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Les palestiniens doivent dire non aux négociations avec Israël (Amira Hass)

Amira Hass

Les manœuvres diplomatiques aux Nations-Unies, si rafraîchissante que soir leur audace, ne suffisent pas.

Maintenant que la Palestine a été reconnue par l’Unesco, l’organisation culturelle des Nations-Unies, elle ne sera toujours pas davantage qu’un non-État et ne restera pas moins occupée qu’elle ne l’était auparavant. Ses citoyens ne seront pas moins privés de liberté qu’ils ne le sont aujourd’hui, et pas moins soumis non plus au joug de la domination étrangère israélienne.

Mais leur désobéissance civile à Israël, aux États-Unis et au Quartet [1] relance l’espoir que les Palestiniens ne retournent pas à la table des négociations, puisque ces négociations sont devenues un obstacle au processus de décolonisation, condition essentielle pour la paix.

La demande d’affiliation des Palestiniens aux Nations-Unies a été bien accueillie, même par les critiques qui s’en prennent d’ordinaire à l’Autorité palestinienne, du fait qu’elle a été perçue comme la conclusion, même très tardive, d’un chapitre exagérément long.

Ce fut le chapitre dans lequel, en échange de garanties douteuses et de miettes de privilèges pour un groupe restreint, la direction palestinienne participa à une parodie de négociations, alors qu’en réalité, le territoire prévu pour la concrétisation du droit des Palestiniens à l’autodétermination ne cessait d’être réduit et morcelé.

Ce chapitre dénonçait le fait que les partis des divers gouvernements israéliens de coalition ne sont en désaccord que sur un point : le nombre et la taille des bantoustans palestiniens dans le maître plan israélien.

Les Palestiniens ordinaires ont compris la demande adressée aux Nations-Unies comme un acte créant de nouvelles règles du jeu. Par conséquent, maints partisans du changement s’éveillent le matin avec des trépidations; la tactique du rouleau compresseur appliquée par l’Union européenne et les États-Unis a-t-elle fonctionné ?

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et ses sempiternels négociateurs sont-ils retournés à la même table stérile, alors qu’il est évident qu’Israël n’a nullement l’intention de modifier son maître plan ?

Helga Schmid

Helga Schmid

L’extrême degré de prostitution du terme « négociations de paix » peut se retrouver dans une remarque adressée par l’envoyée de l’U.E. au Quartet, Helga Schmid.

Le 26 octobre, dans une ultime tentative désespérée du Quartet de dissuader les Palestiniens d’adresser leur demande à l’Unesco, elle a déclaré – selon des sources de Ramallah – que la demande d’affiliation est semblable à la construction dans les colonies : c’est une provocation.

Il ne suffit plus que les pays de l’U.E. ne punissent pas Israël pour l’installation de ses colonies (Ma’aleh Adumim ou Givat Assaf, toutes sont également criminelles) : désormais, l’envoyée de l’U.E. établit une symétrie entre les années de violence de la part du suzerain occupant et la légitime défense de la part de l’occupé.

Et, effectivement, les accords d’Oslo ont créé une fausse symétrie entre l’occupant colonisateur et l’occupé colonisé. Cette symétrie a refusé aux Palestiniens un atout important en faveur de leur indépendance : la reconnaissance de principe des Israéliens et la responsabilité internationale d’avoir fait du tort aux Palestiniens et de leur avoir volé leur patrie et leurs droits.

Mais les pays occidentaux – et les États-Unis en tête – n’ont même pas conservé cette symétrie. Tout au plus ont-ils réprimandé Israël, tout en améliorant sensiblement son statut économique et politique international et en démontrant que l’occupation était rentable. Mais ils ont puni – et continuent de le faire – les Palestiniens comme s’ils étaient les agresseurs.

Dans un réflexe néocolonialiste conditionné, le Quartet a brandi sa menace : le grand patron allait cesser de verser sa contribution à l’Unesco : « Honte à vous, les autochtones, c’est votre faute.« 

C’est une menace qui crisse dans les oreilles, tellement différente de la musique qui émerge d’Occupy Wall Street et des mouvements du même genre. Mais les manœuvres diplomatiques des Nations unies, si rafraîchissante que soit leur audace, ne suffisent pas.

Des allusions à la possibilité de démantèlement de l’Autorité palestinienne ne suffisent pas non plus pour montrer clairement que les pyromanes de Jérusalem mettent en danger le bien-être tant des Palestiniens que des Israéliens, sans parler du bien-être de bien d’autres dans cette région et au-delà.

Il n’y a pas de substitut à la stratégie de la résistance populaire, dans laquelle il n’y a pas de VIP distingués pour observer sur le côté (et il n’y en a pas plus aux roquettes Qassam ou autres méthodes visant des civils, qui ont d’ailleurs prouvé leur nullité pratique et morale).

Mais ne pas retourner aux négociations est une démarche essentielle afin d’interrompre la routine de la dépossession, dont le Quartet est partenaire.


[1] Le « Quartet » est composé de l’ONU, des Etats-Unis, de l’Union Européenne et de la Russie

Article publié par Haaretz le 2 novembre 2001, sous le titre «Palestinians Must Say No to Negotiations With Israel»

Amira Hass est une journaliste vedette du quotidien israélien Haaretz. Elle était, en qualité de journaliste, à bord du « Tahrir » (en compagnie de nos camarades Yannick Vanonckelen, Josy Dubié et Guido Gorissen) en juillet dernier lorsqu’ils furent pris en otage par le gouvernement grec soumis au chantage d’Israël et des États-Unis.
Elle a été pendant de longues années l’unique journaliste israélien à vivre à Gaza, et a notamment écrit « Boire la mer à Gaza » (Editions La Fabrique).

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