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Les colons de la vallée du Jourdain ont encore volé ±60 hectares de bonnes terres aux Palestiniens en 2015

Si on en croit Chaim Levinson, dans Haaretz, «l’armée israélienne et l’administration civile [1] n’étaient apparemment pas au courant de ces nouveaux vols de terres» [2].

Pendant l’année 2015, les colonies israéliennes de la vallée du Jourdain se sont emparées de 600 dunams (150 acres ou environ 60 hectares) de terres agricoles palestiniennes, dans une zone dont l’armée d’occupation interdit l’accès aux Palestiniens “pour raisons de sécurité”.

Après l’occupation de la Cisjordanie par Israël en 1967, l’armée israélienne a émis un arrêté – “l’ordre militaire N°151” – qui interdit aux Palestiniens de pénétrer dans la zone comprise entre la frontière avec la Jordanie, matérialisée par une clôture, et le Jourdain. Cet ordre est resté en vigueur même après la signature d’un traité de paix entre Israël et la Jordanie, en octobre 1994.

Des dizaines de milliers de dunams (1 dunam = ±1.000 m²) de terres qui étaient cultivées par leurs propriétaires palestiniens, jusqu’à ce qu’ils en soient chassés, se situent dans cette zone.

Ces terres sont particulièrement fertiles, grâce au fait qu’elles sont traversées par le Jourdain. Au début des années 1980, le “Comité ministériel pour les affaires des implantations [israéliennes] » adopta une résolution qui donnait le “droit” aux résidents juifs et armés de la vallée du Jourdain de cultiver les terres “appartenant au gouvernement” dans la zone. Ariel Sharon donna des instructions aux leaders des colons pour qu’ils étendent leurs culture sur la totalité de la zone, allant donc au-delà de ce qui venait de leur être autorisé par le Comité ministériel.

En janvier 2013, le quotidien Haaretz a rapporté que 5.000 dunams de ces terres avaient été mis en culture par les colons, dont beaucoup avaient bénéficié d’une allocation de terre par l’Organisation Sioniste Mondiale dans les années 1980. A la suite de cette publication, deux requêtes ont été introduites par des propriétaires palestiniens devant la Haute Cour de Justice israélienne, afin de tenter de récupérer leurs terres. Au cours des débats il apparut qu’une partie des parcelles dont l’accès était interdit aux Palestiniens se situaient en réalité à l’ouest de la clôture marquant la frontière. L’armée devrait publier prochainement un ordre corrigé pour tenir compte de cette réalité.

En ce qui concerne les parcelles de terres appartenant à des Palestiniens mais cultivées par les colons, l’État d’Israël refuse de prendre position, et essaie au contraire de trouver un accord avec les propriétaires palestiniens, à qui des compensations ont été proposées. Mais aucune conciliation n’a jusqu’ici abouti.

Et maintenant, il apparaît qu’en dépit de la procédure toujours en cours devant la Haute Cour, les colons ont étendu leur emprise sur 600 dunams de terres palestiniennes supplémentaires, dans trois zones distinctes de la zone frontalière. Chaim Levinson précise que ni l’armée ni son “administration civile”, que Haaretz a interrogées, n’ont admis avoir été au courant de ces nouveaux vols de terres  [2], et qu’on ne sait pas très bien quelle attitude elles adopteront.

Le mois dernier, Dror Etkes, un chercheur et militant de gauche, a critiqué ce qu’il appelle «la cohabitation harmonieuse entre ce qu’on appelle “les problèmes de sécurité” et l’entreprise permanente de vol et d’expropriation [de terres palestiniennes] par le gouvernement, qui s’épanouit depuis 50 ans».

Et Etkes d’ajouter que «on peut supposer que si [les propriétaire palestiniens] n’avaient pas agi devant la Justice, la situation serait restée la même pour beaucoup d’années encore

Un avocat qui représente certains des propriétaires palestiniens, Taufiq Jabrin, affirme que « l’État a prati­que­ment avoué avoir agi dans l’illégalité, mais ils doivent encore décider ce qu’ils veulent en tirer comme conséquences… Il n’y a pas matière à négociation : nous voulons récupérer nos terres.»

A quoi un porte-parole de l’armée d’occupation répond que celle-ci «considère le maintien de la loi et de l’ordre, et la protection de la propriété et des droits fonciers des résidents comme de la plus haute importance. En ce qui concerne l’affaire en cours, la décision appartient à la Haute Cour, et une fois qu’elle aura été prise nous agirons en conformité. Pour le surplus, les questions soulevées seront examinées par les autorités compétentes.»

Voilà qui devrait certainement rassurer les propriétaires palestiniens, spoliés “à l’insu du plein gré” de l’occupant et de son armée omniprésente…

L.D.             


Source : Jordan Valley Settlers Took 150 Acres From Palestinians in 2015 par Chaim Levinson, Haaretz le 29 février 2016. – Traduction et adaptation : Luc Delval

[1] l’administration dite civile est la branche de l’armée d’occupation qui gère les territoires occupés et la population qui s’y trouve pour tous les aspects de la vie civile, comme les ressources naturelles (eau,…) et les permis de construire. – NDLR
[2] “land grabs” : le verbe to grab peut se traduire par saisir, attraper, s’emparer de, faire main basse (sur qq chose), ou voler. Cette dernière option nous semble la plus proche de la réalité, sans qu’on puisse être assuré que c’est celle qu’aurait choisie l’auteur de l’article original – NdT.

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