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L’UE va-t-elle enfin envoyer des factures à Israël pour les destructions de ses projets en Cisjordanie ?

Si on en croit le quotidien israélien Haaretz, l’Europe va peut-être enfin se décider à tenir Israël responsable pour les destructions systématiques d’infrastructures qu’elle avait financées. Il n’est pas question, qu’on se rassure, de réclamer à Israël le prix de l’anéantissement de l’aéroport de Gaza, mais au moins celui de quelques plaines de jeux pour enfants, de logements de fortune pour des Bédouins, de systèmes de distribution d’eau,…

Haaretz – qui dit tenir l’information de diplomates tant israéliens qu’européens – affirme que “le comité de l’Union Européenne chargé des affaires du Moyen-Orient recommande aux 28 États membres de réclamer à Israël le remboursement de la démolition d’immeubles et d’infrastructures situés dans la “zone C” de la Cisjordanie au financement desquels ils avaient contribué.

Razi Basharat, the son of mukhtar Abdel Rahim Basharat, in Al Hadidya. It’s not clear why the EU has been silent about the confiscation of the tents.Alex Levac

Photo : Alex Levac

Le Ministère des Affaires étrangères israélien a évidemment réagi avec indignation et a élevé une protestation auprès de l’UE et de plusieurs États membres.

La recommandation en question a été prise il y a deux semaines, lors de la réunion du “MaMa committee”, c’est-à-dire un organe de concertation entre l’UE et les pays du Maghreb et du Machrek, qui réunit des experts du Moyen-Orient appartenant aux 28 États. Le rôle de ce comité d’experts est purement consultatif pour les organes de décision de l’UE.

Compte tenu de l’emprise de la réaction philosémite [1] sur une bonne partie des États à qui s’adresse la recommandation, il serait étonnant qu’elle soit, dans un avenir proche, suivie de beaucoup d’effets.

Néanmoins, cette prise de position – qui pour les diplomates s’explique, selon Haaretz, par l’absence de progrès dans les négociations entre Israël et les Palestiniens, particulièrement en ce qui concerne la “zone C” (dans laquelle Israël exerce un contrôle total, sur les affaires civiles et militaires), et par les réactions négatives d’Israël aux demandes de l’UE de mettre fin aux démolitions de “structures” (constructions) palestiniennes financées par les Européens – a un caractère politique et symbolique. Avec l’UE, d’ailleurs, rien qui puisse déplaire à Israël ne va d’ailleurs jamais au-delà du symbolique.

On peut d’ailleurs voir une preuve de la portée limitée de cette recommandation dans cette précision donnée par Haaretz : l’Allemagne était farouchement opposée à cette prise de position, et si elle n’a pas pu la bloquer elle s’est employée à en atténuer les termes, faisant en particulier en sorte que sa mise en œuvre éventuelle repose finalement uniquement sur chacun des États membres, qui feront ce qui leur semble bon. Donc, dans la plupart des cas, rien de concret.

Malgré le caractère relativement anodin de cette résolution, prise par un organe à l’influence limitée, le Ministère israélien des Affaires étrangères a comme de coutume réagi comme si l’UE venait de lancer le signal d’un “deuxième holocauste”, ce qui a donné lieu à quelques “réunions difficiles”, selon Haaretz. Le gouvernement israélien considère que l’UE vient de relancer une offensive anti-israélienne qu’elle avait en apparence mise au point mort après l’épisode de la décision sur l’étiquetage des produits fabriqués dans les territoires occupés.

A quoi les diplomates européens ont rétorqué que les avertissements donnés à Israël à propos des démolitions avaient été nombreux, et que donc les Israéliens ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Depuis le début de cette année, le nombre de démolitions par l’armée d’occupation dans la “zone C” a considérablement augmenté. Israël soutient qu’il s’agit de constructions “illégales” entreprises sans permis (qui ne sont pratiquement jamais accordés à des Palestiniens), tandis que l’UE fait valoir que les constructions qu’elle finance ont un objectif humanitaire. Avec le cynisme qu’on lui connaît, l’occupant réplique en accusant les Palestiniens de chercher à créer “des faits accomplis sur le terrain” et l’Europe (l’UE et certains États membres comme l’Allemagne, l’Italie, la Grande-Bretagne, la France, la Pologne et la Belgique, qui ont financé directement certains projets) d’être leur complice !

Comme le relève Haaretz, la principale raison de l’accélération des démolitions réside dans la pression politique exercée par le groupe d’extrême-droite Regavim, appuyé par des parlementaires israéliens fascistes tels que Moti Yogev et Bezalel Smotrich, du parti  Habayit Hayehudi.


[1] au sens que donne à l’expression Ivan Segré.

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