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Les téléphones mobiles, l’Internet et les réseaux sociaux de plus en plus étroitement surveillés par Israël

On sait qu’Israël a développé un goût très prononcé pour l’observation des réseaux sociaux, et aussi pour l’espionnage des téléphones mobiles. Et des entreprises israéliennes ont développé des compétences importantes dans ces domaines.

Des données chiffrées obtenues par “TheMarker” et relayées par Haaretz indiquent que la police israélienne fait de plus en plus usage d’informations obtenues en surveillant les téléphones mobiles, les messageries électroniques et les réseaux sociaux. Des Palestiniens ayant par ailleurs été condamnés à de lourdes peines pour avoir publié des prises de position contre l’occupation sur Facebook, on sait que l’armée et les services de renseignement israéliens ne sont évidemment pas en reste.

Les chiffres montrent une augmentation constante du nombre de demandes policières d’informations portant sur les adresses personnelles et les coordonnées des cartes de crédit des utilisateurs, les données qu’ils utilisent et même les endroits où ils se trouvaient à un moment donné 1, depuis l’entrée en vigueur en juin 2008 d’une loi israélienne baptisée “loi Big Brother”. 

La croissance a été particulièrement marquée pour les demandes accélérées qui ne nécessitent pas l’approbation d’un juge : elles ont bondi de près de 21% en 2016, à 9.517 et depuis 2011 elles ont augmenté de 174%, selon les chiffres dont TheMarker a obtenu communication en vertu de la loi israélienne sur la liberté de l’information.

«Je suis très troublé par la forte augmentation du nombre de demandes qui ont été faites sous la seule autorité d’un policier», a déclaré Avner Pinchuk, un avocat qui dirige le programme de défense du droit à la vie privée de l’Association pour les droits civils en Israël (ACRI). «Je ne compte pas les demandes destinées à sauver des vies – je ne peux pas m’en plaindre – et je me concentre sur les cas de décision d’un agent de demander des informations pour “enquêter ou prévenir des crimes”», dit-il. ‘

Cette forte augmentation du nombre d’intrusions policières dans la vie privée se produit alors que le taux de criminalité est en baisse sensible : la police israélienne fait état d’une chute de 3,2% du nombre de dossiers ouverts en 2016, et affirme que l’année a été caractérisée “par le plus faible taux de criminalité déclaré au cours de la dernière décennie”.

La loi dite “Big Brother” – officiellement désignée sous le nom de “Loi sur les procédures pénales (pouvoirs d’exécution – Communications Data)” – qui a été approuvée par la Knesset en 2007, donne à la police des pouvoirs accrus pour recueillir des informations auprès des entreprises de télécommunication. Elle autorise les procédures d’obtention d’informations non seulement par la police, mais aussi par l’administration fiscale israélienne, l’Autorité israélienne des valeurs mobilières et même l’Autorité antitrust.

Cela inclut les données personnelles et des informations souvent sensibles, y compris par exemple les sites Internet visités par l’utilisateur et son trafic de messagerie électronique, y compris les expéditeurs et les destinataires, les heures, les dates et les adresses, mais (en théorie du moins) pas le contenu des e-mails. Les autorités peuvent également demander des données de localisation, ce qui permet donc de suivre tous les déplacements d’un individu.

Dans certains cas les demandes de la police doivent être soumises à un juge. En moyenne 70 demandes sont introduites chaque jour par cette voie. En 2016, sur près de 25.000 demandes seules 39 ont été refusées par le pouvoir judiciaire. 

Les demandes de données téléphoniques visant certains professionnels ayant accès à des informations sensibles, comme les avocats, les membres du clergé, les journalistes et les psychologues, sont supposées être traitées avec plus de circonspection, mais leur nombre est passé officiellement de 54 en 2015 à 86 en 2016. Avner Pinchuk, de l’ACRI, soupçonne que la majorité de ces demandes concernent des journalistes, mais aucun chiffre n’est fourni officiellement concernant la ventilation entre les différentes professions.

Dans d’autres cas, une procédure accélérée est utilisée, sans aucun contrôle du pouvoir judiciaire. La loi le permet pour identifier les auteurs ou prévenir des infractions; trouver et poursuivre les criminels, ou pour sauver une vie. En 2016, un quart des demandes d’informations aux opérateurs de télécoms l’ont été par ce “canal administratif”, sous la seule responsabilité d’un officier de police.


Source principale: Haaretz – Police Obtaining More Phone Data, Personal Information

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