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Les Hollandais rejettent l’appel à mettre un terme au financement des groupes palestiniens

Adri Nieuwhof

Le gouvernement des Pays-Bas a rejeté les appels à mettre un terme au financement des organisations qui plaident en faveur d’un boycott d’Israël.

En juin dernier, NGO Monitor, un groupe de pression aux liens étroits avec l’establishment politique et militaire israélien, prétendait qu’il avait remporté une brillante victoire aux Pays-Bas.

Bert Koenders, le ministre hollandais des Affaires étrangères (sur la photo, en visite à Gaza en 2015), a défendu le droit des activistes à boycotter Israël.

NGO Monitor faisait allusion à une décision prise par le Parlement hollandais d’entreprendre une étude sur l’aide accordée par le pays aux organisations soutenant le mouvement BDS sous direction palestinienne. Selon NGO Monitor, le vote du Parlement résultait de briefings organisés par le groupe de pression pour montrer à quel point les activistes « radicaux » étaient engagés dans la « diabolisation » d’Israël.

Le gouvernement de La Haye vient de déclarer clairement, toutefois, qu’il n’empêchera pas les partisans de BDS de recevoir de l’aide.

Le faire n’est pas du tout indiqué si on désire maintenir de « saines relations entre le gouvernement et la société civile », ont déclaré conjointement Bert Koenders et Lilian Ploumen, les ministres des Affaires étrangères et de l’Aide au développement des Pays-Bas.

Leurs commentaires venaient en réponse aux questions posées par une commission parlementaire hollandaise qui avait examiné les actions qu’il aurait fallu entreprendre à la suite du vote du mois de juin. Ce vote n’était pas juridiquement contraignant.

Discrimination ?

Les deux ministres ont également rejeté les appels à sanctionner les activités pro-BDS sur base qu’elles impliquent une « discrimination » à l’égard d’Israël.

Selon les deux ministres, « les droits de l’homme, y compris l’interdiction de discrimination, visent à protéger explicitement des individus et des groupes d’individus ». Une telle protection ne s’applique pas à des États, ont-ils ajouté.

« Sur base de la liberté d’expression, il est permis de demander à un gouvernement qu’il prenne des sanctions contre un autre pays », ont-ils encore dit.

Pendant longtemps, les Pays-Bas ont été perçus par Israël comme un allié et il est peu probable que la déclaration des deux ministres modifie cette perception. Malgré l’intention des ministres de défendre le droit de plaider en faveur des boycotts, les Pays-Bas partagent l’objectif de tous les gouvernements de l’UE, qui est de favoriser les relations commerciales avec Israël.

Néanmoins, la réponse de Koenders et de Ploumen marque une rupture avec les intentions affichées par les précédents gouvernements hollandais.

Uri Rosenthal, ministre hollandais des Affaires étrangères de 2010 à 2012, s’est déclaré opposé à l’octroi de fonds publics à des organisations défendant les droits des Palestiniens. Rosenthal a promis au CIDI, un groupe de pression israélien, qu’il y aurait « des interventions dans le cas d’organisations agissant contre la politique des Pays-Bas ».  

Malgré cette promesse, les Pays-Bas ont continué de recevoir des doléances de la part du lobby israélien. NGO Monitor visait particulièrement le soutien financier hollandais au Human Rights and International Humanitarian Law Secretariat. Installé dans la ville cisjordanienne d’al-Bireh, le secrétariat accorde des subsides aux groupes palestiniens des droits de l’homme, dont certains véhiculent l’appel BDS.

Les Pays-Bas ont une longue tradition d’aide à des groupes qui font campagne contre l’oppression et la pauvreté. C’est l’un des six gouvernements du monde qui dépassent l’objectif international consistant à consacrer au moins 0,7 pour 100 du PIB national à l’aide au développement.

Les récentes déclarations indiquent que les groupes en faveur des droits palestiniens continueront à recevoir de la part du gouvernement hollandais.


Publié le 7 décembre 2016 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal