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Les Palestiniens ne veulent plus de la « ligne molle de l’Autorité »

Entretien avec  Souhail Natour, responsable politique du Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP) à Beyrouth, qui analyse le contexte et les implications de l’attaque de Tel-Aviv.

9 juin 2016 : des soldats du régime d’occupation bloquent une famille palestinienne à l’entrée de Yatta, village dont sont originaires les deux Palestiniens responsables de l’opération de Tel-Aviv. Le droit international interdit les punitions collectives. REUTERS/Mussa Qawasma

Comment analysez-vous le contexte dans lequel intervient l’attaque de Tel-Aviv ?

Cette attaque s’est produite dans un contexte totalement bloqué. Après l’échec de la conférence de Paris qui s’est soldée comme l’on pouvait s’y attendre par une déclaration de principe en faveur d’une solution à deux États sans le moindre engagement pour imposer concrètement un arrêt de la colonisation, les Palestiniens ont une fois de plus compris qu’aucune pression ne sera exercée par la communauté internationale pour en finir avec le statu quo destructeur. Le sentiment d’impuissance des Palestiniens est aujourd’hui exacerbé par la détérioration du contexte régional, la crise syrienne s’enlise, l’Irak est le théâtre des opérations contre l’EI, la convergence entre l’Arabie saoudite et Israël ont conforté les Palestiniens dans l’idée qu’il fallait agir et rappeler le sinistre sort du peuple palestinien.

Quel est le message adressé par la fusillade de Tel-Aviv ? S’agit-t-il d’une attaque planifiée ou coordonnée avec une organisation politique palestinienne ?

Les jeunes sont généralement affiliés à des organisations politiques, mais dans le contexte actuel il est difficile de revendiquer des actions violentes. Les interdictions de déplacements, les détentions arbitraires, les démolitions des habitations pour les auteurs d’actes violents, sans évoquer les conditions de vie insoutenables des Gazaouis, sont autant de facteurs de dissuasion. La situation est extrêmement fragile et les organisations politiques palestiniennes ne veulent pas endosser la responsabilité d’une répression massive. Je crois que le message a plusieurs destinataires. Il vise à rappeler à l’Autorité palestinienne impopulaire que les Palestiniens ne veulent plus de sa ligne molle. La retenue et les compromissions n’ont fait que renforcer la politique du fait accompli et de nombreux jeunes estiment aujourd’hui que seule la résistance rappelle à la puissance occupante que l’occupation a un coût élevé et menace la sécurité de la société coloniale. Les Palestiniens veulent aussi démontrer que le discours médiatique dominant en Israël sur la fin de l’Intifada et le retour à l’ordre n’a aucune réalité sur le terrain. La fusillade a eu lieu en face du ministère de la Défense, c’est aussi sur le plan symbolique un message de protestation après la nomination d’Avidgor Lieberman qui inspire aux Palestiniens une haine farouche.

La nomination d’Avidgor Lieberman au poste de ministre de la Défense va-t-elle durcir la confrontation et la politique de représailles collectives ?

L’Intifada va certainement se poursuivre, c’est la seule réponse aux humiliations, l’expropriation, les violations quotidiennes pour un peuple dont les aspirations sont bafouées, et avec elle la répression. Pour les Palestiniens, il était déjà illusoire de penser qu’il y aurait un quelconque infléchissement dans la politique du gouvernement israélien avant la nomination de Lieberman. Aujourd’hui, il n’y a aucune perspective d’évolution politique, aucun espoir de paix. Le seul horizon possible pour les Palestiniens est de poursuivre la lutte et rendre le coût de l’occupation suffisamment élevé pour rendre inévitable un retrait unilatéral.


Publié sur L’Orient-Le Jour le 10 juin 2016

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