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L’épuration ethnique continue aussi à l’intérieur de la “ligne verte”

Depuis quelques jours des graffitis sont apparus sur les murs autour de la ville mixte, juive et arabe, de Jaffa au centre d’Israël : on peut lire “Les colons, fichez le camp” et “Jaffa n’est pas Hébron”.

Bien que Jaffa soit seulement à un jet de pierre de Tel-Aviv, les résidents arabes disent que leur quartier est devenu le champ de bataille d’une tentative de prise de contrôle par des Juifs extrémistes, que l’on rencontre  en général plutôt dans les colonies de Cisjordanie.

Un petit nombre de Juifs nationalistes religieux, que l’on reconnaît à leur kippas faites au crochet, ont commencé ces derniers mois à s’installer dans le principal quartier arabe de Jaffa, Ajami.

La tension a monté depuis qu’un séminaire spécial a été créé l’an dernier dans le cœur de Ajami pour les jeunes hommes juifs qui combinent l’étude de la Bible et le service dans l’armée israélienne. Beaucoup de ces séminaires, connu comme “yeshivot hesder”, sont situées dans les territoires occupés et ont la réputation d’être des fabriques à extrémistes.

La semaine dernière, les habitants d’Ajami ont encaissé une défaite quand un tribunal israélien a approuvé la vente de quelques uns des rares terrains à bâtir restant disponibles dans le quartier à B’Emuna (en hébreu: «avec la foi»), une entreprise de construction qui se spécialise dans la construction de logements subventionnés pour les familles religieuses , dans la plupart des cas dans les colonies juives de Cisjordanie.

L’Association des droits civils en Israël, la principale organisation de défense des droits de l’homme, qui avait fait appel à la justice au nom des habitants arabes, a qualifié la politique de la compagnie  de “raciste”.
B’Emuna, qui devrait achever une série de 20 appartements dans les mois à venir, demande des autorisations pour la construction d’une nouvelle série de 180 logements, ainsi que d’un second séminaire et d’une synagogue.

Nous n’avons aucun problème à vivre pacifiquement avec des voisins juifs”, a déclaré Omar Siksik, un conseiller municipal de Tel Aviv représentant la population arabe de Jaffa. Mais ces Juifs-là arrivent ici comme des colons. Comme à Hébron, leur politique est de nous affaiblir en tant que population et, éventuellement, nous chasser de nos maisons”, dit-il, se référant à la ville de Al-Khalil (Hébron), en Cisjordanie où une enclave de quelques dizaines de colons, gardés par une garnison militaire omniprésente, perturbe la vie de dizaines de milliers de Palestiniens (voir ICI une vidéo sur les conditions de vie des Palestiniens à Hébron).

Jaffa fut jadis la capitale économique prospère de la Palestine,  et exportait sa récolte d’oranges célèbre dans le monde entier. Lors de la création d’Israël en 1948, la plupart des Palestiniens de la ville ont été chassés ou forcés de fuir, et les quelques habitants arabes qui restent sont confinés à Ajami.

Dans les années ’50, les vagues d’immigrants juifs ont été installés dans des maisons vides ayant appartenu à des Palestiniens, et aujourd’hui deux tiers des habitants de Jaffa sont juifs, et les habitants arabes de Jaffa ne sont plus que 18.000.

Il y a longtemps qu’ils se sont plaints d’être négligés par une municipalité contrôlée de Tel-Aviv. Ajami n’est qu’un alignement de maisons en ruine, les infrastructures sont délabrées et la criminalité des rues a pris des proportions plus qu’inquiétantes.

L’arrivée à Ajami de nouveaux habitants juifs au comportement de conquérants cause beaucoup d’anxiété, y compris chez certains responsables de la municipalité de Tel-Aviv, dont certains redoutent leur propension à secouer la communauté locale”.

Nasmi Jabali, 56 ans, vit dans une modeste maison de plain-pied près de l’oliveraie où les nouveaux apparte­ments seront construits. Nous avons vu à la télé comment se comportent ces colons dans les territoires occupés, et ne veulent pas vivre à côté de nous”, dit-elle. Ils vont venir ici avec les mêmes attitudes.

Mais malgré l’opposition rencontrée, le tribunal de district de Tel Aviv a rejeté la semaine dernière une pétition signée par 27 habitants qui ont soutenu que l’Autorité foncière israélienne avait exercé une discrimination contre eux par l’attribution de la terre à B’Emuna, même si sa politique est de construire des appartements unique­ment pour les Juifs. Yehuda Zefet, le juge, a accusé les habitants de “mauvaise foi” quand il plaident pour l’égalité, alors que – dit-il – en réalité ils voulaient que les intérêts de la communauté arabe locale à l’emportent sur les intérêts des Juifs.

M. Siksik a déclaré que le juge a omis de prendre en compte les injustices historiques commises contre la population d’Ajami. Pendant six décennies, les autorités n’ont pas construit une seule nouvelle maison pour la population arabe, en fait, ils ont détruit de nombreuses maisons arabes, tandis qu’ils construisaient des logements sociaux pour les Juifs uniquement”.

Fadi Shabita, un membre du comité local Populaire pour la Défense des Terres de Jaffa, rappelle que les parcelles de terrain à Ajami vendues à B’Emuna par le gouvernement ont initialement appartenu à des familles palestiniennes, dont certains étaient encore dans le district, mais avaient été contraints de louer leurs propres propriétés à l’Etat israéliens, qui les avait confisquées.

Ces terrains ont été nationalisées par la force il y a plusieurs années et les propriétaires locaux ont été dépossédés”, dit-il. Maintenant, la même terre est en cours de privatisation, mais les résidents Ajami sont ignorées dans les plans de développement. Pour les colons, la leçon du désengagement [unilatéral de Gaza en 2005], c’est qu’ils ont besoin d’entamer un dialogue avec les juifs en Israël afin de les convaincre que les ‘implantations’ * en Cisjordanie ne sont pas moins légitime qu’à Jaffa”.

B’Emuna dit à “Israël National News”, un site web de colons, que sa volonté est de développer des quartiers d’habitations exclusivement juives dans plusieurs de la demi-douzaine de villes «mixtes» en Israël pour endiguer le flot des habitants juifs qui partent à cause de la pauvreté et d’enrayer la chute de la valeur de l’immobilier causée par la présence d’une population arabe. B’Emuna a, dans cet état d’esprit, annoncé sa volonté d’acquérir encore davantage de terrains à Jaffa.

Devant le séminaire juif ouvert l’an dernier flotte un drapeau israélien, et des étoiles de David, ornent la porte à son entrée. Le gérant, Ariel Élimélec explique qu’il se déplace quotidiennement  de son domicile d’Eli, une colonie illégale installée non loin de la ville palestinienne de Naplouse, profondément en territoire palestinien.

M. Élimélec a – dit-il  – favorisé la coexistence entre Juifs et Arabes à Jaffa, mais il a ajoute néanmoins que l’objectif du séminaire qu’il dirige est de “renforcer l’identité juive” dans la région. Nous ne nommons pas cet endroit Ajami, il est connu comme Givat Aliyah”, dit-il, en utilisant un nom hébreu qui fait référence à l’immigration des Juifs en Israël. Il affirma que dit que ses élèves, environ deux douzaines, ont exécuté un service essentiel en visitant les écoles pour contribuer à l’éducation des enfants juifs avant d’effectuer leurs 18 mois de service militaire.

Kemal Agbaria, qui préside le conseil de quartier d’Ajami, a déclaré que les résidents feront appel du  appel devant la Cour suprême israélienne, et qu’ils organiseront des des manifestations pour attirer l’attention sur leur situation.


* euphémisme utilisé pour désigner les colonies de peuplement juives dans les territoires occupés depuis 1967

Ces informations sont basées sur un article du journaliste britannique vivant à Nazareth Jonathan Cook, sous le titre « Jaffa struggles to be left in peace ». L’original de l’article se trouve ICI,

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