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Le programme des “Républicains” ne cite l’existence des Palestiniens qu’une fois : pour réclamer la fin de tout financement à la CCNUCC

James J. Zogby, président du “Arab American Institute”

Les programmes des deux grands partis [étatsuniens] concernant Israël et la Palestine sont l’un et l’autre mauvais. En adoptant une approche “à la Netanyahou”, les Républicains – le « Grand Old Party, ou GOP – ne feront qu’accélérer la dérive droitière d’Israël. Quant aux Démocrates, ils proclament leur soutien à l’indépendance et à la dignité des Palestiniens, mais ils refusent de qualifier l’occupation par son nom.

Pour comprendre pourquoi les efforts des États-Unis pour réaliser la paix entre Israël et les Palestiniens échouent aussi lamentablement, tout ce que vous avez à faire est de jeter un coup d’œil à ce mélange de mauvais choix politiques et de mauvaises pratiques politiques que l’on trouve dans les sections des programmes des deux grands partis consacrées à Israël et à la Palestine.

Le document des Républicains est particulièrement extrémiste, jusqu’à en être bizarre. Le GOP a trouvé le moyen de faire référence à Israël dans cinq sections différentes de son programme : il mentionne Israël comme “un phare de la démocratie et de l’humanité”; proclame que “le soutien à Israël est une expression de l’Américanisme”; il “reconnaît Jérusalem comme la capitale éternelle indivisible de l’État juif et réclame que l’ambassade des États-Unis y soit déplacée” [1]; il qualifie le mouvement BDS d’antisémite; il “rejette la notion erronée qu’Israël soit un occupant”; et réclame “l’arrêt immédiat de tout financement par les États-Unis” au bénéfice de toute entité qui admet les Palestiniens en qualité “d’État membre”, ce qui vise spécifiquement la Convention Cadre des Nations-Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC).

Et comme le programme du parti Républicain rejette spécifiquement toute référence soit à une “solution à deux États” soit à une reconnaissance des Palestiniens en tant que peuple, la seule fois que les Palestiniens sont mentionnés dans le document c’est dans le contexte de l’abandon du financement du CCNUCC que le GOP propose.

clinton_h_israel_flagLe programme des Démocrates, quoique faible, est clairement plus sobre. Eux aussi éprouvent le besoin de se répandre en louanges excessives envers Israël, par exemple en proclamant que “un Israël fort et en sécurité est vital pour les États-Unis parce que nous partageons des intérêts stratégiques globaux et les valeurs communes de la démocratie, de l’égalité, de la tolérance et du pluralisme” [2]. Les Démocrates s’opposent aussi à “tout effort visant à délégitimer Israël, y compris aux Nations-Unies ou à travers le mouvement BDS”. Et dans une formulation étrangement contradictoire, le programme tout à la fois reconnaît que Jérusalem “est un problème à traiter dans les négociations sur le statut final” et dans le même temps affirme que Jérusalem “doit rester la capitale d’Israël, une cité indivisible accessibles aux personnes appartenant à toutes les religions [3]”.

Enfin, tout en ayant écarté toute formulation faisant référence à un appel à la fin de l’occupation ou aux colonies illégales (au prétexte que de telles formulation “préjugent” de problèmes qui doivent être tranchés par des négociations !), les Démocrates, néanmoins, promettent de “continuer à travailler en faveur d’une solution à deux États du conflit israélo-palestinien, négociée directement par les parties et qui garantisse l’avenir d’Israël en tant qu’État démocratique juif vivant en sécurité dans des frontières reconnues et apportant aux Palestiniens l’indépendance, la souveraineté et la dignité”.

Sheldon Adelson

Sheldon Adelson

Les Républicains ont rédigé leur programme avec la hantise du milliardaire Sheldon Adelson et sous la menace de l’extrême-droite chrétienne évangélique. Leur candidat, Donald Trump, après avoir laissé entendre qu’il serait “neutre” et chercherait à gagner la confiance tant des Israéliens que des Palestiniens, s’est clairement fait réprimander. Il se repose désormais sur les conseils de son beau-fils, partisan d’une ligne pro-israélienne dure, qui avait rédigé le discours qu’il avait prononcé devant l’AIPAC.

En adoptant une approche “à la Netanyahou” du conflit, le GOP ne fera qu’accélérer la dangereuse dérive droitère d’Israël, enhardissant encore davantage à la fois les extrémistes israéliens, qui auront le sentiment qu’ils ne peuvent pas perdre, et les extrémistes palestiniens, qui sentiront qu’ils n’ont rien à perdre.

Quant aux Démocrates, leur choix des mots s’est fait sous l’influence d’un de leurs propres milliardaires, Haim Saban (un puissant opposant à BDS, qui s’est assuré de disposer d’une promesse écrite de Hillary Clinton d’agir contre BDS), et avec la hantise de commettre la moindre faute qui leur ferait “perdre les votes” (ce qui est leur formule codée, pas la mienne, pour évoquer les électeurs juifs).

Le programme des Démocrates proclame qu’ils souhaitent deux États et soutiennent “l’indépendance, la souveraineté et la dignité” pour les Palestiniens. Cette aspiration est louable, mais quand ils rejettent de nommer “occupation” le contrôle des Palestiniens par Israël et se refusent à appeler à mettre fin aux colonies, ils laissent peu d’espoir aux Palestiniens qu’aucune action sera entreprise pour la réaliser.

Tout cela pour dire que les deux programmes relèvent de mauvais choix politiques. Si le programme du GOP était appliqué, il produirait des politiques aux résultats désastreux, non seulement pour les Palestiniens mais également pour les intérêts U.S. au Moyen-Orient, et pour Israël tout aussi bien. D’autre part, si le programme des Démocrates était appliqué, il en résulterait que la région resterait en proie à une déprimante et dangereuse spirale d’oppression et de violence.

Si les politiques contenues dans les programmes sont mauvaises, il en va de même des calculs politiques qui ont conduit à les rédiger – tout spécialement en ce qui concerne les Démocrates. La soi-disant “peur politique” qui amène les Démocrates à reculer devant toute idée de critiquer la politique menée par Israël ignore le très réel glissement qui s’est produit dans les attitudes de l’électorat.

Les sondages montrent qu’en dépit du fait qu’Israël bénéficie toujours d’un taux d’approbation supérieur à celui des Palestiniens, 65% des électeurs étatsuniens considèrent que les Israéliens et les Palestiniens méritent d’avoir des droits égaux (contre 14% d’un avis contraire).

Les attitudes ont clairement changé, spécialement parmi les électeurs du parti Démocrate. Par exemple, une forte proportion de Démocrates (plus de 2 contre 1) souhaitent la fin de la colonisation, pensant que les États-Unis doivent “faire preuve de fermeté” avec Israël pour l’obliger à mettre fin aux constructions [de colonies], et considèrent que les boycotts sont un outil légitime qui peut être utilisé pour exercer une pression sur Israël pour arrêter son programme de colonisation. Et une majorité d’électeurs – Démocrates, Républicains et Indépendants confondus – considèrent qu’Israël reçoit actuellement trop d’aide des États-Unis.

Il apparaît clairement également, à la lumière des sondages et de la croissance rapide et de l’impact de groupes comme “J-Street” et “Jewish Voice for Peace” que tenir un langage de vérité à propos de la politique israélienne fera gagner et non perdre le soutien d’une majorité substantielle d’électeurs juifs.

Les Républicains qualifient leur document de “programme pro-Israël le plus puissant de tous les temps”, tandis que les Démocrates définissent leurs propositions concernant Israël et la Palestine comme “le plus progressistes jamais vu”.

Dans un sens, ils ont raison l’un et l’autre. Le problème, c’est que je connais des Israéliens militants pour la paix qui mettraient sérieusement en doute l’affirmation du GOP, et que je connais des Palestiniens qui sont profondément déçus par le texte final des Démocrates.

James J. Zogby                            


Cet article est paru le 25 juillet 2016 sur “+972” sous le titre : “On Israel/Palestine, Democrats and GOP both veer off course”. Traduction : Luc Delval.

[1] ce n’est pas la première fois que, dans un contexte pré-électoral, le déménagement de l’ambassade US de Tel Aviv vers Jérusalem est évoqué. Mais une fois élu aucun Président des États-Unis n’a jamais posé le moindre geste concret en ce sens. – NDLR
[2] On aura soin, en lisant cette grandiloquent logorrhée, de ne pas perdre de vue que les États-Unis sont devenus “une démocratie à vendre” depuis que la Cour Suprême a interdit toute limitation aux dépenses des campagnes électorales, l’élection présidentielle se joue à coups de milliards de dollars. “Les candidats ne prennent même plus la peine de contacter les simple millionnaires”, et désormais “la stature d’un candidat se mesure à la quantité d’argent qu’il est capable de réunir” – voir “Démocratie à vendre”, par Elizabeth Drew (The New York Review of Books – 4 juin 2015, traduction française dans “Books” N° 73 février 2016) – NDLR
[3] on ne s’étonnera pas que, dans la vision étatsunienne, les personnes qui n’adhèrent à aucune religion n’existent même pas. – NDLR

 

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