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L’UE finance les marchands d’armes israéliens et fait leur promo

David Cronin

La propagande ne fonctionne pas toujours comme prévu.

Il y a quelques jours, l’armée israélienne a choisi de supprimer une vidéo la décrivant comme une organisation féministe sur Facebook.

Certains sionistes, parmi les moins “libéraux”, avaient été contrariés par le message implicite de la vidéo selon lequel les femmes soldats sont tout aussi capables de tuer les Palestiniens que leurs homologues masculins.

Israël a la chance que ses principaux partenaires soient imperméables à de telles querelles embarrassantes.

Emanuele Giaufret, ambassadeur de l’Union européenne à Tel-Aviv, fait partie de ces partenaires. Il se tient occupé en faisant reculer les bénéficiaires israéliens des subventions scientifiques de l’UE.

Lors d’une réception récente, Giaufret a félicité les entreprises et les institutions israéliennes pour leurs «idées étonnantes». Il a également promu un court métrage sur les «projets de collaboration» entre l’UE et Israël.

Le film met en vedette un représentant d’Israel Aerospace Industries.

Les téléspectateurs ne sont pas informés qu’Israël Aerospace Industries est un fabricant d’armes. Au contraire, on leur explique que l’entreprise “développe les avions du futur”.

Israel Aerospace Industries – une entreprise d’État – fabrique le drone Heron, qui a notamment été utilisé lors des attaques contre Gaza. L’entreprise semble considérer cela comme un argument de vente. Les brochures publicitaires pour le Héron le décrivent comme «testé en conditions réelles», c’est-à-dire au combat

Les bureaucrates de l’U.E. à Bruxelles n’ont pas été perturbés par cet euphémisme effrayant. Ils ont approuvé la participation d’Israel Aerospace Industries au programme “Horizon 2020”, le principal programme de recherche financé par l’U.E.

Au moins une des subventions que l’entreprise a reçues dans le cadre de ce programme est destinée à des travaux axés sur la technologie des drones. D’autres subventions sont consacrées à la recherche sur les moteurs et à la légèreté des avions et des hélicoptères.

Les activités scientifiques de l’U.E. sont censées être civiles. Pourtant, les représentants de l’U.E. ont déjà admis qu’il n’y avait rien qui empêche que les fruits de la recherche qu’ils supervisent soient utilisés à d’autres fins.

Cela signifie que l’U.E. aide Israël à fabriquer plus d’armes meurtrières qu’il n’en possède actuellement. Israel Aerospace Industries n’est pas une petite entreprise familiale qui a besoin d’être dépannée par les contribuables européens. À la fin de l’année dernière, elle avait un carnet de commandes de plus de 11 milliards de dollars.

L’une des divisions les plus rentables d’Israel Aerospace Industries s’appelle Elta Systems. Cette entreprise a récemment été choisie par l’administration Trump pour construire un prototype du mur prévu le long de la frontière étatsunienne avec le Mexique.

Les systèmes de radar développés par Elta ont obtenu ce que les commerçants d’armes appellent leurs débuts opérationnels pendant l’attaque israélienne de 2014 sur Gaza. Les radars permettent apparemment d’identifier plusieurs cibles simultanément.

Comme l’attaque de 2014 a causé la mort et la destruction massive de civils et d’infrastructures civiles, cela signifie qu’Elta a apporté une contribution significative aux crimes contre l’humanité d’Israël.

Cela n’a pas empêché l’Union européenne d’attribuer à Elta un certain nombre de subventions “scientifiques”.

Israël est habile à accéder aux fonds de l’UE. Le programme Horizon 2020 lui a déjà permis d’obtenir plus de 530 millions de dollars. Comme ce programme de sept ans se poursuit jusqu’à la fin de la décennie, le chiffre final  sera inévitablement beaucoup plus élevé.

Les diplomates de l’U.E. ont esquivé quelques questions vitales : les «idées étonnantes» qui excitent Emanuele Giaufret sont souvent façonnées ou influencées par l’armée israélienne.

Mellanox, par exemple, est une activité lucrative dédiée à l’accélération du transfert de données via Internet. Son PDG, Eyal Waldman s’est vanté d’avoir servi dans l’armée israélienne au sein de la brigade d’ «élite» Golani. Son entraînement avec cette brigade lui permet de «tuer avec une seule balle au lieu de cinq ou cent comme nos concurrents», a-t-il fièrement expliqué.

Qu’il parle au figuré ne change pas la façon dont Israël a transformé son occupation de la Cisjordanie et de Gaza – une occupation dans laquelle la brigade Golani a joué un rôle de premier plan – en un avantage concurrentiel sur le marché des armes. Un secteur technologique prospère a été construit en grande partie parce que l’occupation des territoires palestiniens lui offre de nombreuses possibilités pour tester les innovations.

En distribuant des subventions à des entreprises comme Mellanox, l’U.E. encourage le militarisme israélien.

Grâce à ses programmes de financement de la recherche, l’U.E. donne également des millions à Elbit Systems, une autre des plus grandes entreprises d’armement d’Israël, qui fabrique des bombes à sous-munitions, interdites à l’échelle internationale.

D’autres participants à Horizon 2020 ont l’armée israélienne sur leurs listes de clients. Parmi eux figure IsraTeam une société de conseil impliquée dans un projet financé par l’U.E. pour la recherche sur le «terrorisme» et le crime organisé. Israël utilise «terrorisme» comme terme englobant tout ceux qui résistent à son comportement oppressif. Ce faisant, il prétend justifier des violations grossières des droits de l’homme, y compris le recours systématique à la torture.

Les fournisseurs d’armes et de services à l’armée israélienne mènent des expériences cruelles contre les Palestiniens. Permettre à ces fournisseurs de bénéficier de programmes de recherche scientifiques de l’U.E. fait de celle-ci la complice active de ces agissements indignes.


Cet article de David Cronin a été publié par Electronic Intifada le 29 mars 2018 – Traduction : Luc Delval

Il est question du programme “Horizon 2020” dans plusieurs autres articles du site.

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