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Les pompiers palestiniens qui ont lutté contre les incendies de forêts en Israël bannis de la cérémonie en leur honneur

Le nord d’Israël a été récemment ravagé par des incendies de forêts cataclysmiques, qui ont fait plusieurs dizaines de morts. Ces incendies ne doivent rien au hasard ou à la malchance : ils sont le résultat d’une politique.

Au point de départ : une profonde transformations du paysage naturel de la région par Israël, qui a planté des millions d’arbres – en grande majorité des résineux qui n’ont été introduits dans la région que dans les années 1930 – pour former des forêts artificielles qui se dressent aujourd’hui là où se trouvaient jadis des villages palestiniens dont les habitants ont été chassés et transformés en réfugiés. Effacer définitivement ces villages, leurs habitants et leur histoire de la carte et du paysage, telle est la fonction première de ces forêts. Les arbres étaient donc avant tout un moyen d’affirmer l’emprise sioniste sur la terre, sur le territoire.

L’autre volet de la politique à l’origine du désastre, c’est l’absence d’investissements dans les services de protection civile. Israël, comme chacun sait, ne manque de pas de bombardiers. Mais s’il sont capables de saturer l’espace de missiles et de bombes, s’ils regorgent de haute technologie, ce ne sont pas des « bombardiers d’eau » (Canadairs ou autres).

Les États-Unis financent généreusement les rêves les plus fous des généraux israéliens, qui font gratuitement leur shopping dans les industries de guerre américaines, mais pour ce qui est de la protection des populations contre les calamités comme les incendies de forêts c’est la politique ultra-libérale du gouvernement israélien qui est déterminante. Et, là comme ailleurs, la tendance est à l’asphyxie des services publics. On en a vu les effets.

Les incendies qui ont ravagé la région du « mont Carmel » avaient pris une telle ampleur qu’Israël a été obligé d’en appeler à l’aide internationale. Une douzaine de pays ont apporté leur aide. Mais, bien entendu, ce ne sont pas les États voisins qui ont été appelés à la rescousse, puisqu’Israël n’a pas de voisins, seulement des ennemis.

A une exception près : les « voisins » palestiniens de Cisjordanie. Dès qu’il est apparu que les pompiers israéliens étaient incapables de contenir les flammes, le premier ministre Salam Fayyed avait téléphoné à Shimon Pérès pour proposer de l’aide. Évidemment, les moyens dont disposent les services d’incendie palestiniens sont pour le moins limités. Pourtant, une dizaine de sapeurs-pompiers palestiniens ont prêté main forte aux Israéliens pour maîtriser le feu et en venir à bout.

Mardi, ces « soldats du feu » palestiniens devaient être honorés par Israël : une cérémonie d’hommage devait avoir lieu en Israël.

C’était sans doute plus que n’auraient pu en supporter certains officiels israéliens : quand les pompiers palestiniens se sont présentés au checkpoint pour entrer en territoire israélien, le passage a été interdit à certains d’entre eux. Seuls sept pouvaient passer. Les autres, maintenant que le feu est éteint, représentent sans doute à nouveau un “risque de sécurité”, et ils n’ont qu’à rester dans les confettis de territoires que les colonies juives ne leur ont pas encore volés.

Ahmed Rizik, le commandant des services palestiniens de lutte contre le feu a exprimé sa « surprise« . On a du sang froid, chez les pompiers ! Et chez les Palestiniens de Cisjordanie en général on est forcément habitué aux humiliations infligées par l’occupant : elles sont quotidiennes depuis 43 ans. Aucun de ses hommes n’a donc franchi la “frontière”, et la cérémonie en leur honneur a été annulée.

Du côté israélien on invoque “une erreur technique”. Les services, disent-ils, ont manqué de temps pour “se coordonner”. Aussi les Israéliens estiment-ils qu’il “ne faut pas en faire un scandale” et “grossir l’incident hors de proportions”.

En fait, ils ont raison : l’absurde le dispute en permanence à l’odieux dans ce pays, et il n’y a même pas de quoi s’étonner. Toute la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens est de la même eau.

 

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