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Les forces d’occupation israéliennes démolissent les maisons familiales des prisonniers palestiniens

Les forces d’occupation israéliennes ont démoli la maison de Latifa (Umm Nasser) Abu Hmeid, 72 ans, mère de cinq prisonniers palestiniens et d’un autre fils tué par l’occupation israélienne.

Latifa (Umm Nasser) Abu Hmeid, avec la photo de quatre de ses fils emprisonnés. (Photo : Quds News Network)

Les forces d’occupation ont fait sauter sa maison deux fois d’affilée après l’avoir truffée d’explosifs et forcé plus de 400 Palestiniens à évacuer leurs maisons dans le camp de réfugiés d’Al-Amari. Les forces d’occupation ont passé six heures dans la maison à la remplir d’explosifs.

Les résidents du camp, qui luttaient pour défendre la maison et empêcher sa démolition, ont été enfermés pendant plus de cinq heures dans une école toute proche. Pendant cette détention de masse, une femme a donné naissance à un bébé à l’intérieur même de l’école et les forces d’occupation israéliennes ont retardé l’arrivée du personnel médical à plusieurs reprises. Umm Nasser elle-même a été enfermée quelque temps avant d’être relâchée. Dans une déclaration de presse, elle a répété sa détermination : « Ceci est notre terre et, aussi longtemps que durera l’occupation, nous résisterons. »

La maison des Abu Hmeid après sa destruction. (Photo : Quds News Network)

Des centaines d’hommes des troupes d’occupation et des douzaines de patrouilles militaires ont fait irruption dans le camp avec des bulldozers et des transporteurs de troupes blindés, accompagnés dans le ciel d’avions et de drones qui, apparemment, étaient là pour filmer la scène. Les gens du camp ont résisté à l’invasion d’occupation en canardant les véhicules militaires à coups de pierres. Quant au dynamitage, c’était la troisième fois que la maison de Latifa Abu Hmeid était détruite par l’occupation israélienne ; la maison de la famille avait également été détruite en 1991 et 2003.

La destruction de la maison des Abu Hmeid. (Photo : Quds News Network)

Les forces d’occupation ont tiré des gaz lacrymogènes sur les habitants du camp, blessant des douzaines d’entre eux. Majdi Bannoura, un photographe d’al-Jazeera, a été blessé lorsqu’il a été touché à la tête par une grenade lacrymogène. Dix personnes au moins ont été transférées dans des hôpitaux proches en raison de leurs blessures, alors que des tireurs embusqués avaient pris position sur les toits un peu partout dans le camp, dans le même temps que les soldats se répandaient dans les rues

Les forces d’occupation ont ordonné à la famille de détruire sa propre maison dans les 48 heures qui ont suivi l’emprisonnement d’Islam Abu Hmeid, 32 ans, en juin 2018. L’homme était accusé d’avoir participé à une action de résistance au cours de laquelle avait été tué un militaire colonial israélien participant activement à l’invasion du camp de réfugiés d’Al-Amari. Quatre des frères d’Islam, les fils de Latifa, sont actuellement emprisonnés en Israël. Un autre fils a été tué au cours de la première Intifada.

L’attaque contre la maison des Abu Hmeid a été suivie de la destruction, avant l’aube, delamaison de la famille Na’alwa, à Shweika, au nord de Tulkarem. Comme des centaines de Palestiniens s’étaient massés pour protéger la maison de la famille, les forces d’occupation ont attaqué le village, l’ont envahi à 3 heures du matin en tirant des balles de métal enrobées de caoutchouc et des gaz lacrymogènes sur les villageois afin de les écarter de la maison et de pouvoir démolir les murs du premier étage.

Des centaines de Palestiniens se massent à l’extérieur de la maison des Na’alwa. (Photo : Palestine Information Center)

Des jeunes Palestiniens ont résisté à l’assaut, bien décidés à protéger la maison de l’attaque des forces d’occupation. Trois Palestiniens ont été touchés par des balles de métal enrobées de caoutchouc et un autre a été brûlé par un projectile de l’armée d’occupation israélienne. Les villageois avaient maintenu un sit-in autour de la maison après que les forces d’occupation avaient ordonné la démolition du rez-de-chaussée et du premier étage de la maison et les écoles avaient été fermées en raison de la présence massive de soldats coloniaux.

Ashraf Na’alwa, 23 ans, a été tué par les forces d’occupation le jeudi 13 décembre, dans le cadre d’une série d’exécutions extrajudiciaires organisées par les forces coloniales israéliennes. Il avait échappé aux forces d’occupation pendant plus de 60 jours après avoir participé à une action de résistance armée. Son frère, son beau-frère et sa mère sont tous emprisonnés, actuellement, pour n’avoir pas révélé où se trouvait leur parent avant qu’il ne soit tué loin de chez lui, dans le camp de réfugiés d’Askar, à Naplouse.

La mère de Khalil Jabarin. (Photo : Quds News)

Cette fois, c’est la maison du Palestinien emprisonné Khalil Jabarin, dans le village de Yatta, près d’Al-Khalil, qui a reçu un ordre de destruction dans les 48 heures. Khalil, 17 ans, est accusé d’avoir participé à une action de résistance armée dans la colonie israélienne illégale de Gush Etzion. La mère de Khalil s’est entretenue avec Quds News, disant que « la politique de démolition des maisons par l’occupation n’a rien de dissuasif, pour les combattants de la résistance ou leurs familles. Au contraire, elle accroît leur force, leur détermination, leur résilience et leur résistance. » Et de faire remarquer le large soutien que leur ont témoigné, à elle et à sa famille, les autres riverains palestiniens.

Sheikh Khader Adna, libéré récemment de prison à l’issue de sa troisième grève de la faim afin d’obtenir sa libération, a déclaré que ces démolitions de maisons sont une forme de châtiment collectif et de terreur systématique visant à étouffer la jeunesse de la résistance palestinienne. Toutefois, à ajouté Adnan, « le peuple palestinien ne pliera pas, en dépit des démolitions de maisons, des arrestations massives et de la politique du châtiment collectif. Ce qui s’est produit récemment en Cisjordanie n’a rien fait, hormis accroître la force et la détermination des Palestiniens. »

Il a également commenté les menaces exprimées par l’occupation de déporter les membres de la famille des combattants de la résistance, disant que cela non plus ne parviendrait pas à réprimer la résistance. « Les Palestiniens ont toujours montré qu’ils se cramponneraient à leur terre et qu’ils préserveraient leur identité palestinienne même dans les conditions les plus pénibles », a-t-il déclaré. Il a réclamé le soutien le plus fort à ces jeunes gens et à leurs familles, qui ont sacrifié tant de choses pour la libération de la Palestine.

Comme la détention administrative, l’emprisonnement de Palestiniens sans accusation ou procès, les démolitions de maisons par les forces coloniales en Palestine remontent au mandat colonial britannique sur la Palestine. Les démolitions de maisons sont une forme de châtiment collectif qui vise des familles entières et viole des lois internationales contraignantes, y compris la Convention de Genève, qui stipule : « Aucune personne protégée ne peut être punie pour un délit qu’elle n’a pas commis personnellement. Les châtiments collectifs, de même que toutes mesures d’intimidation ou de terrorisme, sont interdits… »

Ces démolitions arbitraires, naturellement, opèrent main dans la main avec un objectif israélien plus grand d’implantation de colonies et d’exclusion des autochtones de leur terre et de plus de 70 années de Nakba incessante. Après tout, bien des démolitions de maisons en Palestine ont lieu après que les Palestiniens les ont construites sur leurs propres terres, mais sans permis israélien (ce permis étant constamment reporté ou refusé). Des villages et quartiers palestiniens entiers, comme Khan al-Ahmar à Jérusalem, Umm al-Hiran dans le Néguev ou encore al-Araqib, détruit plus de cent fois (!), sont ciblés en vue de leur destruction. Ces démolitions « punitives » de maisons, que l’occupation israélienne prétend « dissuasives » pour la résistance, doivent être perçues comme le contexte général de l’implantation et de la destruction coloniales.

Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network exprime sa solidarité avec les familles Abu Hmeid, Na’alwa, Jabarin et toutes les familles palestiniennes dont les maisons et les existences subissent les attaques constantes d’une force coloniale d’implantation. La politique israélienne de démolition des maisons et l’impunité complète dont elle bénéficie au niveau officiel ne mettent en évidence que la nécessité d’organiser des actions internationales, collectives et de masse afin de soutenir le peuple palestinien, y compris en mettant sur pied le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) destiné à isoler Israël à tous les niveaux, entre autres économique, culturel et académique et en imposant un embargo militaire contre l’État d’occupation.


Publié le 18/2/2018 sur Samidoun Palestinian Prisoner Solidarity Network 
Traduction : Jean-Marie Flémal

 

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