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L’idée magique et absurde des parlementaires belges de retour de Palestine

Luc Delval

Nous le relations il y a quelques jours, une délégation de parlementaires belges a été empêchée par Israël se rendre dans la Bande de Gaza, où ils étaient invités par l’UNWRA à constater de visu la gravité de la situation.

Après avoir affirmé dans un communiqué vengeur qu’ils étaient très fâchés, et qu’ils n’allaient pas manquer d’interpeller Didier Reynders, qu’ont fait ces parlementaires ?

Selon Belga, ces «membres de la section Belgique-Palestine de l’Union interparlementaire, appellent le gouvernement belge à s’associer à l’initiative française visant “à remettre sur les rails un processus de paix aujourd’hui au point mort”».

Car évidemment, l’échec total du pseudo-processus de paix initié par les «accords d’Oslo», l’absence totale du moindre résultat positif de plus de 20 ans de stériles manœuvres et de tractations plus ou moins avouables, est une question de rails, d’aiguillages, et peut-être de quelques feux rouges ou verts, voire bleus…

Gwenaëlle Grovonius (PS), Vincent Van Quickenborne (Open VLD), Brigitte Grouwels (CD&V), Jean-Marc Nollet (Ecolo), David Clarinval (MR) et Piet De Bruyn (NVA) promettent donc de déposer prochainement un projet de résolution car ils ont réalisé que “bientôt la solution à deux États sera devenue impossible à mettre à œuvre sur le terrain !”. Tant de clairvoyance laisse pantois !

En quoi consiste le projet de conférence internationale lancé par l’ex-ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius ?

Peu avant de devoir quitter son poste pour prendre la tête du Conseil constitutionnel, Fabius a lancé cette idée de conférence internationale, qui a aussitôt été mal accueillie à peu près partout, et très très mal accueillie par le gouvernement israélien. De mauvaises langues ont fait courir la rumeur que Fabius avait pris cette initiative parce qu’il espérait un Nobel de la Paix pour couronner sa carrière politique.

Quoi qu’il en soit, il a d’emblée fait en sorte que son projet ne puisse déboucher sur rien, puisqu’il a précisé que la France reconnaîtrait l’État de Palestine si la conférence échouait. C’est évidemment le prétexte idéal pour Netanyahou de refuser d’y participer, puisque – a-t-il dit – les conditions seraient créées d’avance pour que la partie palestinienne n’ait aucun intérêt à négocier (et il est entendu que, s’agissant des Palestiniens, le verbe négocier et le verbe capituler se confondent dans le vocabulaire israélien).

Quant à la direction palestinienne de Ramallah, elle accueille officiellement bien l’initiative française, tout en précisant qu’il faudrait auparavant que le Conseil de sécurité de l’ONU vote une résolution décrétant l’arrêt immédiat de la colonisation (ce qui ne serait à tout prendre que la confirmation de précédentes décisions totalement dépourvues d’effet). Comme le note Richard Falk dans un récent article, publié ici même : «Aussi radical que cela puisse paraître, ils ne chercheraient que tardivement et bien après les faits le respect par Israël de l’article 49 (6) de la quatrième Convention de Genève, lequel rend les colonies illégales».

Même un aussi piètre stratège que Abbas sait que cette résolution n’a pas la moindre chance d’être votée, les États-Unis n’étant pas disposés à l’accepter. D’ailleurs Fabius a déjà essayé de l’obtenir et ce fut un échec cuisant, tout comme son voyage au Proche-Orient en juin 2015 avait été un flop total.

Pour que ce nouveau ballon d’essai puisse prospérer, il faudrait – écrivait R. Falk – un miracle. On se prend à douter que même cela puisse être suffisant.

Au total, que reste-t-il alors de cette agitation ?

Comme depuis des décennies – puisque les échéances fixées ont été successivement été fixées à 1998 (accords d’Oslo), à 2005 (“feuille de route” de G.W. Bush), à 2008 (accords d’Annapolis) et à 2011 (discours du Caire de Barack Obama) et enfin à avril 2014 (date butoir fixée par John Kerry) – on perd ou on gagne du temps, selon le point de vue envisagé, sans progresser d’un pas vers une paix véritable.

Mais, les uns par conformisme bêtasse, les autres par paresse et quelques uns par habileté continuent comme des zombies politiques à psalmodier “solution à deux États, solution à deux États, solution à deux États, solution à deux États”. Plus personne n’écoute, mais que leur importe, ils ont le sentiment de se rendre utiles…

Mais ce qui progresse en revanche chaque jour, c’est la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem.

Ce qui avance, c’est le nettoyage ethnique.

Ce qui va de plus en plus vite, c’est la fascisation plus ou moins rampante de l’État israélien.

Ce qui est inexorable, c’est la relégation progressive de ses citoyens palestiniens, bientôt privés de droits civils et politiques.

Ce qui progresse, c’est le colonialisme sioniste et l’apartheid qui lui est consubstantiel.

Et tout ce qui – comme ce projet absurde de conférence internationale dont l’objectif même est déjà dans les poubelles de l’histoire – contribue à permettre à Israël d’acheter encore du temps pour déployer et enraciner la conquête coloniale de la Palestine est profondément nuisible et accentue les menaces qui pèsent sur la paix.

L.D.                 

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