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Les militants israéliens de BDS remercient le gouvernement de leur faciliter la tâche…

L’initiative du Ministre des “Affaires stratégiques » Gilad Erdan, qui veut constituer une base de données pour ficher les Israéliens qui soutiennent le boycott, les désinvestissements et les sanctions (BDS) contre Israël et/ou les colonies juives , réjouit les militants de “Boycott from within” (Boycott de l’intérieur). “C’est le signe que nous sommes dans la bonne voie”, affirme Ronnie Barkan.

L’annonce que Erdan veut ficher des Israéliens pour leurs idées, et que son projet – quoique jugé illégal par les plus hautes autorités judiciaires – est assez largement approuvé par ses collègues du gouvernement, suscite de vives oppositions parmi les défenseurs de “l’État juif et démocratique”. Les militants pro-BDS y voient au contraire la preuve qu’ils ont raison quand ils dénoncent depuis des années la détérioration constante de la liberté d’expression et de l’état de la société israélienne dans son ensemble.

Ronnie Barkan, co-fondateur de “Boycott from Within” et militant de longue date de BDS, estime que tout comme la loi anti-boycott initialement adoptée en 2011, la nouvelle loi visant à interdire l’accès des territoires sous contrôle israélien à toute personne qui milite en faveur de BDS est “une évolution positive”.

Ronnie Barkan and Lihi Rothschild. (Photo Moti Milrod)

Plus le pouvoir prend des mesures désespérées pour résister à nos demandes fondamentales de démocratie, plus il expose sa vraie nature et se dépouille du masque de son régime pseuso-démocratique”, dit-il. “C’est le signe que nous sommes dans la bonne voie et cela nous permet de mieux cerner la propagande libérale-sioniste, d’exposer en pleine lumière le vrai visage d’Israël et de montrer ce que fait vraiment le gouvernement jour après jour”.

Pour Ronnie Barkan, tout cela n’est pas bien nouveau pour ceux qui depuis longtemps se savent surveillés par le Shin Bet et s’y font de temps en temps convoquer pour “des entretiens d’avertissement”. Rien en tout cas qui soit de nature à les décourager. “Il n’y a rien de nouveau dans l’approche de Erdan, et cette pratique [de listes noires] est déjà appliquée contre les militants palestiniens. La seule différence, c’est que ces pratiques ignobles sont maintenant appliquées à des gens qui appartiennent à des groupes privilégiés qui ont décidé de lutter aux côtés de ceux qui sont victimes de discriminations et qui réclament le respect de leurs droits fondamentaux… La pratique n’est pas différente, c’est juste une question de savoir à qui on l’applique.
Alors que ces forces qui s’agitent dans l’ombre font tout en secret, nous qui demandons l’égalité, la liberté et lka justice, nous faisons tout ouvertement et en public. Ceux qui soutiennent les droits fondamentaux pour tous n’ont rient à cacher, ils agissent dans la transparence et avec fierté”, conclut Ronnie Barkan.

Pour Amiram Goldblum, professeur de chimie à l’Université hébraïque et vétéran du militantisme anti-occupation, “l’idée de Erdan est une provocation”. Il se dit assuré d’occuper une place de choix sur la future “liste noire” du gouvernement, puisque qu’il a – rappelle-t-il – “au moins 100 fois lancé un appel à un boycott total, économique, culturel et universitaire, des colonies”, et qu’il compte continuer.

Il annonce qu’avec d’autres militants il a l’intention de lancer une nouvelle pétition internationale en faveur d’un boycott des colonies, et il s’attend à ce que le projet de fichage des Israéliens opposés à la colonisation lui assure un succès considérable. Il est d’accord avec Ronnie Barkan pour considérer que les initiatives du gouvernement font progresser le mouvement BDS en Israël, obtenant donc l’effet inverse de celui qui est recherché.

C’est une étape supplémentaire qui rend un grand service à ceux qui comme moi s’adressent à des dirigeants et des parlementaires dans le monde entier. C’est très utile de pouvoir montrer à quel point la démocratie se détériore en Israël”, dit Amiram Goldblum.

Celui-ci fait remarquer que pas un seul militant BDS n’a été traduit en Justice après l’adoption de la loi anti-boycott de 2011 [1]. “Il ne s’agit que d’intimidation, de provocation”, dit-il. De même, selon lui, l’annonce de la constitution d’une liste noire vise “principalement à intimider et à effrayer les gens” ainsi qu’à céder aux caprices de l’extrême-droite.

Angela Godfrey-Goldstein, militante pacifiste israélo-britannique et membre du groupe palestinien Jahalin Solidarity, voit le projet de liste noire de Erdan comme “une tactique stalinienne” significative d’une volonté gouvernementale de “tout contrôler”. “Ils considèrent toute personne qui ne s’aligne pas sur leur doctrine néo-fasciste comme un ennemi de l’État. Ils répandent volontairement beaucoup de contre-vérités et se livrent à un véritable lavage de cerveau pour faire croire que tous ceux qui appellent à participer à la campagne BDS veulent la destruction d’Israël au lieu de chercher à mettre fin à l’occupation par des voies non-violentes”.

A ses yeux, depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trumples freins sont lâchés car ils ne s’inquiètent plus de ce que Washington peut dire”.


[1] la loi anti-boycott votée par le parlement israélien ne prévoit que des sanctions financières : elle permet théoriquement, sous certaines conditions, aux entreprises ayant eu à souffrir des conséquences d’un appel au boycott d’obtenir des compensations de ceux qui ont lancé cet appel. Sa portée pratique est très limitée, et il n’y a aucune peine d’amende ou de prison qui soit prévue. En ce sens, la législation israélienne est donc bien moins répressive que celle qui a été appliquée, de façon extrêmement contestable, en France avec les vifs encouragements des gouvernements tant sous Sarkozy que sous Hollande. – NDLR

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