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L’organisateur de Samidoun, Mohammed Khatib, s’est vu refuser un visa pour les États-Unis

Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network

Le Palestinien Mohammed Khatib, coordinateur pour l’Europe de Samidoun, le réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens, s’est vu refuser un visa pour les États-Unis, où il avait été invité à prendre la parole lors de la Rencontre nationale des membres de Jewish Voice for Peace (JVP Une voix juive pour la paix), qui s’est tenue à Chicago du 31 mars au 2 avril dernier. En compagnie de l’organisateur de Black4Palestine, Kristian Davis Bailey, Mohammed travaille à un projet de mise en place d’une solidarité transnationale entre mouvements de libération noirs et palestiniens et qui concentrera son attention sur l’organisation des jeunes.

D’autres événements aux États-Unis, concentrés sur les prisonniers politiques palestiniens, sur la lutte pour la justice, sur l’organisation transnationale entre noirs et Palestiniens, sur la lutte de libération et sur celle des réfugiés – cela va de l’urgent besoin de combattre le racisme en Europe, aujourd’hui, au droit au retour des réfugiés palestiniens – figuraient également au programme de Mohammed.

Mohammed est lui-même un réfugié palestinien originaire du camp de réfugiés d’Ein el-Helweh, au Liban. Réfugié reconnu par la Convention, la simple vue de son document de voyage en tant que réfugié et délivré par les autorités belges a amené les membres du bureau chargé des visas de l’ambassade des États-Unis à Athènes, en Grèce, à lui refuser l’entrée aux États-Unis et à ne pas même prendre en considération ses lettres d’invitation et le programme de voyage prévu pour lui aux États-Unis.

Comme l’a dit Davis Bailey, lors de la session plénière de JVP, le dimanche 2 avril :

« J’aimerais commencer en introduisant dans cette salle mon cher ami et camarade Mohammed Khatib, qui était censé nous rejoindre en personne lors de cette conférence. Mohammed est le coordinateur européen de Samidoun, le réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens et il est lui-même un réfugié palestinien du Liban. C’est explicitement en raison de ce statut de réfugié qu’il s’est même vu refuser un entretien pour l’obtention d’un visa pour les États-Unis.  »Il n’y a nulle part d’endroit où vous exiler », lui a fait savoir l’ambassade.

« Cela aurait constitué la première visite de Mohammed aux États-Unis et il était très impatient de pouvoir s’affilier à JVP en tant que réfugié en exil et descendant de survivants de la Nakba. Il a été soumis à une double violence : se voir refuser l’accès à sa patrie par Israël et se voir refuser de la part des États-Unis la possibilité de voyager en raison de son statut de réfugié.

« L’an prochain marquera le 70e anniversaire de la Nakba. En tant que mouvement de solidarité, nous devons tenir compte sérieusement du fait que la majorité des Palestiniens sont des réfugiés en exil et que la fin de l’occupation, voire la création d’un État palestinien, ne résoudra pas l’injustice fondamentale qu’ils ont vécue. Nous avons besoin de commémorations larges et massives de la Nakba pour dénoncer les crimes et les conséquences de la Nakba en tant que racine fondamentale de ce conflit. Nous avons besoin de campagnes et de manifestations pour mettre un terme au  »rejet des Palestiniens » par Israël et ce, avec la même ferveur que nous nous sommes rassemblés dans les aéroports contre le  »rejet des musulmans » par les États-Unis. Nous ne pouvons abandonner le droit au retour. »

Naturellement, le refus d’accorder un visa à Mohammed Khatib n’a rien d’un cas individuel, mais fait partie intégrante de la longue politique américaine d’exclusion idéologique et de profilage raciste de même que du refus de reconnaître les droits des réfugiés. Les Palestiniens qui se rendent aux États-Unis pour des événements publics ou pour des tournées de conférences sont confrontés depuis longtemps à la menace et à la réalité du refus de visa sur base de l’exclusion idéologique ou de l’étiquetage raciste comme « individu suspect ». L’intensification récente du « rejet des musulmans » et la promotion de la propagande contre les réfugiés, les Arabes et les musulmans afin de justifier l’exclusion de certaines personnes – souvent, il ne s’agit pas que de personnes venant pour des événements ou des conférences, mais aussi de personnes qui se voient refuser tout contact avec leur famille, leur éducation ou qui se voient tout simplement refuser un endroit où se réfugier de la guerre et de l’occupation – ne font que souligner cette actuelle politique à long terme d’exclusion et d’expulsion.

Et, bien sûr, cette forme d’exclusion raciste fait également partie intégrante des invasions, occupations et autres mesures d’hégémonie et de domination du monde appliquées par l’impérialisme américain. Le soutien américain à l’apartheid israélien et à la colonisation de la Palestine va de pair avec les destructions, les bombardements et l’invasion par ces mêmes États-Unis de bon nombre de pays de la région. Cette année, nous en sommes au 14e anniversaire de l’invasion américaine la plus récente, celle de l’Irak, et de l’intense misère et de la dévastation qu’elle a déclenchées parmi la population irakienne, dans le même temps que les États-Unis bombardent la Syrie, arment et applaudissent la destruction du Yémen et menacent l’Iran de la guerre. La politique d’exclusion va main dans la main avec celle de l’exploitation et de la destruction.

Le refus de visa à Mohammed représente également les coups encaissés par le mouvement américain – en pleine croissance – pour la justice en Palestine, et ce, en raison des barrières permanentes dressées par les États-Unis, Israël et d’autres pays et destinées à empêcher l’interaction entre Palestiniens par-delà les frontières nationales et entre les mouvements palestiniens, arabes et internationaux pour la justice et la libération ; cela va du refus d’entrée à l’expulsion et à ces lois prétendument « antiterroristes » qui plongent dans la peur des communautés et des mouvements entiers. Alors que les liaisons par Skype et par vidéo permettent à la communication de se poursuivre au-delà des frontières, ces moyens ne remplacent en aucun cas les bienfaits de l’interaction et de la constitution de mouvement entre individus physiquement présents.

Samidoun, le réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens, dénonce le refus de visa à Mohammed Khatib, en ce sens que cette mesure fait partie intégrante de la politique raciste des États-Unis concernant les visas et les entrées sur leur territoire, politique qui a touché des millions de personnes dans le monde – et pas seulement depuis les débuts de l’administration Trump, mais depuis des décennies, puisqu’il s’agit d’une politique à long terme. Ce refus de visa est loin d’être un cas individuel et il représente l’un des aspects actuels d’une politique basée sur le racisme, l’exclusion idéologique, la séparation et la fragmentation des Palestiniens entre eux et avec leur mouvement de libération nationale.

Mohammed Khatib est disponible sur Skype pour des discussions ou des présentations de vidéo à des organisations aux États-Unis et ailleurs qui aimeraient entendre son point de vue sur la lutte palestinienne de nos jours, sur les prisonniers politiques palestiniens et sur la solidarité entre noirs et Palestiniens. Si vous désirez convenir d’une présentation de vidéo, adressez un courriel à samidoun@samidoun.net ou contactez-nous sur Facebook.


Publié le 3 avril 2017 sur Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network
Traduction : Jean-Marie Flémal

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