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Les Occidentaux sont prêts à accorder le bénéfice du doute aux Palestiniens. Israël est divisé

Laurent Zecchini (Le Monde)

Benyamin Nétanyahou est-il rentré à Jérusalem, vendredi 6 mai, avec des illusions ? Le premier ministre israélien, selon son entourage, est  » satisfait «  de ses entretiens avec Nicolas Sarkozy, le président français, et David Cameron, le premier ministre britannique. Comme le but de ce voyage était de dissuader les Européens d’apporter leur soutien à la stratégie des Palestiniens visant à obtenir la reconnaissance de leur État, en septembre, par l’Assemblée générale des Nations unies, M. Nétanyahou croit-il avoir obtenu satisfaction ?

 » Il a choisi l’autosatisfaction, instrument essentiel du système Nétanyahou, ce qui est une manière de contrôler le message « , corrige un diplomate israélien. Or, si l’Allemagne, allié le plus fidèle d’Israël en Europe, s’oppose a priori à toute démarche  » unilatérale «  palestinienne à l’ONU, la France et le Royaume-Uni n’en rejettent plus le principe. Paris laisse même entendre qu’une telle décision politique est prise.

A Jérusalem, les diplomates israéliens envisagent les conséquences d’un tel scénario : dans le sillage de la France, d’autres pays pourraient suivre, comme l’Espagne, la Suède, l’Irlande et la Belgique, voire le Royaume-Uni, ce qui accroîtrait singulièrement l’isolement d’Israël.

L’autre illusion guettant M. Nétanyahou serait de croire que ses interlocuteurs n’accordent aucun bénéfice du doute à la réconciliation interpalestinienne.

Loin de qualifier cette initiative de  » victoire du terrorisme « , comme l’a fait M. Nétanyahou, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, comme MM. Sarkozy et Cameron, se sont bornés à demander des  » clarifications « . Certes, sur le fond, rien n’a changé : à Washington, Paris, Londres et Berlin, on continue d’exiger du Hamas, s’il veut être reconnu par la communauté internationale, qu’il accepte les conditions fixées par le Quartet (États-Unis, Nations unies, Union européenne et Russie).

Ce qui signifie le renoncement à la violence, la reconnaissance du droit à l’existence d’Israël et l’acceptation des accords passés entre l’État juif et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Les responsables du Hamas ont opté, depuis l’accord du Caire, pour une rhétorique plus modérée : Khaled Mechaal, chef du bureau politique, assure que la résistance est un moyen et non une fin, fait sien l’objectif de deux États (ce qui pourrait constituer l’amorce d’une reconnaissance d’Israël) et rappelle que le Hamas respecte une trêve de fait avec l’État juif.

S’il est prématuré de parler d’un aggiornamento, le Hamas opère néanmoins une réévaluation stratégique : les menaces qui pèsent sur le régime du président syrien Bachar Al-Assad incitent le Mouvement de la résistance islamique à rééquilibrer ses alliances au profit de l’Égypte. Une telle évolution serait naturelle au moment où les Frères musulmans (confrérie dont le Hamas est issu) peuvent espérer jouer un rôle politique officiel en Égypte.

Pour les Américains et les Européens, un tel rapprochement n’est pas forcément de mauvais augure : Le Caire pourrait se servir du réchauffement de ses relations avec le Hamas pour l’amener à accepter certaines conditions du Quartet. En Israël, le double rejet de M. Nétanyahou, tant vis-à-vis de la réconciliation des Palestiniens que de la perspective de la reconnaissance de leur Etat, est de plus en plus critiqué.

De source diplomatique israélienne, on confirme l’authenticité d’un mémorandum confidentiel du ministère des affaires étrangères, publié par le quotidien Haaretz, qui indique que l’initiative palestinienne  » n’est pas seulement une menace sécuritaire, mais aussi une occasion stratégique pour créer un vrai changement du contexte palestinien ». Celle-ci, estiment les experts du ministère des affaires étrangères, pourrait servir  » les intérêts à long terme d’Israël ». Aussi recommandent-ils une « approche constructive ».

Jugé à contre-courant de la position adoptée par M. Nétanyahou, ce texte n’a pas été transmis au bureau du premier ministre. Tout ceci est fragile et une reprise de la violence ruinerait à coup sûr la perspective de la reconnaissance d’un Etat palestinien à l’ONU. D’autant que le flou des dispositions de l’accord entre le Fatah et le Hamas l’apparente, à ce stade, à une coquille vide.

Il est trop tôt, d’autre part, pour discerner, dans l’approche de chaque formation, ce qui témoigne d’une volonté commune de créer un Etat et ce qui relève du calcul politique : dans la perspective des élections présidentielle et parlementaires palestiniennes, le Hamas a besoin de faire campagne en Cisjordanie et le Fatah à Gaza. Ces incertitudes devraient inciter Israël à la circonspection ; une prudence apparemment antinomique avec le dessein politique de Benyamin Nétanyahou.

Laurent Zecchini
Le Monde le 08/05/11

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