L'actu

Lors de leur dernières interventions répressives, les forces sécuritaires de l’Autorité palestinienne arrêtent l’activiste des droits de l’homme Amro et le journaliste Qawasmeh

Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network

Le défenseur palestinien des droits de l’homme, Issa Amro, de la campagne de Youth against settlements  (Jeunes contre les colonies) à al-Khalil, a été arrêté par le « Service de sécurité préventive » de l’Autorité palestinienne, suite à des commentaires critiques à propos de l’arrestation par la même AP du journaliste Ayman al-Qawasmeh, de la station de radio Manbar al-Hurriya. Amro, en même temps que l’avocat Farid al-Atrash, doit actuellement répondre devant un tribunal militaire israélien d’une liste d’accusations en rapport avec les manifestations populaires qui ont eu lieu à al-Khalil contre les colonies et l’occupation.

Issa Amro (Quds News)

Les 18 chefs d’accusation contre Amro comprennent « insultes à un militaire » et ont été largement condamnés par une série d’organisations, dont Amnesty International et Jewish Voice for Peace (Une voix juive pour la paix). Même 32 membres du Congrès américain ont signé une lettre adressée au secrétaire d’État américain (ministre des Affaires étrangères), Rex Tillerson, contre les accusations à charge d’Amro. Les tribunaux militaires israéliens atteignent un taux de condamnation de 99,74 % contre les Palestiniens. Alors que la dernière audition d’Amro a eu lieu le 9 juillet, une nouvelle séance concernant cette affaire aura lieu le 22 octobre.

Le frère d’Amro, Ahmad, a déclaré que la sécurité préventive de l’AP l’avait arrêté dès l’aube du lundi 4 septembre. Et ce, apparemment, en guise de représailles suite à ses commentaires sur Facebook à propos de l’arrestation d’Ayman Qawasmeh par la sécurité préventive de l’AP quelques jours seulement après que les forces israéliennes d’occupation avaient effectué un raid dans le bureau de la station de radio, détruisant et confisquant ses équipements sous le prétexte d’« efforts contre l’incitation à la violence », rapporte Ma’an News.

Ayman Qawasmeh (Quds News)

Qawasmeh avait ouvertement critiqué des responsables de l’AP, dont le président Mahmoud Abbas et le Premier ministre Rami Hamdallah, réclamant leur démission suite aux attaques israéliennes en cours contre les Palestiniens sous occupation, et du fait que l’AP est incapable de protéger les institutions palestiniennes des agressions de l’occupation israélienne.

Amro avait dénoncé l’emprisonnement de Qawasmeh en disant que certains responsables de l’AP avaient peur des journalistes et activistes réclamant des réformes et plus de transparence, rapporte Quds News. Qawasmeh a annoncé une grève de la faim pour protester contre son arrestation, dont on dit qu’elle a été autorisée par Abbas en personne.

Les cas de Qawasmeh et d’Amro ne sont que les plus récents d’une longue série d’épisodes d’arrestations répressives menées par les forces de l’AP dans le cadre de la nouvelle « Loi sur les délits électroniques ». Cette loi a été très largement condamnée par les partis politiques et les organisations un peu partout en Palestine occupée. Cette loi de l’AP, qui tente de criminaliser les propos politiques des Palestiniens sur Facebook et dans les médias, tombe en même temps que les attaques israéliennes systématiques contre la liberté d’expression des Palestiniens, y compris les poursuites contre des centaines de Palestiniens en raison de leurs messages dans les médias sociaux, ainsi que l’emprisonnement de mineurs, de journalistes et autres dans les geôles de l’occupation israélienne.

Amnesty International s’est joint à la dénonciation de cette loi promulguée par un décret du président Mahmoud Abbas, et ce en raison de l’usage qu’on peut en faire contre les journalistes et les écrivains. Zaher al-Shammali et Nassar Jaradat ont été arrêtés pour avoir posté sur Facebook des messages critiquant des responsables de l’AP ; l’activiste palestino-américain Mashal Alkouk a été détenu plusieurs jours la semaine dernière, également dans le cadre de la nouvelle loi ; et il en va de même pour le jeune activiste Ahmed Abdel-Aziz. Nombre de journalistes ont également été interrogés et arrêtés pour avoir publié du matériel critique sur l’AP.

La « Loi sur les délits électroniques » va jusqu’à menacer de travaux forcés les personnes accusées d’avoir commis des « infractions » dans le but de « troubler l’ordre public (…) ou nuire à l’unité nationale ». Addameer, l’association des droits de l’homme et de soutien aux prisonniers, a publié une longue analyse des dangers que posait cette nouvelle loi.


Publié sur le 4/9/2017 sur Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network
Traduction : Jean-Marie Flémal

Lisez également : L’ Autorité palestinienne fait la police sur Internet

Print Friendly, PDF & Email