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Les colons juifs de Cisjordanie sont aussi infatués que les Sud-Africains blancs de 1980

James North

En lisant les superbes commentaires de Phil Weiss sur les colons juifs de la Palestine (1e partie et 2e partie), j’ai éprouvé un sinistre sentiment de déjà-vu familier. De 1978 à 1983, j’ai vécu en Afrique du Sud, où j’écrivais des articles, puis un livre sur le combat contre l’apartheid. Les gens que Weiss décrivait de façon si vivante m’ont rappelé bon nombre de Sud-Africains blancs que j’avais rencontrés à l’époque.
La ressemblance va plus loin que l’attitude de supériorité coloniale. Au-delà de cela, j’ai reconnu chez les colons de Weiss un sentiment semblable de confiance en soi, la conviction que, même si le monde extérieur critiquait ce qu’il voulait, personne n’entreprendrait la moindre action sérieuse pour venir troubler leurs existences.

Dennis Brutus

Le grand poète sud-africain noir Dennis Brutus m’a raconté un jour une anecdote résumant ce point de vue très autosuffisant. Brutus, qui est décédé en 2009, était l’homme qui m’avait encouragé à aller en Afrique du Sud et à la découvrir de mes propres yeux. Il avait été emprisonné à Robben Island dans les années 1960, en même temps que Nelson Mandela et d’autres dirigeants nationaux. « Un jour, l’un des gardiens blancs s’est approché », expliqua Brutus de sa voix mélodieuse. « Il m’a dit : ‘Brutus, tu as l’air d’un homme intelligent ; pourquoi te bats-tu contre un système que tu ne seras jamais capable de changer ?‘ C’était un type humain, de sorte que je lui ai répondu : ‘Et pourquoi pensez-vous que vous ne cesserez jamais de nous dominer ?’ Il a répondu simplement : ‘Parce que l’Amérique ne cessera jamais de nous soutenir.’ »

La même attitude infatuée se retrouve dans les articles de Weiss. Les colons sont absolument certains que le gouvernement israélien ne les fera jamais partir et, derrière cela, il y a la conviction tacite que les États-Unis ne soumettront jamais Israël à de fortes pressions.

La transition négociée de l’Afrique du Sud vers une démocratie non raciale et l’élection de Mandela à la présidence en 1994 furent de véritables miracles. Les sanctions – les BDS d’aujourd’hui – mirent la pression économique sur le régime de l’apartheid, les banques internationales refusèrent de renouveler leurs prêts et les investissements se firent de plus en plus rares. Mais les sanctions furent d’une importance bien plus grande, parce qu’elles érodèrent le moral des Sud-Africains blancs, qui comprirent que le reste du monde n’allait plus les soutenir.

De même qu’avec le débat actuel sur les BDS, la discussion de l’époque sur les sanctions anti-apartheid fut parfois détournée de son but, par exemple sur le genre d’entreprises qu’il convenait de boycotter. Le gardien blanc que connaissait Dennis Brutus ne faisait pas attention à ce genre de détail. Ce ne fut que lorsqu’ils comprirent que le reste du monde réduisait réellement son soutien que les dirigeants politiques blancs de l’Afrique du Sud négocièrent un arrangement.


Publié le 29 janvier 2016 sur Mondoweiss

Traduction pour ce site : Jean-Marie Flémal

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