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Les organisateurs du Giro se couchent devant la colère du gouvernement israélien

Les organisateurs du Tour d’Italie ont pris la décision scandaleuse de faire partir l’édition 2018 de la course de Jérusalem. De “Jérusalem-Ouest” précisent les documents qu’ils ont publiés. Grosse colère des Israéliens pour qui il n’ a « qu’un seul Jérusalem, capitale d’Israël ».

« A Jérusalem, la capitale d’Israël, il n’y a pas d’est ou d’ouest 1. Il n’y a qu’un seul Jérusalem unifié », ont écrit les ministres des sports, Miri Regev, et celui du tourisme, Yariv Levin, dans un communiqué assorti d’une menace : « Si l’écriture ne change pas, le gouvernement israélien ne sera pas partenaire de l’événement. »

Les ministres d’un gouvernement qui ne respecte pas les règles les plus élémentaires du droit international et bafoue en permanence les décisions du Conseil de sécurité de l’ONU reprochent donc aux organisateurs du Giro une « rupture des accords avec le gouvernement israélien », lequel a dépensé, selon les médias locaux, une dizaine de millions d’euros pour accueillir l’événement, entre l’argent versé à la société organisatrice et les frais logistiques et de sécurité particulièrement élevés.

Selon l’hebdomadaire spécialisé Cycling Weekly, c’est également Israël qui aurait promis 1 à 2 millions d’euros à Christopher Froome pour qu’il participe au Giro, pour la première fois depuis 2009.

Au lieu de les prendre au mot, et de saisir l’occasion pour sortir de ce guêpier en démontrant leur attachement aux valeurs démocratiques, les organisateurs du Giro ont réagi comme de vulgaires diplomates européens : ils se sont couchés devant les exigences israéliennes et dès jeudi ils ont commencé à “corriger” leurs documents.

Dans un communiqué, l’organisateur RCS a réaffirmé que le départ serait donné « de la ville de Jérusalem » et que l’emploi du terme « West-Jerusalem » était dû « au fait que la course aura lieu concrètement dans cette partie de la ville ». L’organisateur du Tour d’Italie avait dans un premier temps argumenté sa décision d’inclure Israël dans le parcours de sa course en faisant valoir que les coureurs ne passeraient pas dans les territoires palestiniens occupés. En cédant aux éructions de Regev et Levin il démontre en quelque sorte que ce n’était pas vraiment fait exprès…

Comme le note “Le Monde”, «voilà RCS, groupe de presse milanais propriétaire du Giro, pris au piège qu’il souhaitait éviter : la politisation d’un grand départ organisé, pour la première fois dans l’histoire des grands tours cyclistes, hors d’Europe. Rencontré au début de novembre à Londres, le directeur du Giro, Mauro Vegni, tenait un discours rodé sur l’aspect strictement sportif du départ de son épreuve en Israël : “Nous ne voulons absolument pas passer un message politique, assurait-il au Monde. Nous faisons du sport, du cyclisme, et c’est une opportunité pour nous. Stop. Rien de plus. Il n’y a rien de politique.» Tu parles !

“Le Monde” ajoute d’ailleurs que «Mauro Vegni ne se berçait toutefois pas d’illusions sur les présumées vertus diplomatiques du sport ni sur l’utilisation politique qu’en ferait Israël, dont il s’agaçait à l’avance. Depuis qu’il a obtenu l’organisation de la  “grande partenza” du Giro, Israël le revendique comme le plus grand événement sportif jamais organisé dans le pays. L’Etat hébreu s’attache ces dernières années à accueillir des compétitions, qu’il s’agisse du premier tour du championnat d’Europe de basketcette année ou des prochains championnats d’Europe de judo».

Tout fait farine au moulin de la propagande israélienne, et le sport-spectacle est un champ de manœuvres particulièrement commode, où depuis longtemps l’éthique ne pèse plus très lourd face à l’argent (en grandes quantités).

L.D.            

Lire également : “Ne pédalez pas pour l’apartheid israélien” (1/12/2017)

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Notes   [ + ]

1. Pour l’ONU et la quasi-totalité des États du monde, Jérusalem-Est et bel et bien un territoire occupé. Si la mythique “solution à deux États” s’était concrétisée, l’État de Palestine était même supposé en faire sa capitale. L’annexion de Jérusalem-Est par Israël n’a, en droit international, aucune valeur. – NDLR