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L’heure des fauteurs de guerre

Gideon Levy

Certains bellicistes sont cyniques, certains sont messianiques, d’autres s’expriment par la voix de leur maître et d’autres encore sont sincères dans leur croyance. Ils ne veulent qu’un chose : la guerre, une autre guerre

Toute guerre – et c’est avec une vitesse alarmante qu’on nous pousse vers un autre conflit – commence avec ceux qui la prêchent. Leurs motivations et leurs rôles ne sont pas homogènes, mais le cours de leurs actions est immuable et connu d’avance. Ils sont pour la guerre, n’importe quelle guerre (ou tout autre action violente), à n’importe quelle occasion qui se présente

Ils commencent par attiser la diabolisation et par semer la peur et la paranoïa autour du thème de l’Holocauste, puis chaque fois la menace d’un nouvel Holocauste à l’arrière-plan. Ils lancent ensuite une campagne destinée à convaincre les gens qu’il n’y a pas d’autre choix, qu’il faut absolument faire quelque chose. Ils battent les tambours de la guerre et hâtent son déclenchement

Finalement, quand elle éclate, débute la phase des acclamations et des encouragements – resserrez les rangs, frappez, plus fort encore, plus profondément, mitraillez et bombardez plus, plus fort, plus durement. Quand l’ampleur du ratage, d’une autre ratage encore, transparaît, brusquement, ils sont les premiers à réclamer les enquêtes, des limogeages et des évictions, et à tirer des conclusions.

Les bellicistes n’assument jamais leurs responsabilités, ils ne démissionnent jamais, ne regrettent jamais, ne se repentent jamais non plus. Jusqu’à la guerre suivante. Il en fut ainsi à la veille des deux guerres au Liban. Il en fut ainsi aussi avant l’Opération Plomb durci et il en est ainsi aujourd’hui aussi.

Il est vrai que, cette fois, leur nombre est moins important que d’habitude et que la faction des gens qui s’opposent à une attaque contre l’Iran est bel et bien considérable. Mais, ces derniers jours, la voix des bellicistes s’est faite plus forte et c’est peut-être une autre preuve que la guerre est imminente. Vendredi, par exemple, Channel 2 News, autrement dit le feu de camp de la tribu et le seul programme d’émission d’informations en Israël à la veille du Sabbat, a repris cette voix en chœur. Cette mobilisation du studio en vue d’une attaque contre l’Iran pourrait devenir le facteur décisif. Au menu, comme d’habitude, figurait une dangereuse combinaison de paranoïa, de bellicisme et de mégalomanie, atteignant cette fois des proportions sans précédent. Un Iran nucléaire, voilà l’Holocauste définitif. Et c’est ainsi qu’ils procèdent au lavage de cerveaux des téléspectateurs


L’article original dans Haaretz se trouve ici
Traduction pour ce site : Jean-Marie Flémal

Gideon Levy est journaliste au quotidien israélien Haaretz.
Il a publié : Gaza, articles pour Haaretz, 2006-2009, La Fabrique, 2009

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