.

« Des moyens sécuritaires »

Vers le milieu de son discours d’une heure, Abbas a mis en garde contre les « dangers d’une division à laquelle il nous faut faire face sur les plans culturel, religieux et, en outre, d’avoir à la traiter via des moyens sécuritaires ».

Il a favorablement accueilli une suggestion d’Abdulfattah al-Sisi, le chef de la junte militaire qui a renversé le président élu de l‘Égypte en 2013, suggestion qui affirmait que les États arabes constituent « une force arabe unie destinée à protéger la sécurité nationale arabe ».

Abbas a suggéré que la « troïka » de la Ligue arabe – ses présidents actuel, passé et à venir – mettent en exergue « une vision arabe afin de résoudre les guerres, les crises, les discordes et les divisions » au sein de plusieurs États arabes.
« Il y a un besoin urgent de trouver des solutions pratiques et constructives fondées sur une vision arabe et s’appuyant sur la légitimité, et qui garantissent l’unité territoriale de chaque pays arabe sans aucune intervention étrangère, et dont les décisions seront contraignantes pour tous », a ajouté Abbas.

Dans ce contexte, l’emploi du terme « étrangère » par Abbas signifie « non arabe ».

« En ce moment même, au Yémen, a lieu une intervention arabe et elle est acceptable et souhaitable », a dit Abbas.
« Il y a d’autres cas, il y a d’autres pays qui souffrent de la division et de la discorde. Nous souffrons de la division. Nous avons été les premiers à souffrir de la division », a déclaré Abbas en faisant allusion à la scission entre son mouvement du Fatah, au pouvoir, avec l’aide israélienne, en Cisjordanie occupée, et le Hamas, qui est au pouvoir depuis 2007 dans la bande de Gaza en état de siège.

« Nous espérons qu’il y aura des positions arabes unanimes et une vision arabe et nous serons liés par tout ce qui sera décidé lors du présent sommet », a encore déclaré Abbas.

Un scénario plausible

Le genre de scénario qu’Abbas pourrait avoir à l’esprit ne serait guère susceptible de comporter des frappes aériennes. Israël ne permettrait pas à une aviation étrangère d’opérer au-dessus de Gaza et, comme le montre l’expérience d’Israël, ce ne sont pas des frappes aériennes qui délogeront le Hamas.

Les États arabes ne seraient pas disposés non plus à ce qu’on les voie répéter le genre de massacres qu‘Israël perpètre à Gaza.

Toutefois, l’Égypte et Gaza partagent une frontière que le régime égyptien a tenue étroitement fermée aux voyageurs palestiniens. L’armée égyptienne a démoli les maisons de milliers de familles égyptiennes le long de cette frontière afin d’isoler encore plus Gaza.

Cette frontière pourrait fournir un point d’entrée pour envahir Gaza par une force militaire arabe mixte avec laquelle, en principe, le sommet s’est dit d’accord.

La chose se ferait sous la couverture de la Ligue arabe et dans le prétexte d’aider les Palestiniens et de restaurer la « légitimité ».

Mais son effet serait de restaurer l’autorité d’Abbas, soutenue par Israël, à Gaza, de sorte qu’il pourrait briser les reins de la résistance palestinienne comme il l’a fait en Cisjordanie occupée.

La condamnation par le Hamas

Le porte-parole du Hamas Sami Abu Zuhri a qualifié les commentaires d’Abbas de « dangereux et d’antipatriotiques » et a invité instamment les États arabes à le réprimander pour ses « attitudes en conformité avec le désir de l’occupation [israélienne] de frapper le peuple palestinien ».

Plus de 100 000 personnes vivent toujours sans toit permanent à Gaza, après l’agression dévastatrice d’Israël, l’été dernier, qui a tué plus de 2 200 personnes et blessé des milliers d’autres.

Récemment, le Hamas a publié des enregistrements qui, prétend-il, prouvent que les services de renseignement d’Abbas ont aidé Israël à collecter des informations qu’Israël a ensuite utilisées pour préparer son agression.

Mais, en conformité avec la politique du Hamas prônant de travailler avec Abbas malgré ses constantes incitations contre le mouvement, Abu Zuhri s’est cette fois abstenu de réclamer la destitution du chef de l‘AP dont le mandat légal a expiré voici cinq ans déjà.

Le Hamas « confirme que Mahmoud Abbas a perdu sa légitimité légale et que sa présence à la présidence est liée à l’extension de son implication dans le consensus national palestinien », a déclaré Abu Zuhri. « Il n’a pas de mandat pour prendre des décisions ni pour faire des déclarations qui s’écartent du consensus national ou des constantes nationales. »

Par ironie du sort, le Hamas a lui-même donné sa bénédiction aux raids aériens dirigés par l’Arabie saoudite contre le Yémen et qui, selon Amnesty International, ont tué des douzaines de civils, dont un certain nombre d’enfants.

L’Arabie saoudite affirme que les attaques visent à repousser les Houthis, composés surtout de rebelles chiites qui ont progressé en direction de Saana ces dernières semaines et sont parvenus à renverser Abed Rabbu Mansour Hadi, le président, soutenu par les États-Unis et l’Arabie saoudite.

Un coup d’État, mais par qui ?

Vendredi, Mahmoud al-Habbash, juge islamique suprême de l’AP et l’un des conseillers d’Abbas, a appelé les États arabes à  « frapper » Gaza« , suivant ainsi l’exemple des raids aériens au Yémen, dirigés par l’Arabie saoudite.

« Ce qui est arrivé à Gaza était un coup d’État et non une scission, et il convient de traiter la chose avec fermeté », a ajouté al-Habbash. « Il ne peut y avoir de dialogue avec les auteurs d’un coup d’État ; il convient de les frapper d’un poing de fer. »

Abbas et d’autres responsables de son AP installée à Ramallah et soutenue par l’Occident accusent régulièrement le Hamas d’avoir organisé un « coup d’État » quand il a repris les rênes de la bande de Gaza en 2007.

Voilà bien un renversement d‘une réalité pourtant bien établie selon laquelle le Hamas agissait, lui, contre une tentative de coup d’État de la part des forces loyales envers Abbas, après que le Hamas avait remporté les élections législatives l’année précédente.

Le coup d’État, soutenu par les plus hautes instances du gouvernement américain, avait été mené à bien en Cisjordanie, où Abbas a consolidé son régime soutenu par Israël.
Pendant ce temps, le gouvernement dirigé par le Hamas et démocratiquement élu était isolé et assiégé à Gaza.


 

Publié le 30 mars 2015 sur The Electronic Intifadah. Traduction : JM Flémal.

abunimahAli Abunimah, journaliste palestino-américain est le cofondateur de ’The Electronic Intifadaet auteur du livre « One Country : A bold Proposal to end the Israeli-Palestinian Impasse »
De nombreux articles de Ali Abunimah sont disponibles en français sur ce site

On peut suivre Ali Abunimah sur Twitter : @AliAbunimah

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