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Les élus arabes et druzes au parlement israélien victimes de persécutions constantes

Les dirigeants de la minorité arabe en Israël ont signalé cette semaine qu’ils sont confrontés à une campagne sans précédent de persécution, soutenue par le gouvernement de droite de Benjamin Netanyahou, qui visent à mettre fin à leurs activités politiques.

L’avertissement est venu après que Said Nafaa, un membre druze du parlement israélien, ait été privé de son immunité parlementaire, la semaine dernière, ce qui ouvre la voie pour à un procès contre lui pour une visite effectuée en Syrie – pays qu’Israël considère comme ennemi * – il y a trois ans. Garder son immunité était son seul espoir d’éviter un procès après avoir été inculpé par le procureur général, Menachem Mazuz.

Le député avait organisé pour un groupe de 280 religieux druze un pèlerinage sur lieux saints de la Syrie via la Jordanie après avoir essuyé à plusieurs reprises un refus d’autorisation par le ministère de l’Intérieur. M. Nafaa a fait valoir que les religieux se voient privées de leur liberté religieuse.

M. Nafaa est également accusé de “contact avec un agent étranger”. Selon le témoignage d’un de ses assistants, qui a été interrogé par la police secrète israélienne, le député a débattu de la rivalité entre le Fatah et le Hamas avec Talal Naji, un dirigeant syrien du Front populaire de libération de la Palestine, et essayé de rencontrer Khaled Mechaal, le chef du Hamas à Damas.

M. Nafaa, qui nie avoir rencontré M. Naji, affirme que sa visite était tout à fait de nature politique et que le gouvernement et la majorité juive de la la Knesset visent à l’empêcher de remplir le rôle pour lequel il a été élu par la minorité arabe, un cinquième de la population d’Israël.

Afu Aghbaria, un député arabe, a dénoncé la persécution politique visant son collègue et pose la question : “Pensez-vous qu’il a organisé un voyage d’espionnage avec 280 personnes ?

Orna Kohn, une avocate qui représente M. Nafaa, a déclaré que, alors que l’immunité des députés juifs a été levée dans des cas de corruption et d’infractions pénales graves, la révocation de l’immunité pour des activités politiques était « très rare » et semblait s’appliquer uniquement aux députés arabes.

Le dernier cas était celui de Azmi Bishara, qui a été jugé en 2001 sur deux chefs d’accusation – pour une visite en Syrie et pour incitation présumée lors d’un discours – qui tous deux ont été rejetées par les tribunaux. Les députés arabes ont évité de voyager dans une grande partie du monde arabe depuis la loi de 2008, qui a accordé au gouvernement le pouvoir d’interdire toute personne qui effectue une visite non autorisé à un État ennemi de se présenter comme candidat aux élections.

Ces dernières semaines, d’autres hommes politiques arabes se sont trouvés en difficulté.
Le mois dernier Sheikh Raed Salah, chef du Mouvement islamique, a été condamné à neuf mois de prison après avoir été déclaré coupable d’avoir craché sur un policier lors d’affrontements près de la mosquée Al Aqsa en 2007.
M. Salah, qui a nié les faits, a dit qu’il était la victime d’efforts concertés pour empêcher les musulmans de protéger des lieux saints dans la vieille ville de Jérusalem.

Un autre dirigeant arabe, Mohammed Barakeh, chef du parti communiste à la Knesset, doit encore être jugé pour quatre accusations de voies de fait contre des agents de sécurité lors de manifestations au cours d’une période de quatre ans. Mme Kohn, qui représente aussi M. Barakeh, a déclaré le député a assisté à des centaines de manifestations au cours desquelles il a joué un rôle de médiateur entre manifestants et forces de sécurité.

“Souvent, les soldats ont un comportement violent contre les manifestants et, dans certains cas, M. Barakeh a été agressée. Dans ces conditions, il est plus facile pour les soldats pour accuser M. Barakeh d’être violent que de risquer d’être accusés eux-mêmes”. Elle a déclaré que la décision d’inculper M. Barakeh est une tentative de «criminaliser» son rôle politique et reflète une “escalade” contre les politiciens arabes sous couvert de la loi.

Lors de la réunion de la commission parlementaire qui devait examiner la demande de levée de l’immunité de M. Nafaa, Anastasia Michaeli, membre du parti d’extrême droite parti “Yisrael Beiteinu” du ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman,  a déclaré qu’elle introduirait une proposition de loi pour révoquer la citoyen­neté de toute personne visitant un État ennemi et l’expulser vers ce pays.

D’autres parlementaires de son parti ont déjà entamé déposé une proposition de loi qui obligerait les députés à prêter serment d’allégeance à Israël en tant qu’État “juif, sioniste et démocratique”. Actuellement, le serment se réfère uniquement à la fidélité à «l’État d’Israël», sans autres précisions.

M. Zahalka, leader du parti démocratique à la  Knesset, a déclaré: “Imaginez le tollé si un représentant juif aux États-Unis ou en Grande-Bretagne était contraint de jurer fidélité à son pays comme un État chrétien”.

Jamal Zahalka, un des députés arabes de la Knesset, a déclaré: “Chaque semaine, soit la Knesset où le gouvernement tente d’imposer de nouvelles restrictions sur nos activités et la liberté d’expression. Il existe une tendance croissante à la législation anti-démocratique”.


* Israël occupe depuis 1967 une portion du territoire syrien, sur le plateau du Golan.

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