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Les USA financent les « routes de l’apartheid » en Cisjordanie

D'après Jonathan Cook

La construction controversée par Israël d’un réseau routier en Cisjordanie réservé aux Palestiniens – de manière à laisser les routes principales à l’usage exclusif des colons juifs – a été financé par un organisme gouvernemental américain, révèle une carte établie préparé par des chercheurs palestiniens.

USAID, qui finance des projets de développement dans les zones palestiniennes, aurait financièrement contribué à la  construction, selon la volonté d’Israël, de 114 km de routes “réservées”, en dépit d’une promesse de Washington il y a six ans de ne pas aider à la mise en œuvre ce qui a été largement décrit par les groupes de défense des droits de l’homme et les médias comme “le réseau routier de l’apartheid”.

Évidemment, le soi-disant “désengagement” israélien évoqué dans le titre de ce document est un leurre : l’objectif est d’affermir au contraire l’emprise sioniste sur le territoire, en le débarrassant autant que possible de toute population arabe, qu’il s’agit donc de cantonner dans des bantoustans cloisonnés, et de confisquer au seul bénéfice de la population juive un maximum de ressources naturelles, en particulier l’eau.

Téléchargez la carte [PDF] ICI

Les routes en question sont conçues pour fournir des itinéraires alternatifs pour relier les communautés palesti­niennes, souvent par la mise en état de simples pistes de terre sinueuses ou en construisant des tunnels sous les routes existantes pour éviter que le trafic des deux populations se croisent.

Selon des groupes de défense des droits humains, Israël a réservé un nombre croissant de grands axes routiers en Cisjordanie aux seuls Israéliens de telle manière que les colons juifs peuvent se déplacer plus facilement et plus rapidement pour rejoindre Israël, ce qui rend leurs colonies illégales plus attractives pour ceux qui veulent y vivre.

L’implication de l’agence gouvernementale américaine dans la construction d’une infrastructure ségrégationniste contredirait directement la volonté souvent proclamée par Washington d’établir un “État palestinien viable avec une continuité territoriale”, au moment même où des “pourparlers de proximité” ont été relancés, la semaine dernière.

L’éviction des Palestiniens des routes principales de Cisjordanie améliore l’attractivité des colonies de peuplement en améliorant leur intégration en Israël”, a déclaré Suheil Khalilieh, dirigeant de la surveillance des colonies à l’ARIJ. “A l’inverse, la création d’un réseau alternatif de routes locales d’une qualité inférieure, rend les déplacements entre les principales régions de la Cisjordanie difficiles et fastidieux pour les Palestiniens”.

Israël a proposé la création de deux réseaux routiers séparés en 2004, après que de nombreuses routes principales de Cisjordanie aient été interdites aux Palestiniens après le déclenchement de la deuxième Intifada. Ariel Sharon, alors Premier ministre, avait fait valoir que des infrastructures routières distinctes créeraient une «contiguïté de transport» pour les Palestiniens et contribueraient à atténuer les difficultés économiques résultant des centaines de barrages routiers et points de contrôle qui limitent la circulation des Palestiniens.

Israël avait demandé à la “communauté internationale” de financer 500 km de routes réservées aux Palestiniens, plus tard appelé «tissu de la vie», y compris la mise à niveau de simples pistes agricoles, et la construction de nombreux passages souterrains et ponts, le tout étant évalué à  200 millions de dollars US.

L’Autorité palestinienne s’y était toutefois toutefois opposée, affirmant que le plan ne ferait que renforcer les colonies illégales en Cisjordanie et servirait à justifier la confiscation d’encore plus de terres palestiniennes. Cette position avait été soutenue par des donateurs internationaux, y compris les États-Unis, qui avaient déclaré qu’ils ne financeraient aucun projet routier contre la volonté de l’Autorité palestinienne.

Malgré cette promesse des États-Unis, toutefois, une carte de la Cisjordanie publiée récemment par ARIJ montre que 23% du réseau routier “alternatif” créé par Israël a été construit avec l’argent de USAid.

Beaucoup de ces routes sont situées dans des zones dites B et C, plus de 80 % de la Cisjordanie, qui ont été placées sous contrôle israélien par les accords d’Oslo. Israël supervise tous les projets routiers dans ces territoires.

M. Khalilieh déclaré que l’AP a été victime d’intimidations pour concéder la construction des infrastructures routières voulues par Israël. «Ce qui se passe, c’est que l’USAID présente un “paquet” de financements pour des projets d’infrastructure en Cisjordanie et que c’est “à prendre ou à laisser”. Les Palestiniens sont confrontés à un choix impossible,  l’Autorité palestinienne est ainsi acculée à accepter des routes dont elle ne veut pas.»

Selon lui, certaines routes ont été également approuvées en raison d’un manque de supervision par l’Autorité palestinienne. Un comité interministériel palestinien chargé de s’assurer que les projets routiers ne contribuent pas au plan israélien d’apartheid a été inactif depuis 2006 suite à la scission entre le Fatah et le Hamas après les élections palestiniennes,, explique-t-il. […]

Selon les chiffres de l’USAID, l’agence américaine a financé 235 km de routes en Cisjordanie au cours de la dernière décennie, et se prépare à y ajouter 120 km de plus d’ici la fin de cette année.

Les critiques ajoutent que, dans certains cas la mise à niveau de routes secondaires par l’USAID, alors même qu’elles n’étaient pas inclues dans les plans israéliens, a contribué à maintenir les Palestiniens loin des routes principales de la Cisjordanie.

Parmi les routes réservées aux Palestiniens financées par USAID figurent plusieurs projets au sud de Bethléem, qui visent à offrir une «alternative» à la route 60, une route très fréquentée qui relie Jérusalem aux villes palestiniennes de Bethléem et de Hébron, dans le sud de la Cisjordanie.

Simultanément, Israël a de plus en plus restreint l’accès des Palestiniens à la route 60, car elle sert aussi de voie rapide et directe pour les colons juifs du bloc de Goush Etzion qui se rendent à Jérusalem ou en reviennent.

En conséquence, les habitants de plusieurs villages palestiniens voisins , dont Batir, Wadi Fukin, Al Walaja et Husan, ont été forcés de quitter la “route 60” et de se replier sur les routes secondaires et les passages souterrains financées par USAID pour relier à Bethléem et des autres communautés voisines.

Sarit Michaeli, porte-parole de B’Tselem, une organisation israélienne de défense des droits de l’homme, a déclaré que 170km de routes en Cisjordanie sont soit totalement interdites aux Palestiniens soit qu’il n’y ont plus qu’un accès très limité.

B’Tselem a noté que, après que le plan de 2004 pour une séparation complète des réseaux routiers ait été rejetée par les bailleurs de fonds internationaux, Israël a adapté ce plan, en utilisant des ponts, des tunnels et des échangeurs de créer un apartheid routier partiel, permettant aux Israéliens “des déplacements rapides sur les niveaux supérieurs, et  réservant aux Palestiniens les niveaux inférieurs”.

Le plan israélien permet aux véhicules palestiniens de circuler sur seulement 20% des routes de Cisjordanie sur lesquels circulent aussi les véhicules israéliens”. Le “taux d’apartheid” en territoire palestinien serait donc de 80%.

Mme Michaeli souligne aussi que, la circulation des Palestiniens passant de plus en plus par des passages souterrains reliant les différentes parties du territoire qui leur reste, cela signifie qu’Israël est en mesure de contrôler ou même couper les connexions entre deux zones palestiniennes avec une seule jeep militaire.

Ingrid Jaradat Gassner, le directrice de Badil, une organisation basée à Bethléem qui a exercé des pressions contre la ségrégation routière dans le sud de la Cisjordanie, estime qu’une forte pression, intérieure et internationale, s’est exercée sut l’Autorité palestinienne pour qu’elle accepte la construction des routes selon le plan dicté par Israël, sous prétexte qu’elles ont souvent permis d’assouplir les restrictions existantes sur la circulation des Palestiniens.

Malheureusement, l’Autorité palestinienne a aidé à construire ses propres bantoustans”, dit-elle. “Villes et villages palestiniens reliés par des petites routes et des tunnels alors que les colons contrôlent les routes principales. C’est ce que les États-Unis semblent vouloir dire quand il parle d’un État palestinien viable”.


L’original, en anglais, de cet article se trouve là : http://www.jkcook.net/Articles3/0483.htm

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