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[MàJ] : Tous les Israéliens officiellement invités à moucharder les touristes suspects de sympathie envers BDS, pour les faire expulser

Une nouvelle “task force” a été mise en place par le gouvernement israélien pour repérer les militants qui soutiennent le boycott d’Israël et rassembler des preuves en vue de leur déportation. “Certains groupes ont déjà été repérés”, affirme un haut fonctionnaire cité par Haaretz.

TOUS DES MOUCHARDS, TOUS DES SUSPECTS…

[MISE À JOUR] Le Ministre israélien de la Sécurité Publique, qui est aussi celui des “Affaires stratégiques” a lancé un appel à tous les Israéliens pour qu’ils deviennent des mouchards et dénoncent au gouvernement “les étrangers qui soutiennent le boycott d’Israël”. “Si vous avez des informations a propos de quelqu’un qui prétend être un touriste mais en fait est un militant du boycott qui visite Israël, faites-le nous savoir et nous prendrons les mesures pour le faire expulser”, a déclaré Gilad Erdan.
Sous la direction éclairée de son gouvernement fascistoïde, Israël est de plus en plus un modèle de société pour l’Occident tout entier, y’a pas à dire…   L.D.
Source :  Haaretz

Le Ministre israélien des “Affaires stratégiques”, Gilad Erdan, et son collègue du Ministère de l’Intérieur, Arye Dery, ont décidé lors d’une réunion qui a eu lieu dimanche de créer une “task force” conjointe dont la mission consistera à empêcher l’entrée en Israël de militants étrangers appartenant à des organisations qui soutiennent le boycott d’Israël. Cette équipe sera aussi chargée de faire expulser ceux qui se trouveraient déjà “sur le territoire d’Israël” (expression qui en la circonstance englobe manifestement la Cisjordanie occupée et Jérusalem dans l’esprit de ceux qui l’utilisent).

Il ne s’agira pas de faire adopter une nouvelle législation ou de durcir la législation actuelle, précise Haaretz, mais plutôt que collecter des renseignements en vue d’identifier les militants étrangers qui se trouvent en Israël et de rassembler les preuves pour justifier leur expulsion.

Un haut fonctionnaire, qui s’est confié à Haaretz sous condition d’anonymat, affirme que les représentants du Ministère des “Affaires stratégiques” ont affirmé lors de la réunion de dimanche que des douzaines d’organisations sont actives en Cisjordanie, dans différents domaines, et collectent des informations sur les activités des “Forces de Défense d’Israël” – c’est-à-dire, dans le langage orwellien officiel, l’armée d’occupation – et ensuite s’en servent pour promouvoir le boycott d’Israël, la campagne BDS, et pour isoler le pays. Les représentants de la police israélienne à cette réunion ont confirmé que des militants pro-BDS se livrent à “des provocations” contre les forces israéliennes, incitent les Palestiniens à la révolte et entravent l’activité de l’occupant.

Selon des participants à cette réunion, “plusieurs centaines de militants étrangers pro-BDS sont entrés dans le pays via l’aéroport international Ben-Gourion ou le pont Allenby” (à la frontière jordanienne), comme s’ils étaient des touristes. Certains d’entre eux partent après un court séjour, mais d’autres restent en Cisjordanie pour de longues périodes. Certains sont formellement membres d’organisations appartenant au mouvement BDS, d’autre pas.

Le haut fonctionnaire a expliqué que la nouvelle “task force” va établir des critères en fonction desquels les militants étrangers seront soit expulsés soit interdits d’entrer. Elle déterminera aussi des critères juridiques. On ne sait cependant pas, à ce stade, si des preuves concernant chaque militant en particulier seront exigées ou si l’appartenance à un groupe considéré comme hostile sera une base suffisante pour une expulsion ou une interdiction d’entrée, précise Haaretz.

An activist with her face painted in the colors of the Palestinian flag attends an anti-Israel protest in New York, September 15, 2011.

An activist with her face painted in the colors of the Palestinian flag attends an anti-Israel protest in New York, September 15, 2011.

Ce juridisme semblera quelque peu irréel à toute personne qui, n’étant ni juive ni israélienne, est passée par l’aéroport Ben Gourion, où des inter­roga­toires et des fouilles humiliantes et inter­mina­bles sont pratiquement la règle (tant à l’entrée qu’à la sortie), et où l’arbitraire règne en maître depuis fort longtemps. Les expulsions sans aucune expli­cation, souvent après un court séjour en prison, sont monnaie courante. Et ne parlons pas du traitement réservé à ceux dont le nom ou la phy­sio­nomie trahit une origine arabe…

Certaines organisations étrangères ont déjà été “marquées” par les services israéliens pour leur soutien à BDS. Aucune liste n’est révélée, mais Haaretz croit savoir que, par exemple ISM (International Solidarity Movement), dont des membres se trouvent en Cisjordanie, en fait très probablement partie.

Les deux ministres, Erdan et Dery, ont cependant précisé – selon la même source – que leur intention n’est pas de procéder à une “déportation massive” de militants étrangers défenseurs des droits humains, mais qu’il s’agit de cibler spécifiquement ceux dont on pourra prouver qu’ils sont venus en Israël dans le but de promouvoir le boycott, de provoquer des troubles ou des émeutes en Cisjordanie.

Chaque cas sera examiné individuellement : “nous devons nous demander par exemple si l’expulsion de certains individus serait favorable ou nuisible aux intérêts d’Israël. S’il s’agit d’un ressortissant étranger dont les activités en faveur du boycott sont mineures, et qu’il est principalement engagé dans la promotion des droits de l’homme, alors nous n’avons pas de problème avec ça. Mais s’il s’agit d’un groupe qui est principalement occupé à promouvoir le boycott et la délégitimation d’Israël, alors nous n’avons aucun intérêt à ce qu’il vienne ici”.

Dery a publié une déclaration dans laquelle il affirme que “Israël doit dissoudre le boycott contre lui”, alors que son collègue Erdan considère que “le boycott d’Israël doit avoir un prix”.

Manifestement, le gouvernement israélien commence à comprendre que l’apartheid aussi a un prix…


Source :  Barak Ravid dans Haaretz. Traduction et adaptation : Luc Delval.

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