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L’épuration ethnique anti-palestinienne va bon train

En mars 2011, le nombre de foyers palestiniens démolis par les autorités d’occupation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est a augmenté pour le troisième mois consécutif, selon l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).  En mars, 77 bâtiments ont été détruits, contre 29 en janvier et 70 en février.

Depuis janvier, les occupants ont démoli 176 édifices palestiniens, déplaçant par le fait même 333 personnes, parmi lesquelles 154 enfants. « La Cisjordanie est le lieu où est censé être situé le futur État palestinien, et sa viabilité diminue avec chaque nouvelle démolition », a déclaré Chris Gunness, le porte-parole de l’UNRWA, à Jérusalem.

La moitié des structures qui ont été détruites étaient des maisons. Il y avait aussi des étables, qui peuvent avoir autant de valeur pour les bergers que leur propre maison, a dit M. Gunness.  Le nombre de Palestiniens rendus sans-abri par ces démolition a également atteint un record, selon l’UNRWA. Les démolitions ont en effet touché 158 personnes en mars (parmi lesquelles 64 enfants), contre 70 en janvier et 105 en février.

Comme de coutume l’occupant israélien veut tirer argument du soi-disant caractère illégal des « structures » qu’il détruit : le capitaine Amir Koren, porte-parole de « l’administration civile » israélienne (c’est-à-dire la branche de l’armée qui gère l’occupation) fait valoir que « l’administration civile est responsable de l’application des lois en matière de planification et de construction en Judée-Samarie Cisjordanie… Comme telles, les structures illégales bâties tant par des Israéliens que par des Palestiniens sont automatiquement démantelées en fonction d’un ensemble de priorités qui ont été amenées devant la Haute cour de justice des dizaines de fois par le passé ».

En fait, les ordres de démolition prononcés par la justice israélienne ne sont pratiquement jamais exécutés quand ils visent des bien construits par des juifs, et au contraire sont mis en œuvre avec empressement quand il s’agit – comme c’est le plus souvent le cas pour la bonne raison que l’occupant ne délivre pratiquement aucun permis de bâtir aux Palestiniens, qui n’ont donc d’autre solution que de construire sans permis, en dépit souvent de l’énormité des sommes qui leur sont soutirées par l’administration israélienne quand ils introduisent leurs dossiers de demandes.

C’est une politique de nettoyage ethnique qui est menée au quotidien, « à bas bruit », avec la volonté constante de rendre la vie impossible aux Palestiniens, dans tous les domaines.

Clôture érigée par Israël à sa frontière avec l'Égypte

Clôture érigée par Israël à sa frontière avec l’Égypte

C’est la même inspiration raciste qui fait qu’Israël construit une barrière de 60 kilomètres dans le sud du pays, le long de sa frontière avec l’Égypte, afin de barrer physiquement la route aux demandeurs d’asile africains. Il y a une hostilité populaire grandissante en Israël envers les demandeurs d’asile. Ils sont accusés d’attitude antisociale et d’être coupables de délits, même s’il n’existe aucune preuve de cela.

D’aucuns y voient le signe d’un racisme de plus en plus virulent au sein de la société israélienne, mais ce point de vue n’est pas partagé par tous. Ainsi, il y a quelques mois Merav Michaeli écrivait dans Haaretz : « Ne vous y trompez pas, Israël a toujours été raciste« . Et l’auteur de rappeler que « à ses débuts, lorsque le caractère d’Israël prenait forme, il a été décidé que la race blanche était supérieure. Lorsque des gens qui allaient devenir «Mizrahim» [1] sont arrivés d’Afrique du Nord, il ne leur a pas été possible de prendre part au gouvernement, d’occuper une quelconque position de pouvoir dans les média ou le contrôle de terre; la chose n’était même pas imaginable. Très vite ils sont devenus des citoyens, mais des citoyens de deuxième classe, soumis à des humiliations et à des conditions de vie inférieures. Ils ont été exclus de la vie publique et de la vie culturelle officielle. Ils ont vécu avec l’expérience du statut d’infériorité. Et la séparation : ils ont été parqués dans des projets de logement séparés dans des quartiers séparés (…) Ne vous méprenez pas : la haine et le racisme ont toujours été là, ils se font seulement entendre plus fort aujourd’hui « .

Les germes de la politique d’apartheid qui constitue le fil rouge de toutes les initiatives gouvernementales en Israël sont donc fort anciens.

Benjamin Netanyahu a déclaré il y a quelques mois que « le flot de travailleurs illégaux venant d’Afrique et s’infiltrant » en Israël est « une menace concrète au caractère juif et démocratique du pays ».  Pour ce qui est de menacer le prétendu « caractère démocratique » du pays, Netanyahu et ses amis politiques n’ont besoin de l’aide de personne, pour la bonne raison que seul le préoccupe son « caractère juif ». Pour le préserver, la barrière sera construite sur deux sites où la plupart des passages ont été constatés – la bande de Gaza et près d’Eilat. Le projet, estimé à 1,35 milliard de dollars, devrait s’achever fin 2013.

L.D.      


[1] mizrahim : les émigrés juifs « orientaux » venus principalement d’Afrique du Nord, souvent désignés erronément comme « séfarades » (par opposition aux juifs ashkénazes, venus d’Europe, qui ont formé une aristocratie sioniste dominante). Les mizrahim ont été confinés dans un statut inférieur. Voir par exemple : http://www.pourlapalestine.be/dico/detail.php?r=132

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