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Israël cible délibérément les enfants de Gaza : «Les os sont littéralement pulvérisés», témoigne Thierry, chirurgien MSF à Gaza

De quoi les milieux sionistes éprouvent-ils l’impérieux besoin de détourner l’attention ? Après tout, les médias européens se montrent comme de coutume d’une extraordinaire indulgence à l’égard d’Israël, qui bénéficie depuis bien longtemps d’un permis de massacrer en toute impunité.

C’est que l’ignominie des actes de l’armée israélienne est telle que ces médias ne peuvent plus constituer une digue totale­ment efficace pour protéger Israël et le sionisme. S’il n’y a pas de grande manifes­tations anti-israé­liennes dans nos rues, le mouvement BDS ne cesse pour sa part de progresser, ce qui témoigne du mépris justifié d’une partie grandis­sante d’entre nous pour Israël et son gouver­nement fasciste 1.

Un général israélien a confirmé que lorsque les snipers stationnés le long de la frontière israélienne avec Gaza tirent sur des enfants, ils le font délibérément, obéissant à des ordres clairs et spécifiques. Dans une interview à la radio, le Brigadier-général (de réserve) Zvika Fogel – dont les propos pourraient vraisemblablement être utilisées comme preuve de leurs intentions criminelles si des dirigeants israéliens étaient un jour jugés pour crimes de guerre devant la Cour pénale internationale – a décrit comment un tireur “d’élite” identifie le «petit corps» d’un enfant et reçoit l’ordre de tirer. 

«Je sais comment ces ordres sont donnés. Je sais comment un tireur d’élite ouvre le feu. Je sais combien d’auto­risations il a besoin avant d’avoir le droit d’ouvrir le feu. Ce n’est pas le caprice de l’un ou l’autre tireur d’élite qui identifie le petit corps d’un enfant et décide à l’instant qu’il tirera. Quelqu’un lui marque très bien la cible et lui dit exactement pourquoi il faut tirer et quelle est la menace que représente cet individu.»

Fogel, qui est l’ancien chef d’état-major du «commandement sud» de l’armée israélienne, qui comprend la bande de Gaza occupée, va jusqu’à demander une certaine indulgence pour les snipers israéliens dont la tâche est bien difficile, car – souligne-t-il – tirer sur un enfant est plus compliqué car la cible est plus petite : “A mon grand regret, parfois quand vous tirez sur un petit corps et vous avez l’intention de frapper son bras ou son épaule, la balle va encore plus haut».  Autrement dit, dans la tête, comme ce fut le cas vendredi dernier pour Mohammed Ayoub (15 ans).

«Toute personne qui se rapproche de la clôture [qui sépare Israël de la Bande de Gaza soumise au blocus], quiconque pourrait constituer une menace future 2 à la frontière de l’État d’Israël et de ses résidents, devrait payer le prix de cette violation».

Et d’ajouter : «Si cet enfant ou quelqu’un d’autre s’approche de la clôture pour cacher un engin explosif ou vérifier s’il y a des zones mortes ou pour couper la clôture afin que quelqu’un puisse s’infiltrer dans le territoire de l’État d’Israël pour nous tuer…
Alors sa punition est la mort ?, intervient le journaliste.
Sa punition est la mort», répond le général dont les propos confirment pleinement ceux d’un porte-parole de l’armée le 31 mars dans un tweet qui fut rapidement escamoté :
 

«Nous savons où chaque balle a atterri» écrivait le porte-parole de l’armée : c’est sur ordre et de manière parfaitement délibérée que les soldats, qui tirent par-dessus la frontière, abattent des enfants en utilisant des balles qui causent des blessures dévastatrices.

Ce ne sont en effet pas non plus les dernières informations émanant de «Médecins sans Frontières» qui vont redorer le blason israélien :

Médecins sans Frontières : “Des blessures dévastatrices d’une sévérité inhabituelle”

Pour tirer à bonne distance (hors de son territoire) sur des civils non armés, dont des enfants – ce qui en soit est déjà criminel – l’armée israélienne choisit à dessein d’utiliser des balles qui provoquent des mutilations particulièrement graves, provoquant souvent des infirmités irréparables. Qui peut croire que c’est d’assurer la sécurité d’Israël qu’il s’agit ?

«Depuis le 1er avril, les équipes de Médecins Sans Frontières à Gaza ont accueilli en soins postopératoires près de 500 personnes blessées par balles lors de la « Marche du retour ». En trois semaines, l’association a traité plus de patients que lors de toute l’année 2014, qui avait pourtant connu l’offensive israélienne « Bordure protectrice ».

Le personnel médical de MSF fait état de blessures dévastatrices d’une sévérité inhabituelle, extrêmement complexes à soigner et qui laisseront de lourdes séquelles à la majorité des patients.

Alors que les équipes médicales des hôpitaux de Gaza se préparent à faire face à un possible nouvel afflux de blessés ce vendredi, les chirurgiens MSF présents sur place font état de blessures par balle réelle dévastatrices parmi les centaines de personnes atteintes lors des manifestations des dernières semaines. Dans les cliniques prodiguant des soins postopératoires spécialisés, l’énorme majorité des patients – des hommes pour la plupart, mais aussi quelques femmes et des enfants – présente des blessures d’une sévérité inhabituelle aux membres inférieurs.» (communiqué du 19 avril)

Le 19 avril, Thierry Saucier, chirurgien orthopédiste pour MSF à Gaza a apporté les précisions suivantes. Il détaille la complexité de la prise en charge des centaines de personnes blessées lors des manifestations des dernières semaines. Ces blessures, très graves, imposent d’importants défis aux chirurgiens, et nécessiteront des mois, voire des années de soins.

«Quels types de blessures observez-vous aujourd’hui parmi les blessés de Gaza ?

Il s’agit de blessures par balles réelles, ciblant dans plus de 95% des cas, les membres inférieurs, et notamment les genoux. Nous constatons également quelques blessures par balle à l’abdomen et aux membres supérieurs.

Ce qui est plus impressionnant, chez les patients que nous rencontrons depuis trois semaines, ce sont les orifices de sorties des balles. Lorsqu’une balle traverse un corps, elle présente toujours un orifice de sortie légèrement plus large que celui d’entrée. Mais chez les patients que nous traitons aujourd’hui dans nos cliniques de soins postopératoires, l’orifice de sortie témoigne d’une destruction inhabituelle des tissus mous et des os à l’intérieur de la plaie. L’orifice de sortie est démesurément plus large. Il peut avoir la taille d’un poing, voire d’une main ouverte. Ces lésions spectaculaires sont évidemment difficiles à réparer et nécessiteront souvent des greffes ultérieures.»

Cela s’explique par l’utilisation par l’armée israélienne de balles à effet explosif, comme le décrit le chirurgien Christophe Oberlin, de retour de Gaza, dans un précédent article.

Les balles de ce type sont interdites depuis le XIXème siècle par une convention internationale, de sorte que leur utilisation par “l’armée la plus morale du monde” de “l’État juif et démo­cratique” constitue en soi un crime de guerre. Un de plus.

L.D.       

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Notes   [ + ]

1. Des auteurs israéliens publiés ici-même au fil du temps, parmi bien d’autres, attestent que le mot n’est pas ici utilisé à la légère :

On ne peut pas éternellement dire qu’Israël “va vers le fascisme” et expliquer pourquoi sans devoir constater un jour qu’il est parvenu à cette destination. Ce jour est arrivé. – L.D. 

2. nous soulignons – NDLR

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