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Les ambassades étrangères à Jérusalem, ça va, ça vient…

Le gouvernement israélien adore accoler au nom de Jérusalem le mot “éternel”. Pour ce qui est de la présence de représentations diplomatiques étrangères, il n’en est cependant rien, et l’histoire démontre que ce qui a été fait peut être défait. Et inversement.

Les États-Unis viennent de faire semblant de transférer leur ambassade de Tel Aviv à Jérusalem – en fait la quasi-totalité des services diplomatiques US sont toujours à Tel Aviv, et non dans les locaux du consulat de Arnora, promu “ambassade” par la décision meurtrière de Trump – dans le cadre de la vaste opération de relations publiques de la célébration des 70 ans de la proclamation d’indépendance d’Israël.

Le terrain sur lequel les États-Unis projettent de construire leur nouvelle ambassade à Jérusalem. Comme on le voit pour le moment il n’y a RIEN…

Il est très probable que quelques autres pays suivront leur exemple dans un avenir proche. Le Guatemala sera très probablement le premier, et ce sera en fait plutôt un retour. Suivront probablement le Paraguay et le Honduras. Plus préoccupant : certains pays de l’Union Européenne, comme la République tchèque et la Roumanie, paraissent également tentés.

La présence à Jérusalem de certaines ambassades n’a rien de si nouveau. Selon un décompte établi par Haaretz, il y en a eu jusque 16 dans un passé pas si lointain. Parmi elles, les ambassades de trois pays africains – la Côte d’Ivoire, le Zaïre (aujourd’hui République Démocratique du Congo), et le Kenya – et 11 pays d’Amérique latine – Bolivie, Chili, Colombie, Costa Rica, Equateur, Guatemala, République Dominicaine, Salvador, Panama, Uruguay et Venezuela – qui se sont installées à Jérusalem à partir des années 1950. Les Pays-Bas et Haïti avaient fait de même.

Après la guerre du Kippour, en 1973, on assista à un net reflux : la Côte d’Ivoire, le Kenya et le Zaïre rompirent leur relations diplomatiques avec Israël à la suite du sommet des pays “non-alignés” à Alger en septembre 1973. Et lorsque par la suite tous trois rétablirent ces relations – le Zaïre en 1981, la Côte d’Ivoire en 1986 et le Kenya en 1988 – c’est à Tel Aviv que s’installèrent leurs ambassadeurs.

Extrait de la résolution 478 du Conseil de Sécurité :

Les treize autres pays dont l’ambassade se trouvait à Tel Aviv les fermèrent lorsqu’en 1980 le parlement israélien adopta sa loi fondamentalement sur Jérusalem, qui proclamait la ville trois fois sainte capitale “unifié, indivisible et éternelle” de l’État d’Israël.  Bien que cette loi n’ait pas fondamentalement changé la situation qui existait sur le terrain depuis qu’Israël avait conquis militairement la partie orientale de la ville en juin 1967, le Conseil de sécurité des Nations Unies avait considéré cette violation du droit international comme une provo­cation. La résolution 478 du Conseil de sécurité, en août 1980, a appelé les États membres à retirer leurs missions diplomatiques de Jérusalem.

En 1984, le Costa Rica et le Salvador installèrent leurs ambassades à Jérusalem Ouest, mais ce fut éphémère : en 2006 les deux ambassades avaient déménagé. Quant à la Bolivie, elle a rompu ses relations avec Israël en 2009.

Par la suite, Israël n’a cessé de manifester sa volonté de consolider ostensiblement son emprise sur Jérusalem. La ville et le plateau du Golan (appartenant à la Syrie) ayant été annexés, la “loi fondamentale” israélienne fut amendée en 2014 pour faire en sorte que tout retrait futur de ces territoires soit obligatoirement soumis à la fois au vote d’une loi à une majorité qualifiée de 80 voix sur 120 ET à un référendum populaire (auquel bien entendu seuls les citoyens israéliens et non tous les habitants de Jérusalem seraient autorisés à voter).

Du point de vue de l’ONU, Jérusalem reste un corpus separatum qui n’appartient à aucun État. Dans le cadre du Plan de partage des Nations Unies pour la Palestine de 1947, Jérusalem devait conserver le statut permanent de ville internationale (sacrée pour trois religions monothéistes et accessible à tous les citoyens du monde). Le gouvernement provisoire d’Israël avait feint d’accepter ce plan pour mieux le violer aussitôt, et on voit qu’en pratique depuis lors Israël cherche sans relâche à pousser les Palestiniens hors de la ville et à les empêcher d’y accéder.

L.D.               

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