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Les Palestiniens pressent l’U.E. de cesser de tenir des réunions officielles avec le gouvernement israélien à Jérusalem

L’U.E. n’en est pas, comme les États-Unis, à envisager de transférer officiellement sa représentation diplomatique de Tel Aviv (considérée par le monde entier à l’exception du gouvernement israélien comme la capitale) à Jérusalem (considérée par le monde entier à l’exception du gouvernement israélien comme une ville occupée, conquise par les armes).

Pourtant, l’U.E. – qui se dédouane de temps en temps par des décisions qui irritent certes les sionistes mais prêtent relativement peu à conséquences au plan diplomatique et économique – a une attitude passive vis-à-vis du pouvoir israélien, et ses représentants tiennent régulièrement des réunions avec ceux d’Israël à Jérusalem-Ouest (la partie de la ville qu’Israël contrôlait déjà avant la guerre de 1967).

Saeb Erekat a demandé à Federica Mogherini, au nom de l’Autorité Palestinienne, de mettre fin à cette pratique. Dans une lettre à la Haute réprésentante de l’U.E. pour les Affaires étrangères, il s’insurge contre la passivité européenne vis-à-vis de la fermeture par Israël des institutions palestiniennes à Jérusalem-Est. Une attitude qui revient, dit Erekat, à autoriser Israël à “perpétuer et imposer ses politiques illégales”.

Erekat demande par conséquent qu’à l’avenir les rencontres entre des diplomates israéliens et les émissaires de l’U.E. aient lieu à Tel Aviv, et cela au moins jusqu’à ce que la “Maison d’Orient” soit à nouveau ouverte et que les officiels palestiniens soient en mesure d’y rencontrer leurs homologues étrangers, “à Jérusalem-Est, la capitale de l’État palestinien

Saeb Erekat (R) sert de guide à Jérusalem à des ambassadeurs en poste à Tel Aviv et des consuls basés à Jérusalem, afin de leur montrer la progression de l’appropriation de la partie est de la ville par les Israéliens (JAAFAR ASHTIYEH/AFP)

La “Maison d’Orient”, où l’OLP organisait jadis des réceptions officielles, a été fermée par les autorités d’occupation en 2001, durant la deuxième intifada. Depuis lors, Israël interdit strictement toute activité offricielle de l’Autorité Palestinienne à Jérusalem. Il y a quinze jours, la police a dispersé une conférence de femmes palestiniennes qui était soupçonnée par Israël d’être financée par l’Autorité Palestinienne. La semaine dernière, un bureau de cartographie a été fermé en raison de liens qu’il était suspecté d’avoir avec l’A.P.

Les représentants de l’U.E. en poste en Israël évitent d’avoir des rencontres officielles avec des Israéliens au-delà de la “ligne verte” à Jérusalem, mais ils les rencontrent fréquemment dans la partie occidentale de la ville, qui n’est pourtant pas reconnue comme la capitale israélienne, et où l’U.E. n’a aucun bureau de représentation.

Les rapports annuels de l’U.E. mentionnent régulièrement qu’il est recommandé aux représentants européens de rencontrer les représentants israéliens de haut rang ailleurs qu’à Jérusalem, mais cette position de principe n’est guère suivie d’effets.

On notera aussi que Donald Trump, qui avait annoncé pendant sa campagne électorale que le transfert de l’ambassade étatsunienne à Jérusalem figurerait parmi ses toutes premières décisions, n’a jusqu’ici pas tenu cette promesse. Alors que dès avant son entrée officielle à la Maison Blanche il avait désigné comme prochain ambassadeur en Israël un avocat américain juif, David Friedman, partisan de la colonisation et de l’annexion par Israël de parties de la Cisjordanie occupée, il se montre finalement hésitant quant à la question du transfert de l’ambassade. Pourtant, Friedman, honni par des associations d’Américains juifs avait proclamé sa “hâte de travailler depuis l’ambassade américaine dans la capitale éternelle d’Israël, Jérusalem”. 

Moins d’un mois après son entrée en fonction, et alors qu’il multipliait les décisions se voulant spectaculaires dont le caractère improvisé était évident, le nouveau président des États-Unis s’est semble-t-il rendu compte que la question de Jérusalem revêt un potentiel explosif redoutable.