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Les Palestiniens en Israël attendent peu de choses des élections à la Knesset

Jonathan Cook

Alors que Nazareth, la capitale de la minorité palestinienne en Israël, se prépare aux élections générales de la semaine prochaine (*), l’affiche la plus courante dans la ville exposes les figures de trois dirigeants d’extrême droite connus pour leurs vues violemment anti-arabes.

Les affiches, financées par l’un des principaux partis palestiniens, visent à inciter les citoyens palestiniens du pays à aller voter.

"Lequel allez-vous laisser faire ?" demande un panneau électoral du parti palestinien - Photo : EPA/Atef Safadi

« Lequel allez-vous laisser faire ? » demande un panneau électoral du parti palestinien – Photo : EPA/Atef Safadi

La figure la plus proéminente sur les panneaux d’affichage est celle d’Avigdor Lieberman, le ministre qui a récemment démissionné du poste des affaires étrangères. Il est en effet soumis à une enquête de police pour fraude, mais il est néanmoins resté à la tête d’Yisrael Beitenou. Ce parti veut dépouiller une grande partie des 1,4 million de Palestiniens de leur citoyenneté israélienne par le jeu d’une redéfinition de la frontière avec la Cisjordanie, tandis que le reste d’entre eux seraient forcés de se soumettre à un test de loyauté.

A côté de lui, avec son sourire forcé, se trouve Michael Ben Ari, un ancien dirigeant du mouvement interdit Kach, qui exige l’expulsion des Palestiniens à la fois les territoires occupés de Cisjordanie et de la bande de Gaza et d’Israël. Il a remporté un siège au Parlement lors des dernières élections sous la bannière d’un parti tout aussi violemment raciste : Otzma LeYisrael [Israël fort].

Entre eux deux, le barbu Baruch Marzel… également un ex-responsable du Kach, qui est à la tête des colons fascistes qui occupent le centre de la ville palestinienne d’Hébron en Cisjordanie. Il a maintes fois fait les manchettes des journaux en organisant des marches provocatrices et d’extrême-droite à travers les villes palestiniennes en Israël. (Il en a organisé une cette semaine dans le village de Musmus, près de Umm al-Fahm.) Marzel devrait entrer pour la première fois au parlement israélien, la Knesset, rejoignant Ben Ari de Otzma LeYisrael.

Les affiches près de Nazareth posent une question directe en arabe : « Lequel allez-vous laisser faire [au parlement israélien] ? »

Dilemme

Les sondages laissent prévoir que le 22 Janvier, la majorité juive d’Israël élira la Knesset la plus à droite dans l’histoire d’Israël, ramenant le Premier ministre Benjamin Netanyahu au pouvoir à la tête d’une coalition faite d’ultra-nationalistes. Pour les citoyens palestiniens d’Israël qui représentent près d’un cinquième de la population totale, le dilemme a été de savoir comment répondre à ce résultat semble-t-il inévitable.

Lieberman, Ben Ari et Marzel font partie du cercle de plus en plus large de politiciens de droite qui veulent une Knesset « sans arabes ».

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Les nuances de la « démocratie » israélienne : Lieberman : « tuez tous les Palestiniens » – Netanyahou : « Tuez la plupart des Palestiniens » – Livni : « Tuez certains Palestiniens » (Dessin de Danziger – USA)

La part de l’électorat palestinien prêt à voter pour l’un des partis sionistes a diminué de façon spectaculaire au cours des 15 dernières années. En 1999, 31% des électeurs palestiniens votaient encore pour un parti sioniste. En 2009, ce chiffre était tombé à 17%, plus de la moitié de ce nombre s’expliquant par les communautés druzes et bédouines qui servent dans l’armée.

Par opposition, l’écrasante majorité des Palestiniens vote pour l’un des trois partis arabes ou majoritairement arabes (deux autres partis arabes ne devraient pas franchir le seuil permettant d’avoir un élu). Au cours des 15 dernières années, ces partis palestiniens, bien que sans influence dans le système politique, ont grandi en étant de plus en plus visibles grâce à leur exigence de l’égalité des droits pour leurs électeurs. Ils peuvent ne pas être en mesure d’imposer des changements, mais ils ont montré un talent certain pour embarrasser leurs collègues juifs en se servant de la Knesset – et de plates-formes à l’extérieur – pour dire des vérités sur lesquelles les Juifs israéliens préfèrent rester muets.

La présence de représentants palestiniens à la Knesset est menacée par deux phénomènes qui sont liées : un consensus entre les partis dominants de droite, pour dire que les organisations arabes sont une « cinquième colonne », et un débat interne au sein de l’électorat palestinien sur l’intérêt ou non d’une participation, dans le climat actuel, à la politique nationale.

Réduire au silence

Les partis sionistes, en particulier ceux à droite, ont cherché le moyen de réduire au silence les partis arabes, les groupes de défense des droits de l’homme et la Haute cour israélienne de justice considérée comme trop libérale. Sur la question des partis arabes, ils ont trouvé le soutien du service israélien intérieur du renseignement, le Shin Bet, qui a averti que les demandes de la minorité palestinienne pour l’égalité des droits – intégrées dans le programme : « un État pour tous ses citoyens » – constitue de la subversion et qu’Israël doit agir en conformité avec le principe d’une « démocratie qui se défend » (« La démocratie pour les Juifs seulement », Haaretz, 30 mai 2007).

Les trois principaux partis en lice pour les votes palestiniens peuvent être décrits comme représentant les communistes, les courants islamistes et nationalistes, chaque parti gagnant habituellement trois ou quatre sièges à la Knesset, laquelle comprend 120 députés.

Tous ont dû faire face aux attaques des partis sionistes, et plus largement des médias, pour ce qui est considéré comme leur « trahison », à cause de leur défense des droits des Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Dans le cadre de leur programme de politique intérieure – la campagne pour l’égalité des droits – ils se sont même retrouvés accusés d’agir comme un « cheval de Troie », c’est-à-dire de chercher à saper Israël comme État juif pour le compte de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et Gaza. C’est cette paranoïa entretenue et développée par les services de sécurité, qui a alimenté les exigences du gouvernement israélien pour que l’Organisation de Libération de la Palestine [OLP] reconnaisse Israël comme un État juif, comme condition préalable à des pourparlers de paix.

Dans ce climat de plus en plus hostile, le Front communiste s’en tire le mieux, même si son chef Mohammed Barakeh a été soumis par l’État à une série d’actions en justice sous des accusations assez douteuses, et est actuellement en procès pour avoir prétendument agressé un soldat lors d’une manifestation en Cisjordanie.

Les communistes bénéficient d’une certaine protection grâce au statut mixte judéo-arabe de leur parti, lequel comprend un Juif parmi ses quatre élus actuels à la Knesset. Toutefois, en cohérence avec l’effondrement de la gauche juive israélienne, l’écrasante majorité des membres du Front sont palestiniens et la composante juive fonctionne presque comme un parti dans le parti.

Le courant islamiste, connu sous le nom de Liste unie arabe, comprend, en pratique, non seulement la branche sud du Mouvement islamique mais aussi les factions socialement conservatrices et le parti monocratique Taal d’Ahmed Tibi, longtemps vilipendé par Israël pour ses liens étroits avec le défunt dirigeant palestinien Yasser Arafat.

Mais le centre de l’indignation des politiciens israéliens a été le parti de l’Assemblée nationale démocratique (NDA), créé en 1995, à la suite de la signature des accords d’Oslo. Son dirigeant initial, Azmi Bishara, qui a popularisé le slogan « un État pour tous ses citoyens », considérait la Knesset principalement comme « une arène de confrontation », l’utilisant pour dénoncer les limites de la démocratie d’Israël.

Bishara vit en exil depuis 2007, depuis que le Shin Bet l’a accusé, probablement à tort, d’avoir aidé le Hezbollah à cibler des sites en Israël pour ses roquettes durant l’agression israélienne contre le Liban l’année précédente.

Sa position d’ennemi public numéro un du sionisme a été usurpée de façon inattendue par Haneen Zoabi, élue à la Knesset sous l’étiquette AND [Assemblée Nationale Démocratique] aux dernières élections, en 2009. Elle est la première femme palestinienne à siéger à la Knesset pour un parti palestinien.

Son principal crime aux yeux des partis juifs est d’avoir participé à la flottille humanitaire qui a essayé de briser le siège de Gaza en mai 2010. Le navire de tête, le Mavi Marmara, sur lequel naviguait Zoabi, a été pris d’assaut par la marine israélienne dans les eaux internationales, et neuf militants humanitaires ont été tués.

zoabi_haneenZoabi est rentrée en Israël avec un témoignage de première main de la brutalité israélienne à bord du navire qui s’inscrivait en faux contre la version d’Israël sur ce qu’il s’était passé, et qui a aidé à alimenter les critiques internationales contre l’action d’Israël. Pour cela, elle a été harcelée sans relâche à la Knesset ; diabolisée par les politiciens et les médias ; et soumise à une vague de menaces de mort par l’opinion publique israélienne.

L’interdiction

La remise en question du droit des partis palestiniens, spécialement de l’AND, pour contester les élections nationales est devenue une caractéristique de chacune des campagnes de la dernière décennie. Mais les partis sionistes ont été capables de dépasser les simples menaces, avec des tentatives concertées visant à interdire les partis et les candidats individuels.

Cela a été possible parce que c’est un organisme éminemment partisan, la Commission centrale des élections, qui est chargé de superviser la façon dont la campagne est menée. La Commission, dominée par des représentants des principaux partis sionistes, s’est donnée une façade de légitimité en ayant un président également juge à la Cour suprême.

Aux élections de 2003 et de 2009, la Commission a tenté d’interdire l’AND, deux fois avec le soutien ouvert du Shin Bet, et aussi de cibler des éléments de la Liste unie arabe. Les décisions de la Commission ont toujours été cassées en appel devant la Cour suprême. Mais il est largement admis que, si l’un des partis arabes était interdit, les autres se retireraient également de la course.

Il semblait que cette élection allait se dérouler selon le même scénario. Mais si plusieurs motions de la droite ont bien proposé l’interdiction de la NDA et celle de la Liste unie arabe, elles ont été repoussées par la Commission, de justesse pour ce qui concerne l’AND.

La Commission a préféré prendre pour cible Haneen Zoabi, de l’AND, en lui interdisant de se porter candidate à la Knesset. La décision a été prise en dépit de l’avis consultatif du procureur général, Yehuda Weinstein, pour lequel il n’y avait « pas de preuves critiques exceptionnelles suffisantes » pour l’interdire.

La Loi fondamentale de la Knesset rend possible l’interdiction d’un parti ou d’un candidat individuel s’il a « incité au racisme, nié le caractère juif et démocratique d’Israël ; ou soutenu la lutte armée ou le terrorisme contre Israël.

La Commission a mis en avant à la fois la participation de Zoabi à la flottille humanitaire de 2010 pour Gaza, la qualifiant de « soutien au terrorisme », et son rejet d’Israël en tant qu’État juif et démocratique. Le dossier contre Zoabi était si léger que peu d’observateurs doutaient que la décision serait infirmée par la Cour suprême.

Les responsables de l’AND ont soutenu qu’elle n’avait pas choisi personnellement de participer sur le Mavi Marmara. Le Haut Comité de suivi, organisme représentant l’ensemble de la communauté, avait décidé que la minorité palestinienne devait être représentée, et c’est son parti qui l’a choisie. De même, ses positions idéologiques sur le caractère d’Israël ne font que traduire la plate-forme de l’AND.

Le parti a promis de boycotter l’élection si elle était interdite.

A l’évidence, il y avait d’autres problèmes avec ce dossier. Le procureur général avait clos l’enquête, sur sa participation sur le Mavi Marmara, en 2011, n’ayant recueilli aucune preuve qu’elle avait violé la loi. En outre, Israël n’avait pas déclaré l’IHH, le groupe turc derrière le Mavi Marmara, comme organisation « terroriste » au moment de la flottille. En fait, l’un des avocats de Zoabi, Hassan Jabareen, del’association Adalah pour les droits de l’homme, a surpris le tribunal en révélant que l’IHH n’avait été désigné comme telle que quelques semaines avant l’audience de la Cour.

Mais, comme l’a noté un éditorial de Haaretz, la preuve n’était pas le problème : « Nous avions affaire à une croisade politique contre tous les partis politiques arabes » (« Le test Zoabi » – 30 décembre 2012). Une enquête d’opinion en décembre a montré que 55% des juifs israéliens pensaient qu’une interdiction de Zoabi était justifiée.

La Cour suprême a annulé l’interdiction de Zoabi et ce, à l’unanimité. A la suite de cette décision, Zoabi a fait observer que « cette décision n’aidait guère à éliminer les menaces, la délégitimation et les violences physiques et verbales que j’ai subies – dans et hors la Knesset – au cours des trois années passées ». (“Supreme Court: MK Zoabi can run for Knesset,” Ynet, 30 December 2012).

Pour lui donner plus de gravité, elle avait espéré faire sa déclaration à la presse en sortant de la salle d’audience. Mais au lieu de cela, elle a dû être escortée en passant par une porte de derrière, pour sa sécurité, car plus d’une vingtaine d’extrémistes de droite, menés par Michael Ben Ari, lui barraient le chemin et avaient commencé à bousculer et menacer son escorte. Ben Ari et les militants de son parti, « Israël fort », se sont chargés dans la salle d’audience de dénoncer la décision des juges.

La décision a également été critiquée par les législateurs des autres partis de droite. A ce titre, Yariv Levine, député du Likoud (le parti du Premier Ministre Netanyahu) a déclaré : « Les juges de la Cour Suprême ne comprennent pas que la députée Hanin Zoabi n’a pas sa place au sein de la Knesset, à moins qu’elle ne s’y fasse exploser. » (“Right lambasts court after Israeli Arab MK cleared to run,” Israel Hayom, 30 December 2012)

Dans cette perspective, l’union sacrée entre le parti du Likoud et le parti Yisrael Beiteinu a, dans une déclaration conjointe, fait savoir qu’elle introduirait de nouvelles législations qui limiteront les droits des citoyens Palestiniens d’Israël et de leurs représentants : « Toute manifestation de soutien à la terreur devrait être un motif suffisant pour une disqualification aux élections à la Knesset. Le Likoud et Yisrael Beiteinu agiront immédiatement [à la prochaine Knesset] pour arranger et modifier les lois existantes. » (“Supreme Court allows MK Zoabi to run for election,” +972, 30 December 2012).

Basculement du centre-gauche

La commission centrale électorale a décidé de ne pas interdire la totalité de la liste de l’Assemblée Nationale Démocratique [AND]. Cette décision a surpris les observateurs étant donné la dominance de la droite. Dans cette optique, Aeyal Gross, professeur de droit à Tel Aviv estime que les membres du comité ont compris que leurs précédents efforts étaient voués à l’échec.

Cependant, il est assez difficile de croire que les membres du comité, pour la plupart d’entre eux, aient pu être objectifs. De toute façon, disqualifier les partis arabes, même s’il s’avère au bout du compte futile, recèle bien des avantages pour la droite : il renforce le message adressé aux électeurs Juifs que l’opinion publique palestinienne est la cinquième colonne. Il leur rappelle par ailleurs que le tribunal de grande instance doit être radicalement remanié afin qu’il soit responsable devant l’opinion publique.

Pour sa part, le secrétaire général de l’AND, Awad Abdel Fattah a donné une toute autre lecture à l’attitude du comité. Il a souligné que les partis de droite ont, comme à l’accoutumé, fiévreusement voté en faveur de l’interdiction de son parti. Ce dernier a été sauvé par le changement de position de ce qui a été qualifié de bloc du « centre-gauche. »

Cette appellation a été adoptée pour indiquer la capacité dudit bloc à devenir une véritable alternative à Netanyahu et à la droite. Mais à vrai dire, si ce même centre-gauche avait été adopté dans des pays autres qu’Israël, il aurait clairement signifié le « centre-droite. » En fait, ses trois principaux partis sont : le parti des Travailleurs de Shelley Yacimovich, le parti Hatnuah de Tzipi Livni et le parti Yesh Atid de l’ancien présentateur de télévision Yaïr Lapid. Ces derniers sont encore fortement influencés par la doctrine économique néolibérale. Ils n’ont pas contesté le budget galopant de la défense ni proposé un moyen pour boucher le déficit record généré, mais ils ont bien gardé le conflit israélo-palestinien au cœur de leur programme.

En fait, si les partis se réfèrent à la gauche ou au centre c’est parce qu’ils insistent sur la nécessité de diminuer les tensions nées sous Netanyahu et qui ont touché les sponsors d’Israël, à l’instar des États-Unis et de l’Union Européenne. Ainsi, le centre-gauche est préoccupé quant à l’image d’Israël à l’étranger et aux concessions nécessaires à faire, notamment la relance d’un long et interminable processus de paix avec les Palestiniens et ce, afin d’empêcher une nouvelle détérioration de la position stratégique d’Israël.

Et ce sont ces comportements qui amènent Abdel Fattah à penser que le centre-gauche commence à paniquer, craignant que l’élan du changement à droite ne soit rapidement difficile à arrêter. Sans une action commune et concentrée pour consolider une opposition crédible à Netanyahu, Israël avance à grande vitesse vers la mise en place interne d’un véritable statut de fasciste, et celui de paria à l’étranger.

Coup de force de l’extrême droite

Durant la campagne électorale, l’écart sur la droite était perceptible à travers deux principaux éléments.

Le premier point était le coup efficace de l’extrême droite du Likoud lors des récentes primaires. En effet, les quelques derniers « modérés » ont été remplacés par les ultranationalistes, y compris des colons religieux, dont la tête de proue controversée n’est autre que Moshe Feiglin. Ce dernier a remporté la 23ème place sur la liste commune avec Yisrael Beiteinu, assurant ainsi sa place au parlement pour la première fois de son histoire.

Le deuxième point est la montée rapide du Jewish Home party (Parti La Maison Juive),avec à sa tête le nouveau leader Naftali Benett, ancien chef de cabinet de Netanyahu.

Bennett a recréé la faction en lui ôtant l’image d’un simple parti de colons. Entrepreneur dans la haute technologie, Bennett a su gagner le soutien des convertis du centre en mettant en exergue l’objectif de « retour aux valeurs juives. »

Selon les derniers sondages, la Maison Juive qui est en train de rafler les votes du Likoud, pourrait devenir le deuxième ou troisième plus grand parti, juste derrière l’alliance Likoud-Beiteinu. Contrairement à l’équivoque trompeuse de Netanyahu sur un état palestinien, Bennett parle franchement : « Je veux que le monde comprenne l’équation suivante : un état palestinien signifie aucun état israélien » tout en demandant l’annexion immédiate par Israël de plus de terres de la Cisjordanie. (“L’interview de Naftali Bennett : ‘There won’t be a Palestinian state within Israel’,” Guardian, 7 January 2013).

Face à ces tendances, ledit « bloc de centre-gauche » semble faiblir. Lors des élections de 2003 et 2009, le bloc avait voté avec la droite dans la Commission Électorale Centrale en faveur de l’interdiction de l’AND, tandis que cette fois, sa position a changé en faveur de l’AND en s’opposant à la décision de la disqualification du parti. Autrement dit, au lieu de chercher à vider la Knesset de la présence palestinienne, le « centre-gauche » semble avoir décidé qu’une présence palestinienne serait dans son intérêt.

Ceci explique peut-être l’éditorial peu orthodoxe et condescendant du quotidien libéral Haaretz de cette semaine qui, en arabe, a exhorté les Palestiniens à participer à l’élection. Le titre leur donnait tout simplement l’ordre « Allez voter ! » (« Allez voter ! », le 15 janvier 2013)

Appels au boycott

La préoccupation exprimée par Haaretz est motivée par la chute constante du taux de participation de la minorité palestinienne, enregistrée dans chaque élection au fil des dix dernières années. En 1999, alors que l’optimisme de l’ère Oslo régnait encore, les trois-quarts de l’électorat palestinien avaient voté. Dix ans plus tard, c’est-à-dire en 2009, ce chiffre a baissé de 53%, le taux le plus bas dans l’histoire de la communauté.

Dans ce cadre, les sondages menés par Asad Ghanem de l’Université de Haïfa prédisent un scénario probable selon lequel, ce sera la première fois que moins de la moitié de l’électorat palestinien voterait lors de l’élection pour la Knesset.

Cette indifférence reflète les différents changements qui ont touché la minorité palestinienne.

Certains peuvent être attribués à un mouvement organisé pour le boycott, initié en 2006 par le petit mouvement nationaliste laïc palestinien « Enfants du Pays » (Abna al-Balad). Le Comité populaire pour le boycott des élections à la Knesset a gagné le soutien d’universitaires et d’intellectuels.

Ce week-end, des militants pour le boycott devaient organiser une journée de tournées en voiture pour diffuser leur message à travers des dizaines de villes et villages palestiniens, en commençant par la Galilée centrale, traversant Nazareth, puis se terminant dans Umm al-Fahm au sud.

Un boycott a également été la position par défaut du Mouvement islamique du Nord, dirigé par le personnage très populaire de Sheikh Raed Salah, depuis que le mouvement s’est scindé en deux en 1996. L’aile sud a décidé de participer à l’élection, avec la conviction qu’une solution à deux États, inspirée d’Oslo, était à portée de main. Salah a été le principal bénéficiaire du discrédit progressif du processus d’Oslo.

Mais selon Mohammed Zeidan, le responsable à Nazareth de l’Association arabe pour les droits de l’homme, l’opinion dominante dans le discours populaire, avant toute justification de boycott, est que le vote est un acte inutile et que les partis arabes sont inefficaces.

La mise à l’écart des citoyens palestiniens du système politique a été mise en évidence dans une étude présentée à l’Université de Haïfa en décembre dernier. Cette étude montre que 79 % [des électeurs palestiniens] avaient peu ou pas confiance dans les institutions publiques, y compris la Knesset, et que 67 % d’entre eux n’avaient pas confiance dans les partis arabes.

Zeidan met le doigt sur un manque de campagne dans les communautés palestiniennes, en dehors des panneaux d’affichage. « C’est presque comme si les partis [palestiniens] étaient eux-mêmes trop gênés de montrer leurs visages en campagne électorale ».

Il a également noté une franchise parmi les personnes qui ont déclaré qu’elles n’iraient pas voter. « Parmi les jeunes, cette tendance est particulièrement forte. Ils indiquent clairement que la Knesset et les partis [palestiniens] ne les représentent pas ».

Il ne s’agit que d’une évaluation, même si les partis eux-mêmes sont prêts à y abonder. Jamal Zahalka, responsable du groupe de l’AND à la Knesset, a déclaré : « Nous essayons d’encourager les Arabes à voter parce que c’est important, mais vous ne pouvez pas les blâmer quand ils voient le peu de pouvoir que nous avons au parlement ».

La plupart du temps en toute discrétion, les partis [arabes] ont délibéré sur comment faire face à la baisse rapide du taux de participation. Les affiches mettant en vedette Lieberman, Ben Ari et Marzel – dans le cadre de la campagne de l’AND – étaient destinés à jouer sur les craintes de la communauté à l’égard de la droite fasciste.

Mais selon les sondages, le moyen le plus susceptible d’augmenter le vote serait, pour les partis, de présenter une liste commune pour la Knesset. Au mois d’octobre, lorsque l’élection a été annoncée, une campagne dans les réseaux sociaux a été lancée, exhortant les partis à coopérer plus étroitement afin qu’ils puissent gagner un plus grand nombre de sièges et gagner ainsi une plus grande influence.

Cependant, le Front communiste aurait opposé son veto à cette éventualité, apparemment inquiet que l’union avec les deux autres partis arabes ne lui aliène le soutien juif et mettre fin à sa tradition d’être un parti judéo-arabe.

Une solution plus radicale, à nouveau contestée par le Front communiste, serait d’abandonner la Knesset et de mettre en place un parlement arabe avec des élections directes. Un de ses premiers actes serait d’exiger l’autonomie culturelle et éducative.

L’idée d’un parlement autonome a été l’objet de discussions depuis plus d’une décennie, mais jusqu’à présent en vain. Mais cette fois-ci, une très faible participation pourrait pousser plus avant le projets des partis palestiniens.

Peur du centre-gauche

Ce ne sont pas seulement les partis arabes qui sont inquiets du faible taux de participation attendu. Le « centre-gauche » juif semble avoir réalisé que cela peut lui causer également du tort, même si quelques citoyens palestiniens votent encore pour des partis sionistes. Le dommage est possible pour deux raisons – une stratégique, l’autre pragmatique – selon les explications de Amal Jamal, professeur de sciences politiques à l’Université de Tel-Aviv.

La première est que, si la Knesset ne représente plus les citoyens palestiniens, que ce soit suite à un boycott réussi ou en raison d’une interdiction par la droite, la domination israélienne sur sa minorité palestinienne paraîtra de plus en plus illégitime et de plus en plus comme une variante de l’Apartheid. Dans de telles circonstances, le rôle du centre-gauche dans la défense de la position d’Israël à l’étranger – son atout-maître pour contrebalancer son poids de plus en plus réduit à l’intérieur – risque de devenir inutile. Le centre-gauche pourrait rapidement se retrouver dans un cercle vicieux de marginalisation politique et diplomatique.

La seconde, plus préoccupante pour le centre-gauche, est l’un de ses « calculs politiques cyniques, » dit Jamal. Un faible taux de participation des électeurs palestiniens se traduira par un faible nombre de sièges, ce qui à son tour rendra encore plus désespérées les chances de construire un bloc crédible à la Knesset pour contester Netanyahu et la droite.

Sans une forte présence des partis palestiniens, le centre-gauche n’a aucun espoir de goûter au pouvoir. Au contraire, ses élus seront encore plus susceptibles de se quereller les uns les autres pour se disputer un strapontin quelconque et pouvoir s’asseoir docilement en marge de la coalition au pouvoir.

Selon Jamal, « beaucoup des membres des partis de centre-gauche n’ont pas de véritable penchant pour les partis arabes, mais ils comprennent qu’ils ont besoin que ces partis soient bien représentés pour pouvoir gêner Netanyahu ».

Deux semaines avant le jour du scrutin, les partis de centre-gauche ont réalisé ce qui ressemblait étrangement à un geste désespéré de dernière minute envers les citoyens palestiniens pour les inciter à voter. Ils ont signé un pacte dans lequel ils s’engagent à mettre fin à l’inégalité entre les Juifs et les Arabes dans les 10 ans à venir. Parmi les partis arabes, seule le Front communiste a apposé sa signature.

La réunion a eu peu d’écho dans les médias arabes. Parmi les rares dans la minorité arabe, à être au courant, le sentiment dominant était que cet engagement serait encore une promesse vite oubliée.

Ramez Jeraisi
, maire de Nazareth et membre du Front communiste qui a signé le document, résume l’état d’esprit : « Nous avons une large expérience de discussions et déclarations qui n’ont jamais été mises en œuvre, et je ne m’attends pas à un changement dans la réalité. »


(*) L’article a été publié le 18/1/2013 sur The Electronic Intifadah le 18/1/2013.
Traduction : Info-Palestine.eu

jonathan_cook_250Jonathan Cook est lauréat du prix spécial Martha Gellhorn de journalisme. Ses ouvrages récents sont « Israel and the Clash of Civilisations: Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East » (Israël et le choc des civilisations : l’Irak, l’Iran et le plan de remodelage du Moyen-Orient) (Pluto Press) et Disappearing Palestine: Israel’s Experiments in Human Despair (La disparition de la Palestine : expérimentations israéliennes autour du désespoir humain) (Zed Books). Son nouveau site Internet est : www.jonathan-cook.net.

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