Dans l'actu

Les Palestiniens risquent la mort en allant travailler en Israël sans permis

Jillian Kestler-D’Amours

RAMALLAH, Cisjordanie occupée, 25 septembre 2012 (IPS) – La demande de permis de travail en Israël de Hassan Hader a été refusée à quatre reprises. Maintenant qu’il attend la réponse des autorités israéliennes à sa dernière tentative, ce père de cinq enfants, âgé de 52 ans, a déclaré qu’il n’avait pas d’autre choix que de continuer à postuler.

« On ne m’a même pas donné une raison pour laquelle ma demande a été refusée », déclare Hader qui, pendant près de vingt ans et avant de perdre son emploi l’an dernier, a travaillé dans une carrière de la zone industrielle de Ma’ale Adumim, l’une des plus importantes colonies illégales d’Israël en Cisjordanie.

Hader vit à Ramallah et détient une carte d’identité uniquement valable pour la Cisjordanie. Il a raconté à IPS qu’il n’avait pas de possibilités de travail viable sur le marché de l’emploi palestinien. Vu que les économies de la famille s’épuisent doucement après une année sans emploi, il a déclaré qu’obtenir un permis pour travailler en Israël était sa seule option. « Je suis fatigué », a-t-il dit. « Ce n’est pas une bonne situation. »

Environ 600.000 Palestiniens n'ont d'autre choix que d'aller travailler en Israël chaque jour. La moitié d'entre eux sans permis - Photo : Najeh Hashlamoun APA images

Environ 600.000 Palestiniens n’ont d’autre choix que d’aller travailler en Israël chaque jour. La moitié d’entre eux sans permis – Photo : Najeh Hashlamoun APA images

Récemment, les médias locaux ont rapporté que le gouvernement israélien prévoyait d’augmenter le nombre de permis de travail accordés à des travailleurs palestiniens de Cisjordanie. Dans un courriel adressé à IPS, Barak Granot, porte-parole du ministère israélien de l’Industrie, du Commerce et de l’Emploi, a confirmé que 5.000 permis de travail supplémentaires serait délivrés afin de permettre aux Palestiniens de travailler dans le secteur israélien de la construction.

« L’augmentation a été décidée, d’une part, afin de soulager quelque peu le stress et le manque d’emploi en Cisjordanie et, d’autre part, afin de compenser la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur de la construction. Cette décision a été prise en conformité avec la politique gouvernementale visant à favoriser les travailleurs palestiniens, plutôt que d’autres travailleurs étrangers », a déclaré Granot.

L’Administration civile israélienne (ACI), le corps militaire qui contrôle plus de 60% de la Cisjordanie occupée, s’est fait l’écho de ce sentiment. « L’augmentation des octrois de permis est censée réduire l’activité des travailleurs étrangers qui restent en Israël pour de longues périodes et qui pourraient s’installer ici. Contrairement à ces derniers, les Palestiniens viennent en Israël le jour et, habituellement, s’en vont le soir », disait un courriel de l’ACI adressé à IPS.

Des restrictions

Comme Israël a imposé des restrictions à la liberté de mouvement des Palestiniens après le déclenchement de la Seconde Intifada, les travailleurs immigrés en provenance des Philippines, de Chine, de Thaïlande et de l’Europe de l’Est – entre autres régions – ont progressivement remplacé la main-d’œuvre palestinienne.

Récemment, toutefois, un afflux de travailleurs immigrés et de demandeurs d’asile en Israël a provoqué la panique parmi les dirigeants israéliens, qui disent que la présence d’étrangers non juifs menace le caractère juif du pays.

En réponse, le gouvernement a décidé de réduire progressivement son quota de permis de travail pour les travailleurs étrangers et a instauré plus de limitations aux libertés de ces travailleurs une fois qu’ils sont dans le pays, y compris la décision de lier le personnel soignant à leurs employeurs et dans certains endroits spécifiques en Israël.

L’ACI a dit à IPS qu’il y avait actuellement 57.095 travailleurs palestiniens employés en Israël et dans les colonies israéliennes, et que des permis pour 8.000 travailleurs palestiniens supplémentaires allaient bientôt être approuvés, outre les 5.000 permis de plus destinés aux travailleurs de la construction.

Les Palestiniens doivent avoir plus de 26 ans, être mariés et subir un contrôle de sécurité pour figurer dans les conditions d’obtention d’un permis, a déclaré l’ACI.

Le démantèlement de l’économie

Entre 2000 et 2004, révèle un rapport de la Banque mondiale daté d’avril 2012 et intitulé « Vers la durabilité économique d’un futur État palestinien », le nombre de Palestiniens travaillant sur le marché israélien de l’emploi est tombé de 26% à moins de 12%. En 2010, approximativement 14% de la main-d’œuvre de Cisjordanie était employée en Israël ou dans des colonies israéliennes.

Les Palestiniens vivant dans la bande de Gaza, toutefois, sont interdits d’entrée en Israël ou en Cisjordanie pour un emploi depuis 2006. Israël bloque également la quasi-totalité des produits palestiniens d’être exportés au départ de la bande de Gaza.

« Gaza subit un processus de dé-développement par lequel son économie est occupée à se démanteler. Il n’est pas permis à cette économie d’être productive. Le fait de permettre aux travailleurs de Gaza de retourner à leurs emplois en Israël fournirait à coup sûr un surcroît de revenu durement gagné aux familles qui en ont désespérément besoin », a déclaré Sari Bashi, directrice de Gisha, le centre juridique israélien en faveur de la liberté de mouvement.

Selon les Nations unies, le taux de chômage dans les territoires palestiniens occupés était de 26% en 2011. Le chômage parmi les jeunes de 15 à 29 ans était même plus élevé, puisque, respectivement, il se situait à 35 et 53% en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

« Il est nécessaire qu’Israël reconnaisse qu’il a des obligations envers ceux qui vivent sous occupation et qui essaient de gagner leur vie », a déclaré Bashi à l’adresse d’IPS.

Gisha estime qu’environ 60.000 Palestiniens de Cisjordanie – la moitié avec des permis, la moitié sans – entrent chaque jour en Israël pour travailler. Un système mieux régulé pourrait réduire les risques encourus par les travailleurs palestiniens entrant illégalement en Israël, a ajouté Bashi.

Fin juillet, un Palestinien a été tué et trois autres blessés quand des soldats israéliens postés à un check-point de la zone de Jérusalem ont ouvert le feu sur leur véhicule qui transportait plus d’une douzaine de travailleurs palestiniens tentant d’entrer en Israël sans permis.

« Je suis sûr que ce ne sera pas le dernier incident et ce n’est pas le premier non plus contre des travailleurs palestiniens », a expliqué à IPS Shawan Jabarin, directeur de l’organisation palestinienne des droits de l’homme Al Haq. « La plupart des gens n’ont pas de salaire. Tout ce qu’ils veulent, c’est un peu d’argent pour nourrir leurs familles. »

Hassan Hader connaît des gens qui entrent en Israël illégalement pour y travailler, mais quant à lui les conséquences s’il est pris – à la fois pour lui-même et pour sa famille – l’empêchent ne serait-ce que d’essayer. « C’est trop dangereux d’entrer en Israël sans permis », dit-il. « Je veux entrer par la porte, pas par la fenêtre. »


Publié par Inter Press Service le 25 septembre 2012.
Reprise sur Electronic Intifadah le 26 septembre 2012
Traduction pour ce site : Jean-Marie Flémal

Jillian Kestler-D’Amours est journaliste et réalisatrice de films documentaires. Elle est installée à Jérusalem.
On peut en découvrir plus sur son travail sur http://jkdamours.com

Print Friendly, PDF & Email