Dans l'actu

L’extrême-droite revient au pouvoir en Autriche et s’empresse de reconnaître Israël comme “patrie du peuple juif

Le nouveau gouvernement autrichien, dirigé par le Premier ministre conservateur Sebastian Kurz ( du “Parti du peuple autrichien”), a inclus pour la première fois une référence claire au caractère juif d’Israël dans sa nouvelle plate-forme programmatique. Le retour de l’extrême-droite au pouvoir en Autriche, avec la nomination comme vice-chancelier de Heinz-Christian Strache, proche des néonazis dans sa jeunesse, et de deux ministres d’extrême droite à des postes régaliens (Intérieur et Défense) n’a pas suscité d’indignation parmi les autres gouvernements de l’U.E..

Il y a 17 ans, rappelle “Le Monde” il en avait été tout autrement : «Où est passée Elfriede Jelinek ? Le silence de la Prix Nobel de littérature autrichienne symbolise, à lui seul, les changements majeurs survenus en Europe en moins de deux décennies. En 2000, le pacte inédit dans l’Union européenne entre les conservateurs autrichiens et l’extrême droite avait suscité une vague d’indignation dont elle est restée l’égérie. L’Europe avait voté des sanctions. L’Autriche avait été boycottée. On parlait de cordon sanitaire. Et pourtant, le sulfureux Jörg Haider avait renoncé à un strapontin et le président conservateur Thomas Klestil avait barré la route à deux personnalités ouvertement xénophobes.» Rien de tout cela en 2017, l’extrême-droite au pouvoir est devenue chose banale. A commencer par la Belgique, d’ailleurs.

Le programme du nouveau gouvernement de Vienne souligne également l’engagement de l’Autriche envers le soi-disant “processus de paix israélo-palestinien basé sur la solution à deux États”, ce qui n’est guère surprenant puisque sa seule fonction, et depuis bien longtemps, est de permettre la poursuite de la colonisation israélienne, tout en prétendant rechercher la paix.

Il comprend également des références explicites reconnaissant la culpabilité de l’Autriche dans “l’Holocauste”. Depuis la fin de la guerre et jusqu’à présent, l’historiographie autrichienne décrivait systématiquement le pays natal de Hitler comme une victime du nazisme.

Le nouveau gouvernement s’est engagé à commémorer officiellement le 80ème anniversaire de l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche au Reich nazi, qui aura lieu l’année prochaine, et “l’Holocauste”, «l’une des plus grandes tragédies de l’histoire de l’humanité». Et, donc, le gouvernement autrichien fait directement référence au “caractère juif” d’Israël en tant que “patrie du peuple juif”, ce que jusqu’ici seule l’Allemagne avait fait.

Certains sites web sionistes soulignent que si Heinz-Christian Strache fut “proche des milieux néonazis dans sa jeunesse” il a depuis “effectué un net revirement sur cette question”. La preuve selon eux : il a effectué ces dernières années plusieurs séjours en Israël, dont une visite très remarquée à Yad Vashem. Lors de ses séjours, il avait renié et “dénoncé sans ambiguïté l’antisémitisme et l’antisionisme”, reconnaissant – affirment-ils – que son parti n’avait pas été exempt de ces dérives.

C’est évidemment méconnaître que pour des antisémites européens le sionisme est un allié objectif : quel meilleur moyen de se débarrasser des Juifs que de les encourager à s’établir ailleurs, où ils seront en plus tout contents de s’ériger en rempart de l’Occident contre l’islam, à l’égard duquel ils ont une haine commune (quoique leurs motivations ne le soient pas) ?

Pour l’heure l’extrême-droite au pouvoir en Autriche et celle qui règne en Israël ne peuvent en tous cas que s’entendre à merveille.   L.D.

 

Print Friendly, PDF & Email