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Loi anti-boycott : jusqu’ici elle cause surtout des ralliement (implicites) à BDS

La loi « anti-boycott » que vient d’adopter le parlement israélien est vivement critiquée, en Israël et de par le monde, et les appels à la désobéissance civile et au boycott (dans les mêmes termes que ceux de la campagne BDS, même s’il n’y est pas explicitement fait référence).

Après le Département d’État U.S., c’est l’Union Européenne qui a exprimé « sa préoccupation », et en Israël même 32 professeurs de droit des différentes universités du pays ont protesté et déclaré cette loi contraire à la loi fondamentale.

Netanyahou, dont l’absence avait été remarquée lors du vote de la loi, a tenu à rassurer sa droite : il approuve pleinement cette loi (le contraire eut étonné), qui selon lui « est le fruit d’un processus démocratique et ne porte en rien atteinte à l’image d’Israël« . S’il le pense vraiment, qu’il continue dans cette voie : dès lors que le gouvernement israélien se charge lui-même de « délégitimiser » son pays, c’est moins de boulot pour ses adversaires.

De la même manière, le gouvernement israélien s’est employé à donner une visibilité mondiale assez inattendue à l’opération « Bienvenue en Palestine », que les organisateurs n’auraient osé espérer dans leurs rêves les plus fous. C’est d’autant plus appréciable qu’il se confirme de toutes parts qu’Israël a perdu « la bataille de l’image » à laquelle son gouvernement accorde tant de prix. C’est tant mieux.

Pour en revenir à la loi anti-boycott : Gideon Levy, dont on sait le courage et la lucidité, écrit dans Haaretz que, jusqu’ici, il s’est toujours gardé de préconiser le boycott des produits des colonies de Cisjordanie, tout en le pratiquant lui-même. Il explique qu’il s’efforce, dans ses achats quotidiens, de privilégier les produits « blanc et bleu » (couleurs du drapeau israélien), mais qu’il se tient à distance des « produits noirs », ceux qui sont le fruit du vol, de l’injustice, de l’oppression.

Mais, poursuit-il, la nouvelle loi change tout : désormais, Gidéon Levy recommande ouvertement à tous de boycotter les produits des colonies, et viole donc ouvertement la nouvelle loi.

« On n’achète pas de marchandises volées. Point à la ligne !« , proclame-t-il.

Mais, selon lui, cela va maintenant plus loin : « Désormais, même ceux qui ne lisaient pas toujours les petits caractères sur les étiquettes de chaque boîte ou sur les salades ou les sacs de pretzels de Barkan, les champignons de Takoa et le vin du Golan, sont appelés à boycotter ces produits. Ce ne sont plus seulement des produits des colonies (settlements) :  désormais c’est le régime. Désormais nous appelons non seulement ceux qui considèrent que la colonisation [de la Cisjordanie] causent un tort décisif, mais aussi ceux qui ont des craintes pour la nature du pays et de la société dans laquelle ils vivent, à boycotter. A boycotter, à boycotter et à boycotter encore. Pas seulement les produits de l’injustice, mais le régime injuste lui-même. Cette loi doit maintenant être boycottée« .

L.D.

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