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Les tueries à Gaza reprennent de plus belle juste avant le Concours Eurovision

Ali Abunimah

Des snipers israéliens et des frappes aériennes ont tué huit Palestiniens vendredi et samedi au cours d’une vive escalade de la violence lors des journées précédant le concours Eurovision de la chanson, qu’Israël espère utiliser comme une vitrine de propagande.

Cet article a été remis à jour depuis sa première publication

4 mai 2019. Des proches d’Alaa Ali Hasan al-Boubli, un combattant de l’aile militaire du Hamas tué la veille lors d’une frappe aérienne d’Israël dans la partie centrale de Gaza, expriment leur deuil lors de ses funérailles dans le camp de réfugiés d’al-Maghazi. (Photo : Ashraf Amra APA images)

Samedi soir, le ministère de la Santé publique à Gaza annonçait la mort de Saba Mahmoud Abu Arar, une fillette de 14 mois, après qu’une frappe aérienne israélienne avait touché la maison de sa famille dans l’est de la ville de Gaza.

Plus tard, le même soir, le ministère de la Santé publique annonçait que Filastin Salih Abu Arar, 37 ans, enceinte et mère de la fillette, était décédée des blessures qu’elle avait subies lors de la même attaque. Un autre enfant de la maison a été modérément blessé, a déclaré le ministère de la Santé publique.

Samedi soir, une frappe aérienne israélienne dans le nord de Gaza a tué Muhammad Hilmi Abu Qleiq, 25 ans. Une quarantaine de personnes ont été blessées lors de ces dernières attaques israéliennes.

Les explosions causées par les frappes aériennes ont continué à se faire entendre à travers Gaza à la tombée de la nuit, ce samedi, sans qu’il y ait le moindre signe d’arrêt de cette escalade de la violence au cours des deux derniers jours.

« D’autres explosions encore au moment où la nuit tombe ici à Gaza. » – Photos Omar Ghraieb

« Les bureaux d’Anadolu Agency touchés par les forces israéliennes dans la bande de Gaza. » – Photos Anadolu Agency

L’agence d’information turque Anadolu a rapporté que des avions de combat israéliens ont touché de cinq roquettes au moins le bâtiment de l’agence et ses bureaux, au centre de la ville de Gaza. Il n’y a pas eu de blessés, mais il s’avère que l’immeuble est complètement détruit.

Ceci a suscité une rapide condamnation sur Twitter de la part du ministre turc des Affaires étrangères : « S’en prendre aux bureaux d’Anadolu Agency à Gaza constitue un nouvel exemple de l’agression israélienne sans retenue. La violence contre des innocents, et sans distinction, constitue un crime contre l’humanité. Ceux qui encouragent Israël sont également coupables. Nous continuerons à défendre la cause palestinienne, même si nous sommes les seuls à le faire. »

Vendredi, deux combattants des brigades Qassam, l’aile militaire du Hamas, ont été tués lors d’une frappe aérienne israélienne contre un site de la résistance, dans le centre de la Bande de Gaza.

Le ministère de la Santé publique a cité leurs noms : Abdallah Ibrahim Abu Mallouh, 33 ans, du camp de réfugiés de Nuseirat, et Alaa Ali Hasan al-Boubli, 29 ans, du camp de réfugiés d’al-Maghazi. Deux autres personnes ont été très grièvement blessées au cours de cette frappe israélienne.

Des photos d’al-Boubli et d’Abu Mallouh ont circulé sur les médias sociaux.

Les frappes aériennes de vendredi ont eu lieu après qu’Israël avait déclaré que deux de ses soldats avaient été blessés par balles près de la clôture de la frontière avec la Bande de Gaza. Les soldats, dont l’un est un officier, ont été modérément et légèrement blessés, selon le quotidien israélien Haaretz.

Samedi, les factions de la résistance palestinienne ont riposté par des tirs de barrage de plus de 200 roquettes et obus de mortier vers Israël, dont l’un, paraît-il, a endommagé une maison près d’Ashkelon.

Deux Israéliens, une femme de 80 ans et un homme de 49 ans, annonce-t-on, ont été blessés par des shrapnels.

Tous deux ont été transférés à l’hôpital Barzilai à Ashkelon. La femme était grièvement blessée mais l’état des deux personnes a été stabilisé, rapporte Haaretz.

Des photos des dégâts ont été partagées par les médias sociaux.

Les autorités médicales israéliennes ont déclaré qu’« un adolescent de 15 ans a été légèrement blessé en courant vers un abri et deux personnes ont été en état de choc », selon les informations publiées par The Times of Israel. Haaretz a rapporté qu’un autre Israélien a été blessé au moment où il courait vers un abri.

L’armée israélienne a lancé des attaques par air et par char contre plus de 120 sites de Gaza, ce samedi.

Plus tôt dans la journée de samedi, une frappe aérienne israélienne dans le nord de Gaza a tué Imad Muhammad Nuseir, 22 ans, et d’autres attaques israéliennes ce même samedi ont blessé au moins sept autres personnes, selon le ministère de la Santé publique du territoire.

Commentaire de Walid Mahmoud : « Les enfants de la bande de Gaza vivent dans une situation de terreur en raison des bombardements israéliens incessants contre Gaza. »

Commentaire d’Omar Ghraied : « J’entends des explosions et les gosses dans les rues se disent entre eux :  »Oh ! Faites comme si c’était un feu d’artifice, continuons à jouer au football. » Je vous jure que les Palestiniens aiment la vie. »

Israël renie les arrangements

Les commentateurs en Israël constatent la volonté du Hamas et d’autres factions de riposter par la force contre Israël en réaction à l’échec d’Israël dans l’application des arrangements censés soulager le blocus étouffant imposé à la bande de Gaza et permettre des transferts financiers en provenance du Qatar.

Ces derniers mois, des responsables des renseignements égyptiens ont tenté de mettre sur pied un cessez-le-feu à long terme et, dans ce contexte, le Hamas a accepté une désescalade de la situation, plus particulièrement avant les élections générales du 9 avril en Israël.

« En vue des élections et à la lumière des promesses du gouvernement de Benjamin Netanyahou d’éviter un conflit au moment où les Israéliens vont voter, le Hamas s’est abstenu d’ouvrir le feu. Mais la contrepartie n’est pas arrivée à une allure satisfaisante pour les Palestiniens », fait remarquer Amos Harel, le correspondant du quotidien Haaretz.

« Les concessions aux passages frontaliers ont été tout sauf rapides. Et le principal obstacle pour les Palestiniens était le retard dans le transfert de l’argent du Qatar – 30 millions de dollars par mois, avec l’envoi de ce mois qui est particulièrement important vu que le ramadan débute la semaine prochaine et qu’il entraîne une hausse des dépenses. »

Alors qu’aucun groupe n’a revendiqué la responsabilité des tirs de vendredi qui ont blessé les deux militaires israéliens, Harel a prétendu qu’on aurait dit que c’était « l’œuvre du Djihad islamique », dans le but d’exercer des pression sur Israël.

« Le Hamas sait bien que le timing de la recrudescence des attaques est particulièrement ennuyeux pour Israël juste avant la Journée du Souvenir, la Journée de l’Indépendance et le concours Eurovision de la chanson, prévu plus tard en mai à Tel-Aviv », ajoutait Harel. « Dans ces circonstances, il semble qu’il y ait là une bonne opportunité pour que l’escalade se termine par un compromis et par des concessions pour les Palestiniens. »

Israël a déjà des problèmes pour vendre des tickets et attirer des touristes pour l’Eurovision bien qu’il ait investi des dizaines de millions de dollars pour organiser ce qui, espère-t-il, constituera un succès pour sa propagande internationale.

Une source diplomatique à Gaza, mais que le journal n’a pas nommée, a déclaré à Haaretz qu’« Israël ne peut se dérober à ses responsabilités dans la situation où nous nous trouvons ». La source a mis en garde contre un accroissement de l’escalade provoqué par les retards dans l’application des arrangements.

Les responsables militaires israéliens, apprend-on, ont également mis les dirigeants politiques en garde ces dernières semaines, ajoute Haaretz, en disant que « si des démarches significatives ne sont pas entreprises pour appliquer les arrangements avec le Hamas, le groupe qui contrôle la bande de Gaza va lutter pour empêcher d’autres organisations de l’enclave côtière d’agir contre Israël ».

Néanmoins, en dépit des mises en garde, « ‘il n’y a pas eu d’augmentation de l’aide ou des marchandises à destination de la bande de Gaza ».

L’envoyé des Nations unies au Moyen-Orient, Nickolay Mladenov, a tweeté samedi soir que les Nations unies « travaillaient avec toutes les parties afin de calmer la situation ».

Il a réclamé une désescalade immédiate et le « retour aux arrangements des quelques mois écoulés », mettant en garde contre le fait que « ceux qui cherchent à les détruire assumeront la responsabilité d’un conflit qui aura de lourdes conséquences pour tout le monde ».

La semaine dernière, Israël a réduit à six milles nautiques la zone qu’elle accorde aux pêcheurs palestiniens au large de la côte du territoire. Et ce, en guise de sanction collective après que, prétend Israël, une roquette a été tirée depuis la côte nord de Gaza vers la haute mer au large de la côte d’Israël. Le 1er avril, Israël avait étendu la zone de pêche en la portant à 15 milles nautiques.

« Nuire délibérément à un groupe de civils en réponse à une action sur laquelle ils n’ont aucun contrôle et cruel et indéfendable », a déclaré Gisha, un groupe israélien de défense des droits de l’homme. « Cela constitue une mesure illégale de châtiment collectif. »

Personne n’a revendiqué la responsabilité du missile, qui a pas fait de blessés, mais il est typique des factions de la résistance de lancer des roquettes en mer en vue de les tester.

Samedi soir, Fawzi Bahroum, un porte-parole du Hamas, a déclaré que l’organisation tenait Israël pour responsable de l’escalade en cours et a blâmé l’occupant en raison de son échec à appliquer les précédents arrangements et de la poursuite du siège contre Gaza.

Et Barhoum d’ajouter que le message émanant des factions de la résistance était qu’elles ne permettraient pas à Israël de continuer à verser le sang palestinien et qu’elles allaient rester le « bouclier protecteur » du peuple palestinien et des protestataires pacifiques. Barhoum a invité instamment Israël à « prendre au sérieux ce message et à le comprendre ».

Tuer des protestataires innocents

Vendredi, des snipers israéliens ont ouvert le feu sur des protestataires sans armes à Gaza, au moment où des milliers de Palestiniens se rassemblaient derrière la clôture frontalière avec Israël, pour la 57e semaine et sous la bannière de la Grande Marche du Retour.

Des soldats israéliens ont abattu et tué Raed Khalil Mahmoud Abu Teir, 19 ans, touché à l’abdomen, durant les manifestations, à l’est de Khan Younis, dans le sud de Gaza.

Abu Teir utilisait des béquilles au moment où il a été abattu. Une semaine plus tôt, il avait été blessé quand des snipers israéliens lui avaient tiré dans le pelvis, affirme le groupe de défense des droits de l’homme Al Mezan. Il a été emporté à l’hôpital européen près de Khan Younis où il est décédé de ses blessures. Des photos d’Abu Teir ont circulé sur les médias sociaux, après sa mort :

Raed Khalil Mahmoud Abu Teir

Près d’al-Bureij, les forces israéliennes ont abattu et tué Ramzi Rawhi Hasan Abdo, 31 ans, d’une balle dans la tête, a annoncé le ministère de la Santé publique à Gaza.

Plus de cent autres personnes ont été blessées par les militaires israéliens au cours des protestations, selon Al-Mezan, dont 35 par des tirs à balles réelles.

Plus de trente personnes ont été touchées directement par des grenades lacrymogènes – une pratique de ciblage utilisée par les Israéliens et qui a déjà tué quatre Palestiniens cette année.

L’une des personnes touchées à la tête par une grenade lacrymogène vendredi était un paramédical. Trois autres paramédicaux et un journaliste photographe ont été blessés le même jour. Les tueries du week-end portent à près de 50 le nombre de Palestiniens abattus par les forces et colons armés israéliens cette année.


Article original publié le 4/5/2019 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal – Mise en page : Luc Delval

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