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Les médias et les Palestiniens : la « violence palestinienne » les horrifie et les indigne, la « non-violence palestinienne » les indiffère

Luc Delval

Les médias occidentaux, stupéfaits, ont soudain découvert « un nouveau cycle de violences » dans les territoires palestiniens occupés par Israël (dont Jérusalem-Est fait partie, ne leur en déplaise), comme si depuis des années toute violence avait disparu de cette contrée, comme si l’occupation elle-même n’était pas la première et la plus permanente des violences, depuis bientôt 50 ans..0603-07Cote

Et voilà bien entendu que pleuvent les sentences des sentencieux, des « experts » et des « philosophes » pour plateaux de télévision, qui stigmatisent ces vilains Arabes en remuant les vieilles images orientalistes plus ou moins profondément enfouies dans les fantasmes occidentaux, d’Arabes à la fois terrifiants et un peu ridicules (longs couteaux recourbés et harems… on exhibera l’une ou l’autre facette selon les besoins du moment).

Parmi d’autres, le « philosophe » mondain Raphaël Enthoven [1] mérite sans doute une palme de l’ignominie pour une chronique sur la radio Europe1, où il a son rond de serviette :

« Le couteau, c’est l’arme sournoise […], c’est l’arme idéale d’un ennemi invisible. […], c’est l’arme d’une Intifada 2.0 : l’individualisation de la révolte alimentée par les réseaux sociaux et dont les acteurs  n’ont plus besoin de recevoir un ordre  ou une instruction pour agir. »

Que voulez-vous, les Arabes c’est sournois, forcément sournois. Pas comme dans le camp d’en face, celui de l’Occident, donc du Bien. Par exemple le drone de l’armée israélienne – drone de surveillance ou d’attaque, on ne sait jamais quand on est en-dessous, on entend juste un vrombissement continu et on ne voit rien – qui survole une population pendant des journées et des nuits entières, ce n’est pas sournois du tout. Les F-16 qui franchissent le mur du son à basse altitude la nuit au-dessus des agglomérations palestiniennes, pour empêcher les habitants de trouver le sommeil, c’est pas du tout sournois. Les missiles ou les tirs d’artillerie ça a quand même plus de gueule qu’un couteau de cuisine, et les snipers avec leur fusil à visée laser de haute précision, qui abattent les cultivateurs de Gaza dans leur champ à 2km de distance c’est très classe… Pour ne rien dire des bombes au phosphore quand elles pleuvent sur des écoles de l’UNWRA.

Ne nous attardons pas davantage, sur le dégueulis de M. Enthoven, qui n’est qu’un éditocrate de second rang (mais on ne peut pas tout le temps se focaliser sur son ex-beau-père ou sur l’agité du bocal Finkielkraut). Fin de la parenthèse.

Voyons plutôt comment agissent les médias dans leur ensemble, et depuis longtemps, face à la « violence palestinienne« . Il y a exactement trois ans, la chaîne Al Jazeera diffusait un reportage du « Listening Post« , dont nous reprenons ci-dessous une version sous-titrée en français.

Voici la retranscription de l’introduction du sujet par le présentateur de Al Jazeera. C’était il y a trois ans, ça n’a pas pris une ride ! « La résistance par la violence et l’assassinat c’est inadmissible et ça ne marche pas« , disait Obama à l’époque. « La résistance non-violente, ça ne nous intéresse pas», démontraient les médias, ajoutant parfois « mais surtout faut pas faire de mal à des Juifs, sinon on dira que vous êtes des nazis ».

Quand on analyse les médias, la première chose à faire est de regarder leur production, c’est-à-dire ce qu’ils nous donnent à voir. Mais il arrive qu’on doive aussi s’intéresser à ce qu’on ne voit pas.

Au cours des deux dernières années [2010-2012], le conflit entre la Palestine et Israël a silencieusement glissé hors de la « Une » des journaux. Pour une part, cela s’explique par la place prise par le « Printemps Arabe« , qui a été largement couvert. Mais cela n’explique pas tout.

Il y a quelques mois, un événement très significatif s’est produit en Palestine. Mais il n’avait rien à voir avec la violence, les jets de pierres ou les attentats-suicide. C’est la raison pour laquelle vous ne savez même pas que dans geôles israéliennes les prisonniers palestiniens ont déclenché une grève de la faim massive.

Il est vrai que les grèves de la faim ce n’est pas une invention récente, et que ce n’est pas toujours très spectaculaire. Mais celle-ci se distingue par son ampleur : on estime à 2.000 le nombre des prisonniers palestiniens qui ont refusé de s’alimenter pour protester contre les conditions qui leur sont faites derrière les barreaux.

Pourquoi n’y a-t-il pas davantage de gens qui sont informés à propos de cet événement ? Pourquoi les médias ne lui ont-ils pas accordé l’attention qu’il méritait ? Et quelles leçons les Palestiniens doivent-ils en tirer, alors que la « communauté internationale » n’a cessé de les sermonner pour qu’ils tournent le dos à la violence et se tournent vers des formes de lutte non-violentes ? Ils se rendent compte que lorsqu’ils suivent ce conseil et choisissent le mode de protestation le plus non-violent qu’on puisse imaginer – la grève de la faim – les médias ne sont tout simplement pas intéressés.

Flo Philips, du Listening Post, a consacré un reportage aux réalités de l’industrie de l’information quand il s’agit du conflit palestino-israélien.

Suite à l’écran…


[1] ex-époux de la fille de Bernard-Henri Levy, ex-compagnon officiel de Carla Bruni ,…

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