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Les médecins volants australiens laissent tomber le fabricant d’armes israélien Elbit

Ali Abunimah

Les activistes australiens de la solidarité avec la Palestine ont acclamé la décision du célèbre service de médecins volants du pays d’abandonner un partenariat avec le fabricant d’armes israélien Elbit Systems.

Le célèbre Royal Flying Doctor Service australien a mis un terme à un partenariat avec Elbit Sytems, le plus important fabricant d’armes d’Israël. (Photo : eosdude)

Le mois dernier, le Palestine Support Network Australia (PSNA – Réseau australien de soutien à la Palestine), une coalition de groupements de solidarité, a annoncé que la Section Sud-Est du Royal Flying Doctor Service (RFDS – Service royal de médecins volants) avait laissé tomber son partenariat prévu avec Elbit.

Fondé voici près d’un siècle, le RFDS délivre des soins de santé dans les régions les plus éloignées de l’Australie et il est l’une des organisations les plus dignes de confiance et appréciées du pays.

« Le RFDS a fait savoir que, si Elbit Systems Australia avait d’abord été annoncé comme fournisseur d’un simulateur de vol, suite à une requête initiale de procédure d’appel d’offre au début 2016, la chose n’avait pu se conclure », a expliqué le PSNA.

Celui-ci a déclaré qu’il avait appris que le service de médecins volants envisageait de changer de fournisseur pour un système de simulation de vol à installer sur le site de sa base d’entraînement, dont l’aménagement est prévu à Dubbo, dans les Nouvelles-Galles du Sud.

Le réseau a fait l’éloge du service de médecins volants « pour son engagement envers ses principes de dévouement et d’intégrité dans sa mission consistant à améliorer ses résultats en matière de santé et à sauver des vies humaines, et pour avoir refusé d’entrer en partenariat avec Elbit Systems ».

Le réseau d’activistes a crédité le soutien public australien à une campagne de 18 mois contre le partenariat proposé avec Elbit.

« En particulier, nous remercions les hommes politiques et médecins australiens qui ont transmis directement leurs inquiétudes au RFDS ainsi qu’aux personnes qui ont signé la pétition et les cartes postales », a ajouté le réseau.

La campagne mettait l’accent sur le fait qu’Elbit, le plus gros fabricant d’armes israélien, « est l’un des promoteurs les plus agressifs au monde de l’emploi de drones dans les conflits et dans le but de contrôler les populations, et il est directement impliqué dans les agressions militaires israéliennes contre le peuple palestinien en Cisjordanie occupée, à Jérusalem-Est et à Gaza ».

« Bloqué »

Mercredi, l’Australian Jewish News tentait de déformer l’affaire en rapportant que le RFDS avait « nié avec véhémence » que la campagne de boycott, désinvestissement et sanctions en faveur des droits palestiniens eût joué le moindre rôle dans son processus décisionnel.

Selon ce même Australian Jewish News, le projet aurait échoué en raison de « retards dans l’obtention, pour le centre d’entraînement de Dubbo, de subsides au développement du gouvernement fédéral, ainsi que dans la recherche de partenaires commerciaux pour le projet ».

L’an dernier, la chaîne publique australienne ABC avait rapporté qu’Elbit était censé « investir » quelque 8 millions de dollars dans la base du Dubbo, dans le même temps que le gouvernement de l’État et des organisations caritatives allaient débloquer des sommes plus importantes encore.

La chose avait été annoncée en Israël en avril 2016, lors d’une visite du Premier ministre de l’État des Nouvelles-Galles du Sud, Mike Baird, et elle avait été encensée comme une initiative stimulant « l’excellence médicale dans la fourniture des soins de santé » et « l’engagement communautaire ».

Mais, en fait, il s’agissait d’un partenariat à but lucratif et qui aurait formé et entraîné des pilotes en provenance du monde entier.

Des questions ont été soulevées au sein du Parlement australien quant à savoir si le service de médecins volants n’allait pas violer ses statuts d’organisation caritative en faisant équipe avec Elbit dans une aventure commerciale et si le fait de s’associer à un important fabricant d’armes n’allait pas « entrer en contradiction avec le travail caritatif de RFDS consistant à venir en aide à des personnes malades ou blessées sur tout le territoire australien ».

La complicité occidentale

Dans le même temps que les activistes célèbrent le contrecoup significatif subi par les efforts d’Elbit sur le plan commercial et sur celui des relations publiques, la société garde encore d’importants intérêts commerciaux.

Des rapports publics montrent que, ces dernières années, Elbit Systems est parvenu à s’assurer des douzaines de contrats en Australie – pour un montant de plus de 100 millions de dollars –, entre autres avec le ministère de la Défense et la police fédérale.

En 2016, Elbit s’est vu accorder un contrat de 30 millions de dollars pour des viseurs d’arme à feu qui, à l’instar de ses autres armes, portent la marque « testé au combat » – ce qui signifie qu’ils ont été développés au cours de plusieurs décennies d’utilisation contre les Palestiniens et d’autres populations soumises à l’occupation militaire et aux agressions de la part d’Israël.

Le fabricant d’armes continue également à signer des contrats avec d’autres pays occidentaux.

L’an dernier, le Royaume-Uni a accordé à Elbit un contrat de 720 millions de dollars afin de fournir des entraînements et des formations à la Royal Air Force jusqu’en 2033.

La société a annoncé le mois dernier qu’elle faisait d’autres offres afin d’obtenir des contrats d’entraînement supplémentaires avec la Grande-Bretagne.

En 2013, Elbit a commencé à fournir du soutien logistique aux forces aériennes des Pays-Bas.

Et, en 2015, elle a empoché un autre contrat de 150 millions de dollars pour fournir des « systèmes avancés » communs aux forces armées hollandaises, belges et luxembourgeoises.

Mais, lors d’une décision surprenante prise l’an dernier, la France a rejeté une proposition d’Elbit concernant la fourniture de drones.

L’Union européenne n’a jamais cessé d’octroyer des subsides à la « recherche » à Elbit, en dépit de la révélation récente de ce que la compagnie aide l’armée israélienne à contourner les restrictions internationales concernant les armes à sous-munitions.

Les protestations irlandaises

Ce mercredi, à Dublin, des activistes ont remis au gouvernement irlandais une pétition de 23 000 signatures exigeant que soit mis un terme au commerce d’armes entre l‘Irlande et Israël.

Les militants pour les droits de l’homme, auxquels s’étaient joints des députés irlandais, ont mis en scène un « die-in » à proximité du cabinet du Premier ministre.

Le 4 octobre, à Dublin, des activistes ont remis au gouvernement irlandais une pétition de 23 000 signatures exigeant que soit mis un terme au commerce d’armes entre l’Irlande et Israël. (Photo : Ireland Palestine Solidarity Campaign)

Les activistes affirment que, depuis 2011, l’Irlande a achété ou vendu pour 26 millions de dollars d’armes au cours de tractations avec Israël.

« Notre but est de mettre en lumière la complicité honteuse de l’État irlandais dans l’oppression des Palestiens qui découle de son commerce de mort », a déclaré Fatin Al Tamimi, présidente de la Campagne irlandaise de solidarité avec la Palestine, aux personnes qui participaient à l’action de mercredi.

« Enfin, nous souhaitons qu’il y ait un embargo irlandais sur les armes contre cet État colonial d’apartheid qui, jour après jour, tue, opprime, torture et vole les terres et la liberté de mon peuple. »

En 2014, le conseil municipal de Dublin avait voté des sanctions commerciales et un embargo sur les armes contre Israël.

Il existe, de la part d’associations des droits de l’homme et de la société civile de toute l’Europe, un large soutien en faveur d’une interdiction du commerce des armes avec Israël.


Publié le 6/10/2017 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

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ali-abunimah-21Ali Abunimah, journaliste palestino-américain est le cofondateur de ’The Electronic Intifadaet auteur des livres  One Country : A bold Proposal to end the Israeli-Palestinian Impasse et The battle for Justice in Palestine

On peut suivre Ali Abunimah sur Twitter : @AliAbunimah

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