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Les ouvriers palestiniens dans les colonies israéliennes : le Moyen-Age au XXIème siècle

Luc Delval

Raëd Abuyussuf est un Palestinien de la région de Al Khalil (Hébron), qui depuis deux ans travaille pour l’ONG israélienne “Kav LaOved”, et plus précisément pour sa section autonome de Palestine occupée (la Cisjordanie). “Kav LaOved” a été créée en 1992 pour venir en aide aux ouvriers palestiniens qui travaillaient à l’époque en Israël, dans des conditions d’exploitations qui à bien des égards défiaient l’imagination, s’agissant d’un pays développé au XXème siècle.

Après les accords d’Oslo et l’intifada, les ouvriers palestiniens n’ont, pour la plupart, plus été autorisés à travailler en Israël, et ont été remplacés par des migrants venus de partout – Chine, Taïwan, Turquie, Roumanie et divers pays africains… – à la défense desquels “Kav LaOved” se consacre désormais principalement.

Progressivement, cependant, des entreprise israéliennes de plus en plus nombreuses se sont établies en Cisjordanie. Au début il s’agissait surtout de petites entreprises plutôt artisanales, mais progressivement de sont de vraies zones industrielles qui ont été créées dans les colonies juives de Cisjordanie. Ainsi, par exemple, plus de trois mille ouvriers palestiniens franchissent chaque jour les chekpoints israéliens pour se rendre au travail dans la zone industrielles de Barqan, à une dizaines de kilomètres à vol d’oiseau de Qalqiliya (dans le nord-est), où se sont installées des entreprises de la chimie, de la métallurgie, etc…

A Tulkarem (plus au nord encore), se trouve une entreprise qui travaille le caoutchouc (jugée trop polluante pour rester à Haïfa), dont l’activité rend périodiquement l’air de la ville irrespirable. Entre 20 et 30.000 ouvriers palestiniens travaillent actuellement dans ces entreprises coloniales (il s’agit d’une estimation, en l’absence de chiffres officiels).

A partir de 1998, “Kav LaOved” a donc décidé de créer une section palestinienne – autonome dans la définition de sa politique et dans son expression publique (ses publications parlent sans détours de l’occupation et utilise des termes comme “colonies”, qui sont tabous dans les publications israéliennes).

Actuellement 5 personnes travaillent dans cette section de “Kav LaOved”, et s’emploient principalement à informer les ouvriers palestiniens travaillant dans les colonies – “ce ne sont pas des traîtres, souligne Raëd Abuyussuf, juste des travailleurs comme les autres qui n’ont pas d’autre moyen de faire vivre leur famille. Ou bien on leur propose autre chose, ou bien on les aide à se défendre, il n’y a pas d’autre alternative – et à les aider à s’organiser collectivement.

La législation à laquelle sont soumis travailleurs et employeurs dans les territoires palestiniens est un véritable casse-tête. Il n’y a pas bien longtemps, c’est la législation jordanienne d’avant 1949, elle-même dérivée de la législation instaurée auparavant par l’occupant britannique, qui était appliquée. Essayez d’imaginer à quoi pouvait ressembler une loi sur le travail du royaume hachémite il y a 60 ans… ! En Jordanie cette loi a été depuis longtemps amendée, mais en Palestine elle régit toujours les rapports entre certains employeurs et leurs travailleurs.

En 2007, pourtant, la Cour suprême israélienne a décidé, dans le cadre d’un recours introduit par “Kav LaOved” que c’est la législation du travail israélienne qui doit s’appliquer quand l’employeur est israélien. Mais les patrons juifs freinent des quatre fers, car cela impliquerait notamment le respect du salaire minimum, ce dont bien évidemment ils ne veulent à aucun prix, puisqu’ils sont en grande partie venus dans les territoires occupés depuis 1967 justement pour payer des salaires très inférieurs. L’application de la loi garantirait aussi le maintien de la rémunération à hauteur de 70% en cas d’incapacité de travail consécutive à un accident ou à une maladie professionnelle, et la prise en charge des frais médicaux.

En pratique, rien de tout cela n’est appliqué dans l’immense majorité des cas.

En pratique, donc, et faute d’une information suffisante des travailleurs et d’une capacité à s’organiser collectivement dans le contexte d’une occupation militaire et d’un marché du travail très défavorable aux travailleurs, la décision de la Cour suprême israélienne reste très largement lettre morte.

Voilà quelle est la toile de fond du témoignage de Raëd Abuyussuf, que vous allez découvrir ci-dessous :

La défense des droits élémentaires des ouvriers palestiniens dans les colonies from Luc Delval on Vimeo.

Précisons que la production israélienne de dattes a été, en moyenne entre 2000 et 2006, de 14.685 tonnes par an (et non de « millions de tonnes » comme évoqué dans l’interview). C’est de “milliers” de tonnes supplémentaires avec les plantations en cours et non de “millions” qu’il fallait parler.

Luc Delval


 

Kav LaOved a un site web : http://www.kavlaoved.org.il/default_eng.asp (en anglais).

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