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L’Organisation Internationale du Travail fait une fois de plus un diagnostic accablant pour Israël

L’Organisation Internationale du Travail, basée à Genève, vient de publier comme chaque année un rapport de son « Bureau » (le BIT) sur la situation des travailleurs dans les territoires palestiniens occupés par Israël.

En dépit d’une très relative amélioration de la situation économique en Cisjordanie, le constat d’ensemble est une fois de plus accablant.

Le rapport constate que cette amélioration de la situation économique est d’autant plus marquée qu’« elle intervient dans un contexte de diminution considérable de la production après 2000; deuxièmement, elle a largement bénéficié du formidable soutien en matière budgétaire et d’aide au développement apporté à l’Autorité palestinienne par la communauté internationale – rien qu’en 2009, 1,4 milliard de dollars E.-U. ont été octroyés au titre de l’appui budgétaire; troisièmement, les réformes engagées par l’Autorité palestinienne ont été payantes du point de vue de la sécurité et du respect de l’État de droit, ce qui a amélioré le climat économique de la Rive occidentale ** ».

« Par contre, Jérusalem-Est est de plus en plus isolée du reste de la Rive occidentale en raison de la politique de réduction de la proportion de Palestiniens qui y vivent et y travaillent. En outre, les nombreux obstacles à l’accès aux terres palestiniennes de la zone C sous contrôle israélien, qui représentent près de 60% de la superficie de la Rive occidentale, empêchent les Palestiniens d’exploiter leurs terres de façon plus productive. Malgré les améliorations mineures récemment constatées en matière d’accès à Gaza, la réduction des importations mensuelles, qui sont passées de 10.000 camions en 2007 à 2.000 seulement à l’heure actuelle, alors que les exportations restent quasi inexistantes, n’incite guère à l’optimisme. »

Pour rappel, le gouvernement de Gaza ne bénéficie, contrairement à l’Autorité Palestinienne de Ramallah, d’aucune aide de la “communauté internationale”, celle-ci ayant jugé convenable d’appliquer – cas unique dans l’histoire – des sanctions contre une population vivant sous occupation militaire étrangère depuis plus de 40 ans, parce qu’elle avait voté d’une manière qui ne lui convenait pas.

Quant à Israël – qui a substitué à Gaza une occupation “classique”, avec quelques colonies de peuplement, une occupation “périphérique” matérialisée par un blocus terrestre, aérien et maritime qui requiert de l’occupant beaucoup moins de moyens militaires – le blocus que son armée impose à Gaza a des effets catastrophiques à tous égards.

LE BLOCUS FAVORISE LES “PROFITEURS DE GUERRE”
AUSSI A GAZA

Les profiteurs de guerre ont pratiquement pris le contrôle de l’économie et du pouvoir politique central en Israël, où les ex-généraux pullulent dans gouvernements successifs et dans tous les rouages de l’État, pour ne rien dire des liens de certains d’entre eux avec diverses mafias, notamment russe. L’industrie de l’armement et de la “sécurité”, où on retrouve les mêmes réseaux, a permis à d’aucuns de bâtir des fortunes colossales et a de ce fait acquis une influence déterminante. Autant de personnages dont les intérêts seraient sérieusement menacés si une paix véritable intervenait, et qui veillent donc jalousement à ce qu’elle ne risque pas de se produire. Rien d’étonnant, donc, à ce que leur politique ait, toutes proportions gardées, les mêmes effets sur la société palestinienne.

Les auteurs du rapport du BIT constatent que « depuis l’opération militaire israélienne “Plomb durci” en décembre 2008 et en janvier 2009, qui a mis à mal les moyens de subsistance des Palestiniens, l’économie et les lieux de travail, ainsi que les femmes, les hommes et leurs familles sont condamnés à recourir à des stratégies extrêmement limitées pour survivre. Alors que le strict bouclage de Gaza est maintenu, l’ “économie des tunnels” se développe.

Le blocus et l’économie des tunnels servent chacun de prétexte à l’existence de l’autre. Même en l’absence de données fiables sur ce phénomène, l’économie des tunnels ne peut plus être désormais qualifiée de clandestine dès lors qu’elle concerne, semble-t-il, environ 20.000 personnes, que les tunnels sont suffisamment larges pour laisser passer des conteneurs volumineux et que le Hamas, en tant qu’autorité de facto, en contrôle le trafic et en tire des recettes qui constituent dorénavant une importante source de revenus. Il a récemment été fait état de certaines tentatives destinées à limiter cette activité souterraine, sans que leurs résultats soient encore clairement connus. »

Il en découle que « la plupart des travailleurs n’ont toujours pas la possibilité de gagner décemment leur vie, que les familles n’ayant pas les moyens d’acheter des biens de consommation sur le marché sont de plus en plus désespérées et dépendantes de l’aide, et que les enfants ne peuvent pas bénéficier des activités scolaires et de loisirs dont ils ont cruellement besoin pour grandir dans la paix. Un observateur bien informé a expliqué qu’à Gaza la société est de plus en plus déchirée entre, d’une part, ceux qui profitent de faits nouveaux récents et, d’autre part, les employeurs, les travailleurs et leurs familles ** dont la capacité productive et les moyens de subsistance sont anéantis. Selon lui, si cette situation perdure, les effets à long terme sur le tissu social, et par conséquent sur le processus de paix, seront catastrophiques. »

En ce qui concerne la Cisjordanie, les auteurs du rapport doivent bien se rendre à l’évidence que la politique israélienne de colonisation se poursuit en dépit de tout – et en particulier du droit international – et ils notent : « Les colonies [juives en Cisjordanie] sont la cause majeure de l’épuisement des ressources naturelles, de la confiscation des terres palestiniennes et arabes, des restrictions en matière d’accès et de circulation imposées aux Palestiniens, de la fragmentation territoriale, des politiques de planification freinant le développement palestinien et arabe, et des actes de violence perpétrés par des colons israéliens. Trente ans après la résolution de la Conférence internationale du Travail de 1980, un système de séparation solidement ancré a pris corps dans les territoires arabes occupés, offrant un contraste saisissant avec les valeurs et les principes de l’OIT, qui reconnaît que “tous les êtres humains, quels que soient leur race, leur croyance ou leur sexe, ont le droit de poursuivre leur progrès matériel et leur développement spirituel dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances égales” ** » (OIT, Déclaration de Philadelphie) ».

Il est difficile de dire plus clairement, tout en observant les règles du langage diplomatique en usage dans les organisations internationales comme l’OIT, que la politique israélienne en Palestine occupée est fondamentalement raciste.

LE GOUVERNEMENT ISRAÉLIEN EST ULTRA-LIBÉRAL…
SAUF POUR LA COLONISATION ET LE COMMERCE AVEC LES PALESTINIENS

Le gouvernement israélien actuel est en matière économique d’inspiration ultra-libérale. On dit d’ailleurs souvent de Netanyahou lui-même qu’il n’est pas réellement israélien, mais que c’est un Américain établi en Israël.

Le dogme libéral, s’il s’applique durement à la population pauvre d’Israël, connaît cependant de très notables excep­tions dans deux grands domaines : la colonisation du territoire palestinien, qui est favorisé par mille mécanismes, – subventions, avantages fiscaux, aides de toutes sortes – et le commerce avec les Palestiniens, qu’il s’agit de maintenir dans un état de dépendance absolue pour qu’ils restent un marché pour les producteurs israéliens, sans jamais devenir des concurrents sérieux. L’activité économique des Palestiniens est donc bridée de toutes les manières possibles et imaginables.

« Le ministre de l’Économie nationale de l’Autorité palestinienne a déclaré que le secteur privé palestinien est “en cage”. En raison directement de l’occupation militaire israélienne, il est privé d’accès aux terres et aux autres ressources naturelles nécessaires au développement. La politique de bouclages a abouti à la fragmentation de la Rive occidentale, à l’isolement de Jérusalem-Est et à la séparation complète entre la Rive occidentale et Gaza, ce qui limite l’accès des entreprises palestiniennes aux marchés: leur incapacité à tirer effectivement parti des économies d’échelle fait qu’elles ne sont pas compétitives. Gaza étant bloquée, les possibilités commerciales de la Rive occidentale sont gravement limitées par les points de passage commerciaux qui se trouvent le long de la barrière de séparation et par le fonctionnement inopérant du pont de Allenby qui conduit en Jordanie (Banque mondiale, 2008).

Le Centre du commerce palestinien (PALTRADE), qui observe les points de passage commerciaux à la barrière de séparation, fait état de tout un ensemble de coûts élevés de transaction, y compris les inconvénients et les frais qu’entraîne l’obligation de palettiser les marchandises selon des règles strictes, sans compter les longues périodes d’attente, le temps consacré à l’inspection et aux transferts inhérents au système de transport en relais par camion et le risque élevé d’endommager les produits. Autre obstacle non tarifaire au commerce que les interlocuteurs de la mission ont mentionné : l’imposition de normes israéliennes de plus en plus strictes pour pouvoir importer des marchandises palestiniennes à Jérusalem-Est. Par ailleurs, les marchés palestiniens à l’Est de la barrière sont inondés d’importations bon marché et, souvent, il est difficile pour les producteurs palestiniens de faire face à la concurrence de ces importations », dit le rapport de l’OIT.

LES DROITS DES FEMMES DANS JERUSALEM-EST OCCUPEE (extrait du rapport)

« Lors de leur rencontre avec les membres de la mission, les avocats des droits des femmes dans le territoire palestinien occupé ont donné quelques exemples de mesures bafouant les droits des femmes de Jérusalem-Est.

Le manque de permis de construire pour les Palestiniens dans Jérusalem-Est s’est traduit par un retour à une situation où les familles élargies vivent dans la même maison surpeuplée. Cette situation favorise les mariages précoces, les jeunes filles renonçant alors à toute forme d’éducation et de formation professionnelle, au risque de compromettre leurs perspectives d’emploi. La barrière de séparation a isolé les principales universités palestiniennes de Jérusalem-Est. Cette situation pénalise les Palestiniennes de Jérusalem-Est, car les familles hésitent à envoyer les jeunes femmes de l’autre côté de la barrière, craignant qu’elles ne subissent de mauvais traitements lors du passage obligé par les points de contrôle.

De nombreuses Palestiniennes mariées à des Palestiniens de Jérusalem sont originaires d’autres parties de la Rive occidentale. Aux yeux de la loi israélienne, elles résident illégalement dans la ville. Il leur est pratiquement impossible d’obtenir le statut de résident à Jérusalem conféré par les Israéliens, ce qui veut dire qu’elles sont dans l’impossibilité de chercher un emploi dans la ville, du fait de leur «situation irrégulière». Elles sont également privées de la liberté de circuler entre Jérusalem-Est et d’autres parties de la Rive occidentale, ce qui les isole de leur famille.

Les femmes palestiniennes résidentes à Jérusalem et mariées à des hommes originaires de la bande de Gaza sont obligées de choisir entre quitter Jérusalem-Est pour rejoindre leur mari et perdre leur statut de résident ou vivre séparées de leur mari ».

Les femmes subissent particulièrement durement les effets économiques à la fois de l’occupation militaire et du sabotage de l’économie palestinienne par l’occupant : « Le taux d’activité, qui est d’environ 41,5%, est resté très bas en 2009, principalement à cause du taux extrêmement faible d’activité des femmes.* Même s’il s’est modestement amélioré depuis une décennie, le taux d’activité des femmes n’était que de 15,1% au quatrième trimestre de 2009 – 17,1% sur la Rive occidentale et 11,6% seulement à Gaza. Dans le même temps, 27,3% de la population active féminine sont au chômage et environ 84% de ces chômeuses ont fait au moins treize ans d’études (PCBS, 2009a, b et 2010b-e, Centre de recherche et de documentation sur les femmes palestiniennes, 2009).

Lorsqu’elles se prolongent, les périodes de chômage comportent aussi le risque que des jeunes femmes instruites se retirent du marché du travail, d’où une perte de potentiel économique. Nombreux sont les obstacles à l’emploi des femmes dans les territoires arabes occupés – qualifications inadaptées parce que leur instruction ne répond pas aux besoins du marché du travail, discrimination de fait sur le lieu de travail (rémunération, prestations), barrières culturelles. L’occupation militaire aggrave considérablement cette situation * avec son régime de bouclage et de restriction de la circulation ».

Le rapport met aussi en évidence le caractère largement illusoire du prétendu « allègement » des entraves à la libre circulation des Palestiniens en Cisjordanie, tant vanté par la propagande israélienne et sa domesticité médiatique occidentale.

« Les restrictions à la circulation et à l’accès – entre autres, postes de contrôle, barrages routiers, barrière de séparation sur la Rive occidentale, remblais, tranchées et portes –, combinées avec un régime de contrôle des permis complexe et opaque, continuent d’affecter le développement économique sur la Rive occidentale tandis que Gaza reste bloquée dans les faits. En 2009 et au premier trimestre de 2010, les autorités israéliennes ont assoupli les mesures de bouclage sur la Rive occidentale. Les données du BCAH indiquent une diminution du nombre des bouclages – de 630 en septembre 2008 à 550 en février 2010 (BCAH, 2010a), mais le nombre moyen de contrôles inopinés ou «volants» est passé de 65 en 2009 à 100 début 2010. En outre, la vieille ville d’Hébron (zone H2) comptait 92 autres points de contrôle et obstacles qui ne sont pas inclus dans les chiffres susmentionnés. (…) Selon le Coordonnateur israélien des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), 357 barrages routiers et postes de contrôle ont été assouplis ou supprimés depuis avril 2008, dont 210 au cours des deux mois ayant précédé avril 2010 (COGAT, 2010).

Toutefois, une analyse purement quantitative des bouclages ne rend compte que partiellement de la réalité des conditions de circulation et d’accès. Le BCAH estime que, malgré l’assouplissement des restrictions aux déplacements, l’accès des Palestiniens aux terres et l’utilisation de l’espace sur la Rive occidentale, en particulier dans la zone C qui couvre 60% de la Rive occidentale, ne s’est pas notablement amélioré * (BCAH, 2009b). De plus, si les déplacements entre les villes ont été facilités, en même temps des tranchées ont été creusées pour certains dispositifs de contrôle des déplacements, y compris des postes de contrôle essentiels, et un autre réseau routier pour les Palestiniens, le réseau « vital », a été étendu : il vise à favoriser la contigüité des transports au détriment de la continuité territoriale, ce qui contribue à la perturbation des trajets traditionnels, à la perte d’autres terres et à la fragmentation de la Rive occidentale * ».

LES ENFANTS DE GAZA SOUFFRENT PARTICULIÈREMENT DES CONSÉQUENCES DU BLOCUS

A Gaza, le “bouclage” est permanent, et la pénurie et l’asphyxie économique sont organisées par l’occupation “périphérique” : « Le nombre des produits dont les autorités israéliennes autorisent l’entrée à Gaza pour des raisons humanitaires est passé de 40 à 72 à la fin de 2009 (PALTRADE, 2010), soit une faible proportion des  4.000 mar­chan­dises qui entraient dans Gaza avant le blocus. Quelque 70% des importations autorisées sont des produits alimentaires mais la plupart des matériaux industriels, agricoles et de construction – 95% d’entre eux étaient autrefois importés par les points de passage avec Israël – ont été interdits ou fortement restreints (BCAH, 2009a). De plus, les importations, introduites principalement par le point de passage de Kerem Shalom, au rythme modeste de 2.000 à 2.500 chargements de camions par mois (voir figure 2.2), ne passent qu’au compte-gouttes et, dans l’ensemble, ne suffisent pas aux besoins de 1,5 million de Palestiniens. Les exportations restent dans les faits inexistantes, 20 chargements de camions seulement ayant été autorisés à sortir de Gaza en 2009 (PALTRADE, 2010). Ces exportations ont été limitées à 44 tonnes de fraises et à 6,8 millions d’œillets (COGAT, 2010). Par conséquent, le marché local est saturé par les produits agricoles qui étaient autrefois exportés, d’où la chute des revenus des producteurs

Depuis janvier 2009, les Forces de défense israéliennes empêchent les Palestiniens de pêcher au-delà de 3 milles nautiques de la côte de Gaza, ce qui limite beaucoup le volume des prises, qui s’effectuent principalement dans les eaux profondes plus éloignées. Le dépeuplement des lieux de reproduction, consécutif à la surpêche en eaux peu profondes, a contraint les pêcheurs palestiniens à modifier leurs pratiques, par exemple à utiliser des filets plus serrés pour capturer les poissons de moindre taille qui se trouvent à moins de 3 milles nautiques des côtes (BCAH, 2009a). Le secteur employait 3.000 pêcheurs et représentait 4% du PIB (BIT, 2007), mais la situation devient insoutenable et beaucoup sont forcés d’abandonner la pêche et de chercher d’autres moyens de subsistance.
Le blocus épuise les mécanismes de survie et pousse les habitants de Gaza vers l’économie informelle. La seule activité florissante aujourd’hui est celle associée à l’économie illégale des tunnels
».

L’importance prise par l’ “économie des tunnels” n’est pas sans conséquences pour les travailleurs gazaouites, leurs conditions de travail et d’existence et leurs droits. Les enfants, en particulier, sont gravement victimes de cette situation générée par le blocus israélien, approuvé massivement par les puissances occidentales (en dépit des déclarations indignées qui ont fait suite à l’action de piraterie en haute mer du 30 mai dernier) : « L’économie des tunnels à Gaza a contribué à aggraver la crise des droits de l’homme dans cette partie du territoire palestinien occupé. Bien qu’il n’y ait pas de statistiques précises sur le nombre d’accidents liés aux tunnels, des centaines de Palestiniens, y compris des enfants, auraient été tués ou blessés en travaillant dans les tunnels suite à des attaques aériennes israéliennes, à des effondrements, à l’inhalation de substances toxiques ou à des accidents du travail. En mars 2010, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (BCAH) a enregistré 75 décès et 139 cas de lésions depuis la guerre en décembre 2008 – janvier 2009 (BCAH, 2010b). Les interlocuteurs de la mission à Gaza ont quant à eux déclaré de nombreux cas de décès et de lésions.

Les opérateurs des tunnels utilisent de nombreux enfants pour la construction des tunnels et pour faire passer les marchandises de la partie égyptienne à la partie palestinienne; ils n’hésitent pas à les exploiter économiquement et tirent parti de leur faible corpulence. Selon les informations recueillies par la mission, les autorités de facto ne reconnaissent pas cette pire forme de travail des enfants et prélèvent des droits liés à l’électricité ou à d’autres prestations auprès des opérateurs de tunnels. Des images chocs ont été montrées par les médias sur la situation particulièrement dange­reuse des enfants de Gaza travaillant dans les tunnels pour aider leur famille à survivre. D’autres enfants se voient obligés de trier des ordures, y compris des matières premières provenant des infra­structures détruites par l’incursion israélienne de janvier 2009, ce qui est particulièrement dangereux * ».

JÉRUSALEM-EST : LES ENFANTS LÁ AUSSI PARMI LES PREMIÈRES VICTIMES

Les auteurs du rapport ne pouvaient évidemment manquer de rappeler les effets de la politique israélienne visant à expulser progressivement la population arabe de Jérusalem-est (restrictions au déplacements, expulsions, spoliations interdiction de construire ou de transformer les habitations de familles arabes, …).

Ils mettent aussi en évidence un autre aspect, trop rarement mis en évidence, de cette politique d’apartheid systé­matique : « Quelque 50 000 Palestiniens vivant dans des communautés situées dans les limites intérieures de la municipalité israélienne mais séparées de Jérusalem-Est par la barrière de séparation *** continuent de souffrir de l’incurie des services municipaux de Jérusalem, alors qu’ils sont obligés de payer les impôts communaux. En janvier 2010, un fonctionnaire de la municipalité israélienne a publiquement déclaré que ces quartiers palestiniens “ne faisaient plus partie de la ville” * (Hasson, 2010) . Ce type de déclaration confirme les craintes exprimées par de nombreux observateurs de voir la barrière à la fois séparer les communautés palesti­nien­nes de la ville et inclure des colonies juives sur la Rive occidentale et sur de grandes portions de terre pour leur futur développement, ce qui conduira finalement à faire perdre à des milliers de Palestiniens leur statut de résident tel que défini par Israël.

Dans cette hypothèse, les Palestiniens visés seront isolés de Jérusalem-Est occupée, avec toutes les conséquences que cela entraîne pour les rapports familiaux, l’accès à l’éducation, l’emploi, les échanges et l’accès aux lieux de culte et culturels ».

« On constate des signes de discrimination et d’inégalité grandissantes en ce qui concerne le droit à l’éducation des Palestiniens de Jérusalem-Est, le manque cruel de salles de classe dans les écoles arabes étant l’indicateur le plus visible. Une analyse publiée par l’Association pour les droits civils en Israël et Ir Amim en septembre 2009 estime qu’il manque plus de 1.000 salles de classe pour accueillir les enfants palestiniens de Jérusalem-Est. Les écoles existantes opèrent dans des installations précaires, et l’instruction dispensée aux jeunes Palestiniens serait de piètre qualité et très lacunaire. Si le gouvernement s’est engagé à construire de nouvelles écoles arabes à plusieurs reprises, les mesures pratiques tardent à venir. Du fait de cette situation, moins de la moitié des jeunes Palestiniens en âge scolaire peuvent aller à l’école, tandis que d’autres doivent s’inscrire dans de coûteux établissements privés. Quelque 5 500 enfants seraient privés d’instruction ».

DES CONDITIONS D’EXPLOITATION DIGNES DU XIXème SIÈCLE

Le rapport met aussi en évidence le fait que les travailleurs palestiniens dans les colonies juives subissent, du fait de l’occupation, des conditions de travail souvent dignes du XIXème siècle. Nous les avons déjà largement exposées par ailleurs sur ce site (on se reportera notamment à cet interview de Raed Abuyusssuf, réalisée en décembre 2009).

Le rapport relève qu’en dépit des paroles lénifiantes des représentants des employeurs israéliens, les abus sont nombreux et systématiques. « La dépendance des travailleurs palestiniens est renforcée par le fait que les permis et les laissez-passer les liant à l’employeur peuvent leur être retirés à tout moment, et par l’absence apparente d’inspection du travail. Cette dépendance incite de nombreux palestiniens à accepter toutes sortes de conditions pour éviter de perdre leur emploi. Les travailleurs sans permis sont encore plus vulnérables et courent le plus grand risque d’abus. (…)

Ce problème peut difficilement être traité isolément, car il tire son origine de l’occupation et de la politique de colonisation qui en résulte, y compris l’établissement d’un système juridique complexe visant essentiel­lement à servir les besoins et les intérêts des entreprises et des citoyens israéliens présents sur la Rive occidentale **. Les travailleurs palestiniens n’ont pas d’autre solution que de porter leur affaire devant les tribunaux israéliens, ce qui est coûteux et reste souvent pour eux hors de portée ».

La situation est aussi préoccupante, voire davantage, pour les Palestiniens qui doivent chercher du travail en Israël sans disposer des permis nécessaires : « On estime que 25.000 Palestiniens sont employés en Israël sans les permis nécessaires (OCDE, 2010). A l’heure actuelle, les permis ne sont accordés qu’aux travailleurs de plus de 30 ans, mariés et ayant des enfants.

La mission est alarmée par les témoignages de travailleurs et de syndicats palestiniens ainsi que par des infor­ma­tions provenant d’organisations de droits de l’homme concernant les expériences et les souffrances de ces travailleurs palestiniens. Les témoignages ont un point commun : ils révèlent un profond désespoir et un sentiment d’injustice et d’humiliation chez les Palestiniens et les Palestiniennes qui luttent pour assurer à leur famille les moyens d’existence les plus élémentaires.

La situation est particulièrement préoccupante pour les travailleurs palestiniens qui cherchent à se rendre en Israël sans permis de travail soit dans des zones où la barrière de séparation n’est pas achevée, soit en franchissant la barrière de diverses manières, soit en concluant des arrangements pour passer illégalement à des postes de contrôle ou des points de passage

Dans tous ces cas, il y a le risque constant d’être appréhendé par les forces de sécurité israéliennes. Un travailleur palestinien a dit à la mission avoir été passé à tabac par les forces de sécurité israéliennes après avoir tenté de passer illégalement en Israël avec des travailleurs palestiniens dans une voiture surchargée. En raison du risque d’être interpellés, de nombreux travailleurs palestiniens restent en Israël pendant de longues périodes, souvent en dormant en plein air. Du fait de leur situation irrégulière, ils sont les premières victimes d’exploitation et d’abus sans aucune possibilité d’obtenir réparation.

Tout au long de 2009, l’Organisation des droits de l’homme Al-Haq a enregistré des douzaines de témoignages attestant des mauvais traitements et des humiliations infligés aux travailleurs pales­tiniens qui avaient été appréhendés, de l’usage illégal d’armes à feu par les forces de sécurité, de longues détentions arbitraires et de brutalités et de tortures *(Al-Haq, 2010).

Pour sa part, l’Organisation israélienne des droits de l’homme B’Tselem continue de recueillir des informations et de publier des rapports et des témoignages sur les passages à tabac et les abus perpétrés par les forces de sécurité israéliennes contre les travailleurs palestiniens cherchant à entrer en Israël. Dans une campagne contre ces violences lancée en novembre 2009, B’Tselem déclare que, depuis un certain temps, les mauvais traitements infligés aux palestiniens par les forces de sécurité sont la pratique plutôt que des actes isolés, comme l’image en est souvent donnée en Israël (B’Tselem, 2009) ».

Le rapport aborde encore diverses autres questions, comme la violence des colons en Cisjordanie, qui occasionne un nombre croissant de morts et de blessés palestiniens, la situation des travailleurs syriens dans le Golan occupé, avant de conclure par des recommandations, dont certaines paraissent relever, au vu de la situation politique actuelle, du voeu pieux :  « A l’instar d’autres organisations internationales, on estime dans le présent rapport que l’Autorité palestinienne sera prête dans un avenir plus ou moins proche à établir un État de Palestine indépendant, démo­cra­tique, viable et d’un seul tenant, qui vivra à côté d’Israël et des autres pays voisins dans la paix et la sécurité. Sans aucun doute, des progrès ont été accomplis. Fin de l’occupation, création de l’État, telle est la devise du Programme du treizième gouvernement. Elle exprime en quelques mots les conditions indispensables au travail décent dans le territoire palestinien occupé ».

Sachant que l’OIT fait un rapport similaire chaque année depuis 1980, on ne sait pour quand il est raisonnable d’espérer que ces objectifs soient atteints…

Le document complet est disponible ICI (PDF)


* souligné par nous
**  traduction littérale de l’anglais « west bank »  : rive occidentale du  Jourdain, c’est-à-dire la Cisjordanie.
*** les auteurs du rapport adoptent ici malheureusement la terminologie israélienne pour désigner le « mur de l’apartheid », dont ils rappellent cependant qu’il viole gravement le droit international en empiétant sur le territoire palestinien, et dont ils décrivent les effets catastrophiques pour la population palestinienne.

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